Eric Gonnet, le rallye en Lotus



Rapidement passionné par le sport automobile, Eric Gonnet allie les talents entre ingénieur R&D la semaine et pilote de rallye le week-end au sein de sa structure GE Concept.

D’abord brillant en Subaru groupe N, le parisien s’est ensuite lancé dans un projet un peu fou avec le développement de Lotus Exige en rallye. Après une première version de 2007 à 2012, une deuxième auto a débarqué en début d’année et vient déjà de remporter une première victoire scratch lors du rallye du Mans.

L’occasion rêvée pour rencontrer Eric et retracer ainsi son parcours en rallye, et évoquer plus particulièrement cette voiture atypique.

Carte d’identité

  • Nom : Eric Gonnet
  • Age : 53 ans
  • Région : Ile-de-France
  • Voiture : Lotus Exige Cup 260 GT10
  • Métier : Ingénieur R&D
  • Début en rallye : 1991 en Peugeot 205 GTi

Avant de parler de tes derniers résultats et de cette fameuse Lotus Exige, revenons sur tes débuts en rallye. Comment es-tu arrivé dans ce milieu ?

J’ai toujours adoré la mécanique et le sport auto alors que ma famille ne l’était pas vraiment.
Quand j’avais 20 ans, le rallye jeune n’existait pas donc en tant qu’étudiant je me contentais de suivre l’actualité automobile avec beaucoup d’envie et d’admiration.

Il a fallu attendre que je travaille pour pouvoir me payer mes premiers stages de pilotage, seule filière possible à l’époque pour essayer de dégoter un volant.
Mais à la sortie de mes études à 23 ans j’ai créé ma première société de conception de bancs d’essai et ça mobilisait toute mon énergie et surtout mes moyens financiers.

J’ai dû attendre mes 26 ans pour faire mon premier stage à l’école GET de Jean-Michel FABRE à Cergy Pontoise. Il donnait la possibilité de gagner une 205 GTI avec une participation au rallye Monté Carlo. Malheureusement, le jour de la finale j’avais 40 de fièvre et j’ai été battu par Mattéï un pilote Corse déjà chevronné de l’époque.

Ce n’est que 2 ans après que j’ai pu m’acheter une super 205 GTI pas chère sur Echappement, l’affaire du siècle !…, qui était en fait une épave… Mais ça c’était après.

Mon premier copilote Benoit Corruble avait fait le stage copilote de GET et nous avons participé à notre premier rallye … au Mans !
Sacré souvenir, dès la 2e spéciale je me suis retrouvé avec la pédale de frein au fond et on a sauté par-dessus une clôture et il a fallu attendre qu’un commissaire ouvre la barrière pour qu’on revienne sur la spéciale mais on a quand même fini le rallye.

Ensuite je suis très vite venu en formule de promotion car c’était le seul moyen de récupérer un peu d’argent si on se débrouillait pas trop mal au volant.

Coupe Clio (2 courses) puis le  Challenge AX GTI pendant 4 ans, une pose d’un an (pas les moyens de passer en Saxo) puis 3ans de Saxo Challenge de façon épisodique.

Après plusieurs années en Challenge Citroën, tu reviens en force avec une Subaru Impreza groupe N et les victoires de groupe arrivent rapidement. A l’époque, qu’est-ce qui t’as motivé dans le choix de cette auto ?

Pour raison professionnelle j’ai arrêté de courir de 2001 à 2003 et suis revenu aux affaires grâce à Christian Dieux de L.A.D. qui m’a fait rencontrer Subaru France qui cherchait à promouvoir une structure française capable de préparer des Subaru. A l’époque, Subaru c’était LA marque référence et on s’est lancé dans l’aventure en créant ABB Racing qui deviendra GE Concept en 2010.

En 2004, on aura un gros coup dur, avec le cambriolage du garage et l’incendie de notre voiture par les cambrioleurs. A peine le ¼ de la valeur remboursée par l’assurance.

