Bonato : « La balle est dans le camp de Citroën »



Vainqueur du Monte-Carlo en janvier dernier, Yoann Bonato était bien parti pour signer un beau résultat au Tour de Corse, mais une panne d’essence brisa son élan, pour une raison encore inexpliquée.

Avant cela, le double champion de France des rallyes asphalte occupait solidement la deuxième place du WRC-2 derrière Eric Camilli. Dans cette nouvelle chronique, Yoann évoque son week-end de course mais également ses possibilités d’évolution en WRC-2. A la fin de cette chronique, son copilote Benjamin Boulloud nous livre également quelques mots, décryptant notamment une de ses pages de notes. 

Après ta superbe victoire au Monte-Carlo, quel était ton objectif au départ de ce Tour de Corse ?

« Cette année nous avions deux courses programmées en championnat du monde, le Monte Carlo et le Tour de Corse. Après une victoire en WRC2 sur la première course, l’enjeu au départ du Tour de Corse était forcément important. Notre objectif était de faire aussi bien qu’au Monte Carlo. Assoir un bon résultat pour nous, c’était envisager de poursuivre en mondial et se donner l’opportunité de jouer le titre en fin d’année. »

Malheureusement, et pour une raison assez obscure, ton week-end ne s’est pas passé comme prévu. Explique-nous ce qu’il s’est passé samedi matin ?

« Nous avons eu une panne comme nous n’en avons encore jamais eu ! Un souci de panne d’essence mais encore aujourd’hui on ne sait pas l’expliquer. Les acquis de la voiture montrent qu’il n’y pas eu d’erreur de calcul des conso du côté de l’équipe. Au moment de la panne, il doit rester une dizaine de litres pour rejoindre le RZ suivant.

Chez Citroën, les équipes planchent sur le sujet pour comprendre et tenter d’apporter une réponse. »

Avant cela, tu étais un beau deuxième et tu semblais satisfait de tes performances. N’étais-tu pas trop déçu d’être incapable de jouer la première place ?

‘Avant ça on était bien dans notre course. Quand tu joues à ces places là sur un Tour de Corse c’est super gratifiant ! C’est un rallye tellement difficile et qui demande tellement de travail en reco, à la prise de notes et particulièrement cette édition où il y avait beaucoup de nouveautés.

La deuxième place derrière Camili et la Volkswagen c’était notre place. J’ai fait le maximum pour être au plus proche mais à la régulière ce n’était pas possible d’aller chercher ce très bon pilote qui plus est dans une très bonne voiture. On donnait le meilleur de nous même et ceci avec un gros engagement. La C3 me donnait entière satisfaction. Pas un clic depuis le départ et les problèmes de freins rencontrés l’année précédente étaient résolus. Bref, je prenais un pied d’enfer avec la voiture. Bien sûr l’équipe est consciente qu’il y a des améliorations à apporter en termes de performance pure mais Citroën connait les axes de travail et les équipes travaillent dans ce sens. Cette année la concurrence est belle et nous n’avons pas l’intention de nous endormir sur nos lauriers. »

A-t-on des chances de te revoir en mondial cette année ? Est-ce que Citroën te permet d’espérer quelque chose de particulier ?

« Aujourd’hui nous ne savons pas à quelle autre manche du mondial nous pourrons participer. Nous travaillons pour être au départ de l’Allemagne mais nous attendons surtout de connaître la position de Citroën.

Nos partenaires principaux actuels que sont IGOL, MICHELIN ainsi que l’équipe CHL Sport Auto ont fait des efforts importants déjà pour que nous soyons sur 2 manches et nous sommes très heureux de ce que nous avons pu réaliser, nous ne pouvons pas les solliciter d’avantage. Maintenant la balle est dans le camp de Citroën pour ce qui concerne la suite à donner en Championnat du Monde.

A mon sens, même si c’est plus compliqué après ce résultat blanc, le titre en WRC2 est encore jouable.« 

Cela fait 2 rallyes de suite qu’une Volkswagen se positionne devant toi. Est-ce déjà pour toi la nouvelle référence de la catégorie R5 ? Citroën a t-il prévu des évolutions en cours d’année ?

