Bonato : “J’ai suivi ma ligne de conduite”



De retour en championnat du monde des rallyes après sa participation au Lyon-Charbonnières, Yoann Bonato a redécouvert la terre au rallye du Portugal après sept ans d'absence.

Très sage et auteur d’une progression constante sans erreur, l’isérois a décroché la septième place du WRC-2. Retour sur le week-end du pilote CHL Sport Auto, avec un long résumé de son rallye et une analyse objective de ses performances.

Reconnaissances

“Lors des reconnaissances, notre découverte du Portugal n’a pas été facilitée par le brouillard. Quand tu arrives en course à certains endroits, c’est vraiment la découverte. La seule spéciale où on réalise vraiment un bon temps, c’est le seul chrono que l’on a couru et reconnu dans le brouillard justement.

Mon but dans mes notes n’était pas de rechercher la performance pure mais être à l’aise sans prendre de risques. Dans les endroits où je savais que c’était bon, j’ai pu me mâcher et dans les endroits où je savais que c’était « merdique », j’ai pris zéro risque avec des notes plus détaillées.”

Résumé du rallye

“Vu mes objectifs de départ, on va dire que cela s’est bien passé au Portugal. En considérant que nous n’avons pas pu faire d’essais avant le rallye et que je n’avais pas roulé sur terre depuis 2009, je ne pouvais pas espérer être très performant.

Il n’y aucun sport où tu arrives, que tu ne fais pas d’entraînements et où tu gagnes tout de suite. Il n’y a pas de raison que ça existe en rallye plus qu’ailleurs.

Nous sommes partis dans le but de réapprendre cette surface, de se familiariser avec cet environnement là. En plus, c’est un rallye que nous avons découvert totalement. Si on compare nos temps de cette année, face à ceux de l’année dernière en WRC-2, nos chronos sont très bons. Cette année, ça allait beaucoup plus vite et nos temps sont plutôt moyens.

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Le but était vraiment de construire en vue des rallyes suivants, et plus globalement pour l’année prochaine. Je ne suis pas très content de mes performances car je ne peux pas me satisfaire de jouer autour de la dixième place. Quand tu es compétiteur, ce n’est pas possible. Mais, à chaque fois que j’arrivais à la fin d’une spéciale, je me disais « ce n’est pas terrible, mais c’est ce que je me suis imposé.”

J’avais une énorme marge mais je n’ai pas voulu passer au dessus de cette marge, car mon objectif était de prendre de l’expérience sur ce rallye-là pour être plus performant sur les épreuves à venir. Je n’ai pas voulu me dire, ok j’ai de la marge, je sais ce qu’il faut que je fasse, je vais le faire. Mais plutôt me tenir à ma ligne de conduite, comme cela était prévu en accord avec l’équipe et tout le monde.

A la fin de chaque spéciale, c’est difficile c’est sûr. Tu déprimes à moitié en voyant les temps, il te faut 10 kilomètres de liaison pour te dire que c’est normal, que c’était prévu. Tu te remets dans le truc, tu repars et tu reprends ta pilule et ce n’est pas forcément évident. Dans une démarche de construction de saison, j’ai beaucoup plus gagné à faire ça que de signer deux scratchs dans la journée pour sortir de la route après.

C’est ce que je reproche souvent au sport automobile, on veut trop souvent griller les étapes et on ne laisse pas de crédit à la formation. Dans aucun sport, ça n’existe ce genre de choses. Dans le ski, moi, les gamins sont formés avant de rentrer dans la compétition. Et nous en rallye, j’estime que ça manque. Aujourd’hui, je suis un « jeune » dans le mondial sur la terre, vu mon expérience sur cette surface avec je pense seulement 10 rallyes terre dans ma vie.

Au départ au Portugal, il y avait trop d’éléments qui me manquaient pour espérer quelque chose : rallye nouveau, pas d’essais avec la voiture sur cette surface et donc pas de roulage sur terre depuis 2009. Il y avait zéro argument pour me dire que j’allais être performant, hormis le paramètre chance, mais celui-là je n’ai pas voulu jouer avec.

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Sur ce rallye au final, je n’ai comparé mes chronos à personne, j’ai seulement regardé par rapport à l’année dernière où les gars découvraient le rallye comme moi cette année. J’ai fait mon rallye comme ça, sans m’occuper de ce qu’il se passait autour de moi, en évitant les erreurs, les crevaisons ou les problèmes mécanique et arriver au bout sans problème. Mais je n’ai vraiment pas regardé la course des autres, car sinon j’arrive et je me pends quoi ! C’est horrible de se battre pour une dixième place.

On retiendra quand même le 5e temps dans Marao avec un meilleur intermédiaire en WRC-2. C’est plutôt positif, à défaut de se contenter d’un meilleur temps sur une spéciale, on se contente d’un intermédiaire, mais petit à petit, ça fera deux intermédiaires et une spéciale en entier.

