Dans la vie d’un ingénieur météo au Monte-Carlo




Récit par Victor Bellotto, ingénieur météo pour l’équipe Mini lors du rallye de Monte-Carlo. Faire la grenouille pour une équipe anglaise : voilà un concept...

" src="http://www.rallye-sport.fr/wp-content/uploads/2012/02/Mardi-soir-Valence-380x283.jpg" alt="" width="380" height="283" />Faire la grenouille pour une équipe anglaise : voilà un concept peu banal pour un frenchie, eux qui nous surnomment les « frogs ». Ce métier est fait pour nous !

Difficile d’imaginer pourtant qu’une telle opportunité allait se présenter à quelques jours du départ de ce rallye mythique. J’avais déjà essuyé une première déception de ne pouvoir le faire dans un baquet et je me résignais donc à le voir une nouvelle fois à travers mon objectif.

C’était sans compter un appel de dernière minute (le dimanche précédent la course exactement) du copilote ouvreur de Campana qui me proposait cette place d’ingénieur météo pour le compte de Prodrive, comment refuser ??

Sans explications supplémentaires sur mon rôle, je retrouve l’équipe le mardi soir pour une première réunion de debriefing. Après distribution de mon « coffret de bienvenue » comprenant toutes les cartes avec la position de chacun sur les ES, les roadbooks, le pass, les tableaux et le plus important la radio, Nigel et Campbell nous expliquent notre travail durant ces 5 jours de courses. Nous serons 3 (Frédéric, un ami corse de Pierre et Sabrina et un employé Prodrive) puis 2 à partir de vendredi. Placés en milieu d’ES (un par spéciale) nous devrons non seulement renseigner l’équipe sur les conditions de route mais également prendre les splits, ce qui sur un tel rallye requiert une importance capitale.

Rendez vous donc le mercredi matin pour la deuxième ES, Burzet-Saint Martial. Exceptionnellement pour aujourd’hui, Fred et moi serons en binôme puisqu’il n’y a que 2 ES différentes. Cela permet une petite formation, lui qui a déjà eu l’occasion de le faire pour d’autres équipes mais aussi de trouver le temps moins long entre les 2 tours. Notre point de chute est le village de Lachamp Raphaël, le plus haut d’Ardèche perché à 1330m. Autant dire qu’à 7h avec -6°C et du vent, il ne fait pas bon mettre un pneu slick dehors !

Nos directives concernant la météo et les conditions de routes sont précises, le timing doit être respecté à la lettre ainsi que les détails. Tout est codé pour éviter l’espionnage, surtout quand on aperçoit nos homologues des équipes adverses au même endroit. Quand on connait l’importance qu’ont eu les pneus sur cette édition, chaque petite chose compte. Pour communiquer, le téléphone classique est à oublier : tout le monde vous parlera du fameux réseau F-Contact ou plus rare du 8456 (quelque chose du genre) surchargé avec 5 utilisateurs simultanés. Un avion est donc en stationnaire durant toute la journée pour les communications de l’ACM et des équipes qui ont chacune un canal dédié. Communiquer en anglais au fin fond de l’Ardèche vous fera passer pour un extraterrestre mais franchement ça n’a pas de prix !

Une fois les voitures sorties de l’assistance, on prend position en essayant de trouver un passage sympa dans un rayon restreint, pour ne pas fausser les splits. Se positionner au ¼ de la spéciale n’a pas d’intérêt puisque les écarts sont faibles et au ¾ il est trop tard pour modifier l’allure. On se place à la sortie du village, dans une descente glacée qui fond au fur et à mesure que le soleil nous réchauffe enfin. Mais bientôt le paisible village commence à s’animer et les premières WRC ne tardent pas.

Au passage de Loeb on déclenche le chrono (erreur interdite) en prenant soin de choisir un point de repère évident et surtout immobile (arbre, poteau). Alors les ombres, les pierres et autres obstacles mobiles sont à éviter. Sachant que les 15 premiers partent toutes les 2 min, il nous suffit de lire le chrono pour savoir si l’équipage est en avance ou en retard, mais seulement sur Loeb. Un petit calcul tout bête vous donnera l’écart entre 2 autres pilotes. Hirvo passe devant le repère à 2min10, soit 10 seconde de retard sur Loeb à la sortie de Lachamp. On effectue le même travail jusqu’à Breen. Deuxième temps dans la 1 pour Sordo à seulement 1 seconde de Loeb, le rallye commençait plutôt bien pour Mini mais dans la 2 une touchette leur fait perdre presque 1min.

Pourtant où nous étions placés, la Mini roulait à tombeau ouvert, même en crabe et meurtrie, dans le même temps qu’Hirvonen, impressionnant. C’est nous qui avons appris en direct à l’équipe que Sordo avait tapé: s’en suivit une longue explication pour décrire en détail les dégâts et préparer en amont le travail pour l’assistance.

Pour Campana ce début de course est mitigé : la pression de bien faire et d’apprendre mais aussi de faire un beau résultat. Pas en confiance sur la glace avec sa monte pneumatique il limite la casse mais est déjà loin. Dans la catégorie gros cœur Latvala, Sordo et Novikov se partage les honneurs en WRC. Ogier, Robert, Arzeno et Sias ne font pas semblant non plus et portent haut les couleurs de la France.

