A.Fourmaux : “Une stratégie de course intelligente”



Pour son troisième rallye dans la catégorie reine, son deuxième sur terre seulement, Adrien Fourmaux a découvert avec bonheur et réussite le mythique Safari Rally Kenya.

Cinquième à l’arrivée, le pilote nordiste a profité de cette épreuve pour signe son tout premier scratch en carrière après avoir déjà accumulé de nombreux deuxièmes temps. De retour en France ce mardi, le français nous a accordé de longues minutes pour revenir sur cette épreuve hors du commun.

Bonjour Adrien. Tu termines donc 5e de ce Safari après avoir évité tous les ennuis, tout en montrant de belles performances en fin de course. Quel est ton bilan après cette épreuve ?

“Je suis hyper content de mon rallye, c’était un gros challenge avec la voiture. On a fait une stratégie de course intelligente pour arriver jusqu’au bout. Je me suis tenu à ce plan les deux premiers jours.

Il y a des secteurs où j’étais à plus de 3s au kilomètre des meilleurs, il est clair que ce n’est pas mon rythme normal mais j’avais choisi de préserver la voiture au maximum. Le dimanche, j’étais plus en confiance avec la voiture, et j’ai pu me lâcher davantage.

C’est un bon résultat pour moi, je n’ai pas été tenté d’attaquer et j’ai su garder ma ligne de conduite. C’était aussi le deal avec Malcolm (Wilson) au départ, le but était d’aller au bout en sachant que ce rallye serait encore au calendrier pour les prochaines années. Il faut souligner que je n’ai rien abîmé sur la voiture, même pas un élément aéro, rien au niveau des bras de suspension non plus par exemple.

Pour mon 3e WRC et le 2e sur terre, je suis très content de mes performances, et notamment d’avoir réalisé mon premier scratch en WRC, et plus particulièrement au Kenya. Je vais m’en souvenir pendant très longtemps !”

Dans la spéciale de Kedong notamment (vendredi), tu as volontairement opté pour un rythme très sécuritaire. N’as-tu pas été trop prudent avec le recul ?

“Non, je ne regrette pas d’avoir assuré car j’aurais pu aussi péter quelque chose comme un amortisseur ou autre. Sans la connaissance de la voiture et sa robustesse face à certaines difficultés, il était primordial d’assurer dans les passages les plus délicats.

Comme au Dakar avec les notes de dangers (1/2/3), on avait des annotations au niveau des notes pour les passages les plus durs. On a souvent surestimer le danger et/ou sous-estimer la capacité de la voiture.

Au final, on a réussi à monter crescendo le rythme en signant des deuxièmes temps puis le scratch. Finalement, j’ai bien vu que la voiture encaissait mieux les chocs que prévu.”

Qu’as-tu pensé de cette épreuve et de son atmosphère ?

“L’ambiance est forcément différente de ce que je connais habituellement. En arrivant, je me suis quand même demandé “Qu’est-ce qu’on vient faire ici” par rapport à la pauvreté de l’Afrique. Il y a une telle disparité entre les bidonvilles et des quartiers d’ambassades qui peuvent coûter des millions de dollars par exemple. Lundi, j’ai pu constater ça et j’ai pu discuter avec un guide local qui m’a aussi expliqué qu’il existait une classe moyenne “classique” au Kenya.

Mais ce rallye a été une grande expérience pour tout le monde. C’était dingue de voir tout ce monde sur le routier (120 km entre Nairobi et Naivasha). Il y en avait des dizaines de milliers, la voiture était parfois entourée de très nombreux spectateurs qui voulaient un selfie par exemple, c’était incroyable. Je n’ai pas encore la chance d’aller en Argentine ou au Mexique qui sont également deux pays où le rallye est très populaire, mais j’ai vraiment été émerveillé par ce monde.”&

Explique-nous cette coupe du dimanche matin ? Pourquoi avoir tenté cette manoeuvre avec Renaud ?

“C’est simple. Avec Renaud, nous avons regardé beaucoup de vidéos des dernières éditions du Safari. En 2002 par exemple, Sébastien Loeb a fait une coupe qui a été reprise par un autre pilote ensuite pour gagner du temps. Il n’y a pas eu de pénalité et c’était comparable à ce que nous avons fait.

Nous avons demandé à l’organisation avant l’épreuve si ce serait autorisé, et on nous a dit que si cela ne change pas une case du road-book, c’était bon. Lors des reconnaissances, on avait vu une belle coupe avec Renaud. Après tout, nous sommes au Safari, donc on s’est dit que ce serait bon. Parfois, on passe à 5 ou 10 mètres du chemin pour éviter des choses sur la piste, alors pourquoi pas faire ça. On avait vu que c’était tout propre à gauche et ce n’était pas en dehors du road-book. Les commissaires n’ont pas apprécié et la FIA a demandé la vidéo à M-Sport. On a pris 10s de pénalité. Le règlement était identique à 2002 mais c’est la mentalité qui a changé sur le rallye.

Au final, on doit gagner environ 5s sur cette coupe et on perd la 4e place pour 1 dixième. Donc pour moi, je suis 4e.”

Comment as-tu vécu cette lutte interne avec Gus Greensmith ?