Tout a failli s’arrêter là mais Subaru France nous donnera un gros coup de pouce en nous important une vrai SPEC C Japon, qui est toujours celle que nous possédons et proposons à la location ou la vente aujourd’hui. Notre plus beau résultat sera la 3place en R4 (alors que notre voiture est une GR N) au tour de Corse 2015.

Malgré nos résultats (plus de 25 victoires de groupe dont 1 scratch et 6 podiums) nous vendrons que 2 voitures, les clients potentiels préfèreront acheter une Prodrive 60% plus chère que la nôtre…

Fin 2007, tu débarques en Coupe de France avec une Lotus Exige Cup 255. Une première en France à cette époque ? Parle-nous de ce projet si particulier.

Il fallait s’orienter vers autre chose, mais quoi ? Monter des voitures de constructeur, tout le monde sait le faire, il faut juste bien suivre les instructions de la notice.

En épluchant les réglementations, j’ai trouvé que le groupe GT permettait de faire rouler de belle voiture en laissant la créativité au préparateur un peu comme le F2000.

On a d’abord pensé à la Porsche turbo 4 roues motrices et la Nissan GTR qui nous ont très vite été interdites.

Fin 2006 je tombe sur un essai de l’Exige CUP 255 et épluche ses caractéristiques … on partira sur ce modèle.

Non sans mal au début car Lotus ne croyait pas du tout au projet (une Lotus en rallye ???) et il a fallu l’aide du concessionnaire qui nous a vendu la voiture (Marcassus )pour les convaincre  de nous aider pour la création de la fiche d’homologation. C’était très important car la boite crabot par exemple ne peut être utilisée en GT de série que si elle est homologuée par le constructeur et Lotus validera notre boite. On travaillera pendant 6 mois avec la FFSA et Lotus pour sortir cette fiche.

Tout le monde pense en 2007 que c’est Enjolras qui avait fait l’homologation de la voiture en France mais en fait ils ont attendu qu’on termine la fiche avec la FFSA et ensuite, grâce à leur structure nettement plus conséquente que la nôtre, leur Exige sortira avant la nôtre, mais sans les résultats escomptés …

Performante (plusieurs podiums scratchs), cette Lotus apparaît encore fragile et malheureusement cette voiture disparaît en fumée fin 2012. Suite à cet épisode, as-tu pensé mettre un terme à ton projet avec cette voiture et même à ton parcours en rallye ?

On a bien galéré au début car faire du rallye avec une Lotus c’est comme faire faire du marathon à Usain Bolt … c’est pas gagné !

On a eu beaucoup de mal à régler la voiture en châssis et on a collaboré avec Christophe De Coninck (Owhell) qui nous a permis d’avoir un châssis beaucoup plus facile à piloter en rallye. En 2008 au Lyon Charbonnière on terminera 22et 3éme du GT avec une voiture 100% de série, juste avec des lois d’amortissement revues par Owhell .

A l’époque il n’y avait pas d’amortisseurs typés rallye pour cette voiture et on avait collaboré avec RSSP en Argentine pour en développer. L’absence de butées hydrauliques nous coutera quand même deux énormes sorties de route (un soleil par l’avant au Mont blanc et voiture entièrement détruite à St Yrieix).
De 2009 à 2011 on aura loupé 8 fois le scratch, soit sur panne mécanique soit sur faute du pilote.
En 2012, on présentait la version 2 de notre Exige CUP 255 avec des nouveaux amortisseurs et un boitier de gestion moteur à la place de celui d’origine.

Malheureusement la voiture brulera entièrement lors du rallye des vins de Macon en juin 2012. La, c’est la très grosse catastrophe, car nous ne sommes pas assurés et c’est une perte sèche de plus de 80 000 € pour l’entreprise. Ce sera presque un an d’arrêt jusqu’en avril 2013 ou nous ressortirons notre fidèle N12 afin de conserver la main le temps de repartir d’une feuille blanche sur la dernière Exige CUP 260 version 2010. Ce modèle nous permet de profiter d’options catalogue constructeur intéressantes.
En collaboration avec la FFSA (Laurent Chamard puis Bernard Lindauer) nous avons engagé une procédure d’homologation FIA d’un véritable arceau cage, qui aura demandé presque 2 ans entre le proto, les notes de calcul et le premier modèle fini.