« La dernière voiture arrivée sur le marché est forcément la plus moderne, les résultats de la Volkswagen ne sont pas vraiment une surprise, on s’y attendait un peu.

Après ce n’est pas tout simple non plus d’être la « dernière-née », on l’a vu en Corse. La nouveauté apporte aussi son lot de problématiques à résoudre. De notre côté les équipes restent concentrées sur les évolutions prévues cette année pour la Citroën C3. Nous allons tout faire pour être en mesure de rivaliser cette saison ! »

Le Tour de Corse est bien connu pour ses liaisons interminables. Si pour nous, elles sont déjà longues, alors j’imagine que pour vous c’est l’enfer ?

« C’est sûr que pour un équipage c’est toujours plus sympa d’être en spéciale que sur la liaison. Mais le routier c’est aussi une bonne occasion de faire un break. On est dans notre bulle. Et puis y a plein de choses à faire en liaison ; plein de monde à croiser, on fait des « coucou » aux spectateurs qui nous font signe. Ce sont des petits moments sympas qu’on n’a pas le temps de vivre en spéciale, forcément 😉

Mais en Corse ou ailleurs, en tant qu’équipage, on priorise toujours la qualité des spéciales, même si pour ça on doit faire plus de kilomètres en liaison. En tous cas pour moi le plaisir est dans le chrono, alors si on doit faire des liaisons un peu plus longues pour pouvoir rouler sur de belles spéciales, ça ne nous pose pas de problème. »

Après ton abandon, as-tu pris le temps de goûter à quelques spécialités corses, figatellu ou canistrelli ?

« Les spécialités corses ne sont pas une légende, la charcuterie corse c’est quand même vraiment magique ! Et en tant que montagnards on aime quand même bien ça ! Alors évidemment gouter aux plats locaux c’est inévitable quand tu participes au Tour de Corse. »

Maintenant, tu vas retrouver le Lyon-Charbonnières, une épreuve que tu apprécies beaucoup et que tu avais d’ailleurs remporté l’an passé. Beaucoup de gens te voient comme le grand favori, tu comprends cette attente ?

« Je ne pense pas qu’on soit favoris à aujourd’hui. Le début de saison montre clairement qu’on est un peu en retrait pour le moment. On va faire notre course comme on l’a faite au Touquet. Notre objectif est de s’appliquer à faire un beau rallye mais le championnat est long alors on verra comment on évolue. Bien sûr ça fait super plaisir d’être attendus comme tels, ça fait du bien de percevoir l’estime des gens, mais c’est important de rester concentrer sur la situation et sur l’objectif à atteindre. »


Pour cette chronique, Benjamin Boulloud, le copilote de Yoann, est également de la partie avec quelques questions supplémentaires

En tant que copilote, as-tu une préparation spécifique au Tour de Corse ?

« Il faut déjà aborder le rallye bien reposé. Après pour un copilote, il faut une bonne endurance, cela consiste à faire autant que possibles du vélo, de la course à pied ou de la randonnée. »

Des exercices de diction par exemple pour maintenir un effort de plus de 30 min ?

« La plupart des spéciales corses demandent un gros débit de notes et une anticipation des rythmes notamment dans l’enchaînement de virages rapides et bref. Un exercice de diction n’est pas vraiment représentatif, en revanche, je travaille autant qu’un pilote les spéciales à la vidéo. Pour la longueur de Es9/12 La Castagniccia, on l’a abordé comme les années précédentes où chaque année le Tour de Corse nous offre une spéciale de 45 km, j’essaie dans ces spéciales longues de me repérer par les villages traversés afin de me situer par rapport à l’arrivée. »

Physiquement aussi, avais tu un programme sportif personnalisé ?

« Non, je n’ai pas de programme sportif personnalisé, je discute avec des préparateurs physiques mais j’essaie de faire du sport régulièrement. »

Quel est le nombre de pages utilisées pour la spéciale de 47 km ? Une idée du nombre de virages ?

« Dans la spéciale de la Castagniccia, j’ai 65 pages de notes, avec une moyenne de 10/12 virages par pages. On peut donc dire que ce chrono comporte entre 650 et 750 virages. »

Pour finir, voici une page de notes.

