Argentine 1999 : Kankkunen le plus malin



Continuons notre rétrospective des meilleurs moments du rallye international avec un retour sur le rallye d’Argentine 1999, épreuve où Juha Kankkunen s’est imposé pour un écart infime face à son équipier Richard Burns à l’issue d’un final controversé.

Au coeur de cette année 1999, le rallye d’Argentine accueille la septième manche de cette saison en championnat du monde des rallyes.

Au démarrage de cette épreuve, Tommi Mäkinen et Didier Auriol, séparés par seulement un point, sont clairement les hommes forts de ce début de championnat. Auteur de deux victoires, Colin McRae n’est pas très loin malgré une irrégularité pénalisante. Deuxième pilote Toyota avec Auriol, Carlos Sainz est en retrait sur cette première moitié de championnat. Nettement sur le déclin après un passage raté chez Ford, Juha Kankkunen compte lui seulement huit petits points en cinq épreuves disputées ! La situation de son coéquipier Richard Burns est pire avec sept malheureux points…

Le 23 mai 1999 au matin, cinq hommes sont déjà au-dessus du lot sur ce début du rallye d’Argentine. On retrouve les pilotes officiels Subaru (Burns et Kankkunen), Toyota (Auriol et Sainz), ainsi que Mäkinen, le champion du monde en titre. Ce top 5 est regroupé en sept secondes après l’ES4, soit 50 kilomètres de spéciales. Les autres sont déjà battus à plus de vingt secondes avec notamment McRae sur le carreau après avoir brisé une suspension de sa Focus.

Dans la 5, Mäkinen connaît un premier revers et lâche 28s3 sur Burns, auteur du scratch, avant d’en perdre de nouveau 13s2 dans la suivante. A trois spéciales du terme de la première journée, Burns domine, Kankkunen est à 8s3 et Auriol à 9s4. De son côté, Sainz a tout perdu dans la 6, lâchant 38s à cause d’une Corolla pas au meilleur de sa forme. L’espagnol se retrouve alors quatrième mais à plus de quarante secondes de la tête.

En fin de journée, Kankkunen se montre très fort et enchaîne deux scratchs pour ravir la tête à son coéquipier Burns ! Ce dernier est à seulement 1s1 au soir du premier jour, Auriol est en embuscade à 3s5. Quatrième, Sainz est déjà hors-jeu pour la victoire (+45.6) à moins d’une folle remontée. C’est encore pire pour Mäkinen, relégué à plus d’une minute.

Le lendemain matin, Burns fait mal au réveil. Dans les 23,67 km de « La Cumbre – Agua de Oro », le britannique colle 5s4 à Auriol mais surtout 13s à Kankkunen qui perd deux places d’un coup.

Dans la 12 de 28,93 km, Burns récidive. Auriol s’accroche et ne perd que 1s5. Pour Kankkunen, l’addition est encore salée avec 8s3 de déboire à l’arrivée. Au général, le britannique aurait pu faire un sacré coup mais c’était sans compter sur une pénalité de 10s attribuée pour un pointage en retard. Au tiers de l’étape, c’est Auriol qui mène devant les deux Subaru, les trois hommes étant regroupés en à peine 12s. Derrière Sainz et Mäkinen restent impuissants à plus d’une minute.

Après un statu quo dans la 13, « Kankku » se réveille dans la 14 et revient à  seulement 4s5 de Burns alors qu’Auriol s’accroche toujours aux japonaises bleues. Dans l’après-midi, Burns refait son coup de la matinée et en colle d’abord 8 à Kankkunen dans la 15 puis 5 à Auriol dans la 16. Au terme de la journée, le britannique est un solide leader, 14s8 devant le français et 16s4 sur le finlandais.

Le dernier jour, 132,42 km sont encore au programme avec des spéciales encore mythiques à affronter comme celle d’Amboy, encore disputée vingt ans plus tard. 

Dans les trois premières spéciales, les Impreza sont irrésistibles et Auriol ne peut rivaliser. Auteur de deux scratchs, Kankkunen vient de lui coller 13s et pire encore, Burns a désormais 23s1 de marge sur le français, la victoire est maintenant impossible à la régulière.