Guillaume De Coninck (frère de Christophe) s’impliquera énormément avec Donerre pour développer les meilleurs amortisseurs possibles.

Enfin nous avons eu la chance d’avoir Arnaud Mounier (EMAP) qui nous a apporté tout son savoir-faire de motoriste alors qu’il avait largement de quoi faire avec de grandes équipes comme le SLR, Romain DUMAS et bien d’autres. Cela a été très dur pour toute l’équipe car nous n’avons pas de moyens financiers pour assurer un développement comme une usine. Guillaume et Arnaud n’ont pas compté leur temps, on a ramé, mais quelle aventure humaine !

Moi j’ai le beau rôle car certes je travaille énormément pour la conception de cette voiture mais j’ai le plaisir immense de la piloter.

Notre but est de prouver que pour le prix d’une R3 on peut avoir une auto splendide qui permet d’aller chercher des scratchs en régional et on espère le prouver bientôt, en national aussi.
C’est une voiture qui coûte 2.5 fois moins chère à faire rouler qu’une Gr N 4×4 et même moins chère qu’une R1.

Pourquoi ? c’est très simple, elle fonctionne au SP98, et comme elle est très légère elle consomme très peu de pneus.

La maintenance est réduite car le moteur est de série, seule la boite crabot demande une révision par an.

Depuis le début de l’année, une nouvelle Lotus Exige Cup 260 est sorti de ton garage et tu viens d’enchaîner deux gros résultats en Coupe de France, donc une victoire scratch au ralle du Mans ce week-end. La consécration après d’attente ou le meilleur est encore à venir ?

Nous avons encore beaucoup de travail en réglage sur la voiture et sur le pilote, car on est loin d’exploiter tout son potentiel. Comme nous n’avons quasiment pas de sponsors nous n’avons pas les moyens de financer plusieurs séances d’essai (on en a fait une avant l’Ain/Jura), alors on fait la mise au point sur les rallyes, mais avec l’obligation de résultats (pour récupérer les primes)on ne peut pas travailler sereinement. En plus avec la destruction de la voiture au Touquet, on a grillé tous nos Jokers financiers.

Enfin, quel est ton programme de fin de saison et vise-tu encore une qualification pour la Finale ?

On devrait être présent au Cœur de France pour affronter Tony COSSON la référence actuelle en GT pour voir ou on se situe. L’objectif est de montrer qu’une Lotus peut être au niveau d’une Porsche pour moins cher.

Si tout va bien en devrait retourner en championnat de France dans le cadre du trophée Michelin à partir du Mont-Blanc ce qui permet d’avoir de belles dotations si on roule correctement bien sûr…
La Finale de la coupe de France ça parait compliqué d’y aller car on n’a pas beaucoup de points, mais si on est qualifié on ira, même si je n’ai jamais eu de réussite à cet exercice.




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  1. Chris. dit :

    Bravo pour tout ce boulot abattu… et la persévérance qui va avec !!

  2. Briwan dit :

    Vraiment une super auto!!! Qui possède des relances d’enfer!!! Je ne serai pas surpris qu’il s’impose ce week-end au rallye ” kalt- bec”. La comparaison avec la méchante Porsche de Cosson sera intéressante…….

  3. patpat dit :

    Le gros problème est que cette auto est intouchable. C’est plus vite qu’une R5 sur la plupart des rallyes.
    Je ne comprend pas pourquoi cette auto n’est pas en GT+ car le rapport poids puissance est effarant.
    Sur un 0-160km/h c’est plus rapide de 1s qu’une bonne porsche en GT10….

    Par contre il est clair que c’est beau à voir rouler, un vrai kart.

  4. natlin dit :

    il en faudrait plus des caisses originales comme ca,

  5. Antonio dit :

    Simon on ta oublier good taf on oubli souvent les meilleur

  6. iceman dit :

    Excellente initiative.
    Enfin de la diversité !
    Voilà qui nous change des sempiternels plateaux composés de :
    Clio, DS3, C2, 207, 208, etc…