X.Panseri : « Un plaisir de revenir avec Bryan »



Tourné vers une carrière en rallye-raid depuis plus de deux ans, Xavier Panseri n’a pas manqué l’occasion de retrouver Bryan Bouffier lors du Rajd Rzeszowski, dernière épreuve du championnat ERC.

A l’arrivée, le copilote français avoue sa frustration d’avoir été dominé assez nettement par Kajetan Kajetanowicz. Le franc-comtois en profite pour évoquer largement sa nouvelle carrière en rallye-raid et notamment sa dernière participation au Silk Way Rally.

A quand remontait ton dernier rallye avec Bryan ?

Au mois d’avril dernier, j’ai roulé avec lui sur un rallye dans l’Oregon aux Etats-Unis. Depuis, on aurait du être ensemble à Ypres mais j’ai laissé un peu Bryan en plan, en m’engageant sur une épreuve de rallye-raid (Baja Italia) qui devait déboucher ensuite sur un gros programme en coupe du monde. Au final, j’ai loupé la Baja Espagne car c’était en même temps que le Silk Way et mon pilote a choisi de partir avec Stéphane Prévot et de poursuivre sa collaboration avec lui. Une décision que je comprends tout à fait.

Si j’avais su que je n’allais faire qu’une course avec ce pilote, je n’aurais pas laissé tomber Bryan pour Ypres, mais c’est comme ça.

La reprise en rallye « traditionnel » n’a pas été trop difficile après le Silk Way notamment ?

Non, c’était vraiment plaisant de revenir avec Bryan. Il a fallu un peu se remettre dans le bain, mais c’est comme le vélo, c’est vite revenu. On a fait 30 kilomètres d’essais le mardi, sur une base que Bryan connaissait très bien pour avoir déjà roulé en essais l’an passé. Pour des raisons de logistique, je suis arrivé un peu en retard et Bryan avait déjà démarré les essais. Il a fallu se réhabituer à la largeur de la route, et le fait de ne pas avoir de notes à donner sans avoir où on allait, c’était un peu bizarre.

C’était assez rigolo de passer du rallye-raid au rallye aussi rapidement. Le seul truc embêtant avec ces deux disciplines, c’est le chevauchement des calendriers. Du coup, c’était assez compliqué de faire les deux, j’aurais bien aimé continuer à plein temps avec Bryan et faire du rallye-raid, mais ce n’est pas vraiment possible et il faut faire des choix. Bryan va essayer de faire le Barum mais malheureusement, je ne pense pas pouvoir le faire avec lui car j’ai une préparation prévue pour le rallye du Maroc ou une participation à la Baja Pologne. Ca me fait vraiment chier pour Bryan car il est obligé de changer de copilote à chaque fois, mais comme il n’a pas vraiment de programme défini et que les inscriptions sont assez tardives le temps de trouver le budget nécessaire, je ne peux pas me permettre d’attendre et je dois avancer. 

Je pense que Bryan le comprend également, mais c’est dommage, car on a roulé plus de dix ans ensemble, on a évolué et grandi ensemble. Notre carrière à haut niveau va de pair, mais maintenant, je dois voir un peu de l’avant et c’est compliqué. Ca m’embête toujours de l’appeler et de refuser un rallye car j’ai autre chose de prévu. Mais mon objectif désormais, c’est le Dakar et le Silk Way, vraiment des événements exceptionnels et j’essaye de faire le maximum d’épreuves pour apprendre, car je reste encore un copilote novice dans cette discipline. Si un jour je veux remporter le Dakar, ce qui est mon objectif, je dois mettre toutes les chances de mon côté et travailler.

Je ne veux pas dire que j’ai tourné la page « rallye », mais ce qui me fait kiffer aujourd’hui, c’est le Rallye-Raid.

Silk-Way-Panseri-4

Avant de parler de l’ERC et ton retour en rallye, peux-tu justement nous parler de ton « aventure » lors du Silk Way Rally en juillet dernier ?

Le Silk Way oui, ça été une sacrée aventure avec 10 000 kilomètres entre Moscou et Pékin. Des paysages de fou, surtout en Chine avec une navigation d’une difficulté énorme. Les road-books étaient parfaitement réalisés mais par moment tu dois vraiment chercher ta piste, alors que sur le road-book tout est indiqué. Finalement tu penses arriver au bon endroit, tu ne vois rien, alors tu continues, tu ne trouves rien donc tu reviens en arrière et puis finalement tu tentes dans cette direction et au bout de 200 mètres, tu