Pour Subaru, la fin de rallye semble tranquille avec encore trois spéciales à aborder avant l’arrivée. A la dernière assistance, les consignes d’équipe sont assez claires. Les deux Impreza doivent franchir la ligne d’arrivée et les deux hommes ne doivent pas prendre de risques inutiles.

Dans la 20, Burns se relâche, étant même plus lent qu’au premier passage, au contraire de Kankkunen qui améliore de trois secondes et reprend 3s9 à son coéquipier d’un coup. L’écart est alors de 6s3 !

Dans la 21, le même scénario se répète avec Kankkunen sur un nuage en haut de la feuille des temps…et Burns qui encaisse cette fois 5s1. Avant l’ultime spéciale, le britannique est toujours en tête, mais le finlandais de 40 ans est revenu à 1s2 !

Dans le chrono d’Amboy, dernière spéciale du rallye, KKK est encore une fois irrésistible. Burns a beau faire mieux qu’au premier passage, cela ne suffit pas, et il s’incline pour 2s4 face à son coéquipier quadruple champion du monde. 

Le finlandais remporte alors sa 22e victoire en championnat du monde, son avant-dernière en carrière.

A l’arrivée, amer, le copilote de Richard Burns, Robert Reid, déclara alors : « Là où il y a un requin, il y a un Finlandais. »

Troisième, Didier Auriol a largement relâché en fin de rallye et termine à quarante secondes, écart ne reflétant pas ses performances. Avec ce podium, le français quitta cette épreuve à égalité de points avec Mäkinen, quatrième à l’arrivée.

Classement Final

Pos.PiloteVoitureChrono
1Kankkunen-RepoSubaru Impreza S5 WRC 
2Burns-ReidSubaru Impreza S5 WRC+2.4
3Auriol-GiraudetToyota Corolla WRC+39.6
4Mäkinen-MannisemäkiMitsubishi Lancer Evo VI+1:25.2
5Sainz-MoyaToyota Corolla WRC+2:28.1
6Râdström-GallagherFord Focus RS WRC+4:51.9

Peqqy





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6 Commentaires
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jmb17
jmb17
15 jours il y a
  • Kankkunen, multi grand champion => kkk 
  • Loeb, véritable phénomène multi champion => c’est un k
  • Quant à ce pôvre Neuville, qui n’arrive pas à devenir champion, malgré tous ces efforts, il est dans le kk
berlinette
berlinette
16 jours il y a

Le finlandais l’a jouée fine, et Burns devait les avoir grosses……..
Donc KKK a gagné 4 titres avec 23 victoires de rallyes: un sacré ratio, qui me semble inimaginable avec le système de points actuel.
Comme quoi, les palmarès dépendent beaucoup des réglementations en cours, sans rien enlever au talent de ce pilote.

Slate
Slate
Reply to  berlinette
15 jours il y a

Surtout les pilotes faisaient rarement une saison complète… Jusqu’à 86 avec les Gr. B les champions faisaient de gros programmes. Mais à partir de 87 jusqu’à 90 et au titre de Sainz un peu seul plus personne n’était à plein temps mais beaucoup de spécialistes avaient leurs chances (3 finlandais en Finlande, 3 français en France… Peu de monde en Afrique ou aux antipodes. Sainz est champion en 90, plus que sa régularité, il est un des seuls à faire presque toutes les manches. Et jusqu’en 97 beaucoup de programmes sont partiels (Auriol attendra 98 pour faire son 2ème safari… Lire la suite »

jmb17
jmb17
Reply to  berlinette
14 jours il y a

Bravo pour Lapeyre (pas celle de Xavier) de Richard. Tu l’as jouée très fine, j’avais pas vu

mjmj
mjmj
16 jours il y a

Le WRC de la fin des années 90, c’était quand même une sacrée brochette de champions du monde (anciens et futurs!)

berlinette
berlinette
Reply to  mjmj
15 jours il y a

Toute la décennie fut, à mon avis ,excellente. Sans doute la meilleure.