“Jusqu’au samedi midi, j’étais encore assez loin de lui donc je n’avais pas vraiment à l’esprit d’être en bagarre. Mais samedi après-midi sous la pluie, je me suis dit qu’il pouvait se passer beaucoup de choses, c’est toujours le cas dans de telles conditions. Sous les averses, on reprend 30s dans la spéciale et on revient à 12s de Gus avant la dernière journée. Dimanche, on avait l’objectif de finir le rallye, mais si je me sentais bien, j’allais tenter de revenir. Finalement, on échoue d’un rien. Nous nous sommes félicités à la fin de l’épreuve.”

Si le Kenya semble avoir fait l’unanimité parmi les pilotes et les équipes, cela est moins évident chez les fans du WRC. Quel est ton avis ?

“J’aimerais bien connaître et regarder les stats de ce rallye à la TV. Je suis sûr que les rallyes atypiques attirent énormément. Au niveau communication, la Croatie avait par exemple fait du superbe boulot.

Les pilotes doivent accepter ce défi proposé par le Safari et adapter leur pilotage aux conditions rencontrées. L’improvisation, c’est ça la base du rallye ! 

Je suis juste malheureux pour Kalle (Rovanperä), c’est vraiment dommage pour lui. Je me rappelle que Richard Burns avait eu le même souci dans le fesh-fesh en 2000 à quelques mètres de l’assistance.

Pour Kalle, on a l’impression qu’il rentre dans un rail très profond et le ski de sa voiture touche. Sans avoir mis les essuie-glace avant, il pose finalement sa voiture. Mon team m’a prévenu ensuite qu’il s’était planté à 900m du départ. En arrivant sur cet endroit, je suis sorti des traces et je suis passé à cheval on peut dire. Le risque était de trouver des pierres ou quelque chose comme ça, mais c’était bon heureusement.

Pendant le rallye, j’ai eu plein d’animaux devant la voiture et j’ai forcément freiné à plusieurs reprises. On perd du temps et on peut se dire que les autres ont eu moins de problèmes, mais c’est comme ça. Tous les pilotes ont adoré le rallye, les équipes aussi. Bien sûr, certains ont moins apprécié que d’autres.

Je voudrais souligner les performances de tous les copilotes sur cette épreuve, c’était pour eux le rallye le plus difficile de l’année. Il y avait tellement de virages insignifiants sur ce rallye, il était difficile pour eux de ressentir ce genre de virages et donc de se situer dans les notes. Je félicite Renaud, il a été très bon, il faut vraiment le souligner. On a eu plus de dialogues que d’habitude et je devais notamment lui dire parfois de continuer pour avoir la prochaine note (“Vas-y”).”

Avant le rallye, tu m’avais fait part de ton souhait de signer ton premier scratch au Kenya. Maintenant que c’est fait, quel est ton objectif suivant ? Encore un autre ?

“Les objectifs sont clairs dans ma tête. Après ce premier scratch, il va falloir les enchaîner. Je suis passé proche en Croatie et au Portugal en terminant derrière Ogier, Evans ou Neuville, donc ça fait du bien de faire ça pour mon 3e rallye en WRC. Sébastien Ogier l’a fait dès sa première spéciale et j’ai pu en parler avec lui, alors que Sébastien Loeb l’a fait à son 3e rallye, comme moi, donc c’est toujours sympa de faire des comparaisons comme ça. Après ce scratch, l’objectif sera de valider un podium, puis après une victoire, puis on l’espère ensuite plusieurs victoires pour être en mesure de se battre pour un titre…”

En Estonie, tu vas retrouver un énorme plateau en WRC2. Quel sera ton objectif ?

“On a l’objectif de faire un rallye solide. Nous sommes plus en difficulté sur un tel terrain par rapport à la majorité des pilotes qui sont habitués à rouler dans de telles conditions. Eux sont par contre moins à l’aise sur un Monte-Carlo par exemple.

Contrairement à la Sardaigne, nous aurons 1 jour 1/2 ou même 2 jours d’essais je ne sais plus trop pour préparer le rallye. C’est bien de voir que M-Sport met les moyens sur ce programme.

Il faut être très engagé sur ce rallye et avoir une voiture avec une grosse précision dans le vite. Les virages sont rapides, et il faudra faire attention à l’appui aéro qui n’est pas du tout le même que celui des WRC, j’en ai déjà parlé ici avant la Sardaigne ! C’était un beau rallye l’an dernier, mais on va essayer de viser plus haut.”

On aimerait forcément te voir avec la WRC sur une nouvelle épreuve comme Ypres. Ce sera le cas ?

“Nous avons été avec la WRC sur tous les rallyes nouveaux (Croatie et Kenya). On va espérer que ça continue pour Ypres. J’essaie de faire du mieux possible en réalisant les meilleurs résultats possibles pour espérer rouler de nouveau avec cette voiture. Pour l’instant, je n’en sais vraiment rien.”




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cixy
cixy
2 mois il y a

Les stratégies employées par les pilotes, rouler pépère ! en plus des pneus Pirelli de médiocre qualité, des routes incompatibles comme au KENYA…
Plus d’intérêt à suivre les rallyes.
Allez roulez pépère !

Truite
Truite
2 mois il y a

Moi je dis que la question n’est pas de savoir si il sera champion mais quand !
Nous avons de la chance en France d’avoir autant de pépites.
Dommage que la population s’en moque aux profits du football