Pour le deuxième passage, nous nous mettons dans la dernière épingle avant le village, ambiance garantie.

Nous partons rapidement une fois les grosses pointures passées, pour avoir le temps de profiter de l’assistance.

Campana s’apprête à rejoindre le parc fermé mais la voiture de Sordo n’a pas encore été bichonnée, un des avantages du flexi-service. Petit debrief avec l’équipe puis repas avec Pierre, Sabrina, Henri et Pascal les ouvreurs pour les premières impressions. Tout le monde est très satisfait de notre travail et les résultats confirment cette bonne impression, quelle joie d’en faire partie.

Le lendemain je vole en solo dans l’ES7-10 dans le village de Gilhoc sur Ormèze. Sur place à 7h pour le choix des pneus, il me faudra attendre jusqu’à 11h30 pour le premier passage autant dire que ça va être long. Pour patienter, j’entends tour à tour mes compères à la radio qui donnent les premiers splits, puis Dani Sordo et Carlos Del Barrio qui discutent avec l’équipe après l’ES, pareil pour Pierre et Sabrina, magique. Des curieux commencent à se rapprocher de moi et à me poser des questions, se demandant même si je suis français !

Spectacle grandiose pour le premier passage, sans verglas ni neige, le sol est pourtant extrêmement glissant et piègeux. L’après midi sera moins passionnante mais je ne traine pas pour profiter une nouvelle fois de l’assistance. Nigel me demande un travail supplémentaire pour le lendemain dans la spéciale de Montauban, celle à la maison. Les bulletins météo parlent de neige et/ou de pluie, donc là encore la précision des informations mais aussi un peu de chance, détermineront qu’elle équipe à eu raison pour le choix des pneus.

Finalement le beau temps sera de la partie pour le vendredi matin malgré de gros nuages menaçants. Sordo et Campana sont dans le coup, Delecour et Novikov surprenants. La journée est déjà terminée, mis à part le voyage pour rejoindre notre hôtel à Nice pour les 2 dernières journées.

L’occasion pour moi de vous expliquez comment sont gérés les splits par l’équipe. Une fois la voiture passée et le chrono noté, nous transmettons au team via la radio l’écart de chacun, comme par exemple : « Sordo +2 » (prononcé « Sordo pleusse tou »). Nos radios, comme celles des équipages, sont reliées au central qui se trouve à l’assistance chez Prodrive. C’est Campbell qui en est le chef d’orchestre mais toute l’équipe est autour pour suivre la course en live. A eux ensuite d’envoyer dans les 2 voitures de course, les splits par sms que seul les copis peuvent lire. Sabrina nous avait d’ailleurs montré la photo où l’on voit les 2 splits des ES 16 et 17, là où ils collent 2s à Loeb à mi-spéciale. Vous comprenez donc mieux l’importance d’être rigoureux, aussi bien pour la météo que pour les temps intermédiaires.

Histoire de finir la journée en beauté, je me retrouve au restaurant de l’hôtel Mini et Ford avec derrière moi Mads Ostberg et Jonas Andersson, à droite SJJ et Phil Mills qui ouvrent pour Solberg et à ma gauche l’équipe Prodrive plus quelques employés de M-Sport. Là on est bien !

Mais déjà la dernière vraie journée de course (la 4ème quand même !). Cette fois il n’y a pas d’accès en milieu d’ES donc je dois partir tôt pour pouvoir empruntée la spéciale et me placer. Je me retrouve à environ 5km avant le Col Saint Roch, perdu sur le parcours et déçu de ne pouvoir profiter de l’ambiance folle dans la descente du col avec toutes ces épingles, ce public et ces milliers de feux si caractéristiques même si le temps est printanier avec prés de 12°C dans l’air ! Finalement je dégotte une très jolie épingle non loin de moi avec peu de monde mais de réels passionnés. J’ai passé une superbe journée en leur compagnie, ce qui ajoute au bonheur de toute l’équipe qui n’est plus qu’à 5km d’un nouveau podium ! Bouchon oblige, je ne rentre à l’hôtel que vers 23h, juste à temps pour le résumé sur Eurosport ! Demain pas de point météo, spéciale trop courte et surtout accés quasi impossible, les ouvreurs suffiront surtout que le temps est annoncé au beau fixe.

Je rejoins donc directement l’assistance sur le port monégasque pour profiter de l’arrivée et je l’espère la joie d’une seconde place finale. Campana arrive le premier, félicité par tout le team. Après une première journée difficile, ils ont constamment amélioré et la journée du samedi a été ponctuée d’excellents chronos. C’est maintenant au tour de Sordo d’arriver : joie immense et soulagement aussi car on sait que ce résultat pourra être un avantage considérable pour le reste de la saison. Ca donne des frissons !

C’est déjà l’heure de la dernière bouffe chez Mini avec toute l’équipe Drive Pro. Ce rallye s’est magnifiquement déroulé et ils sont heureux d’avoir pu compter sur nous car toutes ces infos sont primordiales sur un Monte Carlo. Le rendez vous est déjà pris pour d’autres manches mondiales, mais d’abord il faudra être certains que la belle rouge puisse continuer à arpenter les chemins du WRC, et là ce n’est pas encore gagné …





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  1. jack dit :

    bien belle aventure je vous souhaite d’être engagé pour le reste de la saison.
    bonne chance