« Voici une page de Es2/5 Valinco ou on peut voir beaucoup de virages par lignes avec du rythme et une vitesse importante. »

« Traduction » des lignes de cette page de notes

  • 40m Droite 150 sortie Frein pour 30m Droite 120 ++ pas corde et
  • Droite 130 ++ frein pour attention Gauche ferme 120++juste tard sur Droite 130 – pas corde sur
  • Gauche 130++ sur pas corde D140- pour Gauche 140- – pour D130 ++pas corde frein pour 20m
  • Gauche 130-  pour 20m Gauche 120++ Frein pour 10m Droite 120 ouvre 130 sur




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  1. didjji dit :

    un régal cette interview !
    quelle équipage extraordinaire , bravo ! la place du copilote et capital , on y pense pas assez souvent , quel métier !!
    une pensée également aux ouvreur un très grand bravo a eux , j’ose pas imaginé le boulot de dingue que doit représenter une spécial du tour de Corse.
    merci RS de nous faire partagé tous ca

  2. giledouard dit :

    C’est vrai j’apprécie vos chroniques et interview. Pour rebondir… je crains pour Bonato qu’il y ait des balles perdues (voir le titre de la chronique)

  3. filip dit :

    Je me joins au concert de louanges : bravo et merci pour cet article qui donne la parole à un équipage. C’est ça le rallye. Aurons-nous le plaisir de voir qqs photos du Tour de Corse ?

  4. sebenfer dit :

    Merci RS

  5. Fred dit :

    Bravo RS pour ce bel article. Je rejoins certain commentaire et je trouve que vos articles sont excellent. Continuez ainsi pour le bonheur de tous les passionnés de rallye.
    Je suis admiratif de tous ces copilotes qui sont nos yeux et qui nous permettent d’aller vite, très vite !! Sans eux on ne peut pas faire de temps. Et ce qui est inexplicable au commun des mortels c’est la complicité que nous avons dans l’habitacle il faut le vivre pour le comprendre.
    Merci RS continuez ainsi.

  6. jh74 dit :

    Qui à mis l’essence dans la voiture?se trompé de 10 litres ça fait beaucoup.Bravo à Yoann et Benjamin et j’espère que Citroen va leur donné les moyens pour continué en WRC2 et qu’il trouvent une solution pour amélioré les performances de la voiture.Bravo à RS pour cet interview

    • Charles Castelli dit :

      Le plein est fait dans les barils estampillés FIA; quid du système de transfert depuis le baril vers le réservoir??? Est on sur à chaque fois de la quantité d’essence injectée dans le réservoir???
      Même en F1, il y a déjà eu de erreurs….

  7. Pat dit :

    Super votre sujet,on parle pas assez des cop.un vrai travail.merci RS

  8. Touno71 dit :

    Excellent le carnet de note, ça permet de mesurer la difficulté du rôle de copilote.
    Bravo RS pour vos derniers articles qui sont de plus en plus intéressant en abordant le côté technique de ce sport.
    Encouragements du conseil de classe …

  9. Joebarf16 dit :

    Pfff rien qu’à imaginer le rythme sur lequel cela doit être lu et dit j’ai peur.
    Sauf qu’il écrit comme un cochon, encore pire que moi. J’écris tellement mal que j’ai souvent du mal à me relire, mais comme je ne suis pas copilote je devrais y survivre.
    RS toujours au top, bravo !

    • Xarena dit :

      C’est clair, je trouve moi aussi que Julien écrit plutôt mal!
      Mon père avait essayé de se prêter au jeu lors d’une spéciale d’un régional que nous faisions en 000, très motivé qu’il était… ça a duré 800m. Nous avons toujours été admiratifs des copilotes, notamment pour leur la confiance totale qu’ils donnent à leur pilote en course.

      • Marc dit :

        J’avais fait monté aussi mon papa dans un régional, que de très bons souvenirs, dans la 1 j’ai eu les notes que 150m, après que des « oulala » après il a pris confiance. Pour moi, le copilote c’est le vrai patron dans l’auto et tout le monde n’en ai pas capable. Chapeau bas à tous les copilote!!!

  10. Sylvain dit :

    Super sympa 🙂