« Il faut venir à Gap tout de suite »



Si certains ont déjà doublé Dakar et Monte-Carlo, peu d’entre eux ont appris leur participation à l’épreuve monégasque, le jour même du lancement de l’épreuve ! C’est le cas de Xavier Panseri, appelé en urgence pour copiloter Bryan Bouffier suite à l’indisponibilité soudaine de son copilote initial, Jérôme Degout.

Avant de plonger dans cette histoire peu commune, débutons par la fin de cette aventure et un retour mérité, chez lui, en Pologne.

Un retour en silence

« Je suis rentré dimanche soir et à l’arrivée en Pologne, c’est bien la première fois de ma vie où l’on me réveille pour descendre de l’avion. Pourtant, on m’a dit qu’il y avait eu plein de turbulences pendant le vol…Depuis dimanche, j’ai dormi 39h sur les 60 dernières heures, je suis pourtant quelqu’un qui dort assez peu.

D’ailleurs, pendant le rallye, je faisais des mini-siestes sur les liaisons. J’ai vraiment commencé à apprécier le rallye à partir de vendredi midi. Avant, je subissais ce rallye. »

Un voyage Genève-Gap inattendu

« Je suis rentré du Dakar lundi midi (jour de recos au MC). Le lendemain, j’ai pris ma journée à défaire mes affaires et me reposer. Mercredi, j’ai pris un avion en direction de Genève, afin de me rendre à la Ronde du Jura, là où j’ai fait mes débuts en compétition il y a 26 ans. Je suis en quelque sorte un membre d’honneur et chaque année, je mets un point d’honneur à être présent, notamment pour aider l’organisation et retrouver des amis.

Une fois descendu de l’avion (10h15), je vois qu’un des sponsors de Bryan, Jean-Luc Alnet m’appelle. Je ne peux pas tout de suite répondre et je suis déjà en route vers Lausanne, mais je reçois ensuite un message « Urgent » de sa part et découvre que Bryan m’a appelé à trois reprises. Je rappelle et là il me dit « Il faut venir à Gap tout de suite ».

Heureusement j’étais à Genève et non en Pologne, sinon il était impossible que je sois à l’heure pour le départ. Je n’avais aucune information sur la raison de cette demande, il a pu m’expliquer ensuite sur la route et me préciser l’état de Jérôme Degout. A ce moment là, ça tourne dans ma tête, je ne peux pas laisser Bryan dans la merde. Mais d’un autre côté, je suis décalqué. Du coup, on fait demi-tour avec un copain qui m’emmenait à la Ronde pour faire la route Lausanne-Grenoble. Arrivé à Grenoble, quelqu’un de M-Sport me récupère pour finalement arriver à Gap sur les coups de 15h15, soit 15 minutes avant la fin des vérifications administratives et à 45 min du début du shakedown. »

Presque à « poil »

« Côté matériel, j’e n’avais que le casque que j’avais prêté à Jérôme. J’avais également sa combinaison mais la taille n’allait pas alors j’ai récupéré celle de Jarmo Lehtinen, quand Mikko Hirvonen roulait avec M-Sport. On m’a également donné des sous-vêtements réglementaires.

Je me présente au shakedown avec les notes de Jérôme qui étaient au top mais je m’aperçois qu’il faut que je réécrive tout. J’avais des symboles, comme par exemple NR pour noir, alors que j’utilise N tout court. La différence n’est pas énorme, mais si je suis une demi-seconde en retard, c’est embêtant.

Dans tout ça, je tiens à énormément remercier Matthieu Duval, ouvreur d’Eric Camilli, qui a pu me prêter trousse et crayons, et a rapidement acheté des stylos au supermarché du coin. Julien Ingrassia a pu me prêter une de ses montres. Malgré son état, Jérôme est également resté à mes côtés jusqu’à ce que je sois prêt en me donnant les dernières informations et m’aidant à recopier des notes plus rapidement. On a également appelé Manu Guigou, nouveau patron de RRS, pour trouver une combinaison en urgence, car sur l’autre, Castrol était présent alors que nous étions soutenus par Yacco !

J’ai bossé mercredi jusqu’à minuit et jeudi matin pour recopier toutes les notes et m’informer de plein de choses, comme le timing et autres. Au moment de la photo officielle jeudi après-midi, je me suis rappelé que je m’étais interdit de doubler Dakar et Monte-Carlo car c’était trop épuisant. J’ai accepté de faire ce rallye car c’était Bryan, sinon c’était impossible.

C’est une expérience que je ne referai pas. Pour avoir une idée de ma fatigue, sur la dernière liaison de 27 km vers Monaco, je me suis encore endormi dans la voiture. Après le Dakar le plus compliqué que j’ai pu effectuer, et ce Monte-Carlo, c’est la première fois de ma vie où je me sens autant fatigué. »

Dans la course

« Le Monte-Carlo est déjà compliqué quand on s’y prépare bien mais là c’était encore autre chose. J’ai commencé à vraiment rentré dans le rallye et à prendre du plaisir à partir de vendredi midi. Ces WRC 2017 sont vraiment des voitures extraordinaires, mais il est impossible de pleinement les exploiter après 200 km d’essais.

Avec les appuis aérodynamiques de ces voitures, cela va au-delà des lois de la physique que tu as dans la tête. Au premier passage, sur certains « A fond », Bryan pouvait soulager, ce n’est pas vraiment habituel.

Au final, il est difficile de comparer les chronos avec les différents pneus de chacun. On se comparait surtout face à Ogier et Evans. On a démarré plus au moins à 1s/km, pour finir autour des 0,5s/km. Face à des pilotes qui roulent avec l’auto depuis un an, c’est plutôt encourageant.

De son côté, Bryan n’a pas vraiment eu le temps de stresser pendant le rallye. Être au départ était déjà énorme après cette histoire en reconnaissances. Il a d’ailleurs eu trois copilotes pendant cette épreuve, puisque Jack Boyere, copilote ouvreur de Simon Jean-Joseph a terminé les reconnaissances avec lui suite à l’indisponibilité de Jérôme. »




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Denis
Denis
2 années il y a

Une bien belle aventure ! Après un bon Dakar terminé à la 6éme place.
Voilà une de ces histoires qui font partie de la légende du Monte-Carl’

Sûr que le petit frère, copilote à ses heures, doit être fier !

Le vieux qui sait
Le vieux qui sait
2 années il y a

Respect à lui et bravo à celles et ceux qui leurs sont venus en aide, notamment par le prêt de matos.

Je suis étonné que M-Sport ait gardé des combinaisons du temps de hirvonen…