Mine de rien, on fait un rallye qui n’est pas trop mal, on termine septième, on marque des points et on remonte à la neuvième place du championnat. C’est correct. On a eu aucun souci sur l’auto et sur un rallye aussi exigeant pour la mécanique, c’est vraiment une belle réussite. L’équipe a bien travaillé, surtout qu’on ressort d’une sortie au Lyon-Charbo, les conditions n’étaient pas évidentes. J’ai appris beaucoup de choses, notamment au niveau des reconnaissances où mes notes étaient trop typées asphalte. Je dois indiquer davantage de détails sur le placement de la voiture en entrée de courbe, j’avais tendance à trop faire comme sur l’asphalte en rentrant fort sur le train avant. Donc là, il faudrait des indications pour savoir si je dois mettre l’auto en glisse assez tôt ou au contraire plus tard. Donc, adapter mon sytème au terrain que l’on rencontre.”

Saut de Fafe – Citroën DS3 R5

“Tout le monde m’en parle de ce saut (diffusé à la TV en direct). Quentin Gilbert apparemment aussi a fait la même chose, les DS ont tendance à retomber sur l’avant. Ca nous a un petit peu secoué. Cette bosse monte vraiment beaucoup sur la fin, et notre DS, dès que les roues avant sont en l’air, les roues arrières nous propulsent vers l’avant, et la voiture a tendance à plonger.

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Sur ce rallye, j’étais vraiment loin d’exploiter les capacités de la voiture à 100%. Quand on voit les performances de Quentin, cela prouve que la Citroën est capable de faire beaucoup mieux et j’étais vraiment déçu pour lui. Quand je l’ai vu sur le bord de la spéciale, j’ai levé la main et je me suis vraiment dit que c’était dommage. Après il faut être conscient que la Skoda reste pour l’instant intouchable et que nous devons en rajouter un peu plus si on veut suivre leur rythme.”

Pas de Sardaigne mais retour au Limousin

“On veut absolument essayer le kit évo avant de revenir en mondial, donc on ne sera pas en Sardaigne mais on aura les évolutions pour le Limousin, afin de mieux se préparer en vue de la reprise en championnat du monde avec la Pologne.

On va essayer d’être le plus proche possible, et même si possible devant Sylvain Michel. Après, je ne vais pas faire comme au Charbo à me dire, là j’ai un coup à faire avec une belle opération en vue du championnat. Maintenant, mon championnat est cuit, donc si j’arrive à être devant, ce sera un grand plaisir, mais si je vois que je dois trop en faire pour être devant, j’accepterais d’être derrière. J’ai eu l’occasion de rouler avec le kit évo sur asphalte en début d’année, et il y a vraiment un gain intéressant sur cette surface. Vu nos performances au Charbo face à Michel, on pourrait faire de belles choses.

Je n’ai pas encore regardé le programme mais c’est un rallye que j’aime bien, assez rapide où l faut toujours de bonnes notes. J’ai plutôt des bons souvenirs en C2 S1600 mais aussi en Opel en 2013 sous la pluie, il y a de belles cordes à prendre, c’est vraiment un beau rallye.”




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  1. Eric dit :

    Esperons que CHL lui fasse faire des essais terre specifiques avant la Pologne afin qu’il puisse engranger des kilometres et comprendre les limites de la voiture et de son pilotage sur terre. La Pologne etant un rallye tres rapide similaire a la Finlande sur certaines portions, il va falloir donc avoir un gros coeur et du roulage pour faire un top 5. Courage Mr Bonato et bonne chance!

  2. Stef74 dit :

    C’est vraiment quelqu’un de posé, de pragmatique et qu’on apprécie de lire.
    Bravo Yoann et bonne chance pour la suite.

  3. makkarinen dit :

    Un très grand sage dont on va reparler . Vos coms font plaisir à lire !!!

  4. Kivala dit :

    Très intéressant ! Ceux qui sont sceptiques face aux performances de Camilli devraient méditer ces confidences d’un pilote expérimenté et dont on ne peut mettre en cause ni la rapidité ni les résultats passés : paroles d’orfèvre…

    • sebenfer dit :

      Il est très clair que le rallye est un sport comme un autre. Si tu peux pas t’entrainer, tu avances pas. Le problème, c’est que contrairement à de nombreuses disciplines, n’importe qui ne peut pas s’entrainer. Tu peux être le plus talentueux du monde, si tu n’as pas de fric, tu fais rien.

  5. sebenfer dit :

    Ce mec transpire l’intelligence. J’ai du mal à comprendre comment aucun constructeur n’a pu s’intéresser à lui avant.

    • makkarinen dit :

      Idem les coms de GIRAUDET sur Echappement après l’avoir navigué dès le début de leur collaboration et de la part d’un copilote de sa trempe !!! c’est un sacré compliment ( Mr Sebenfer vous remontez dans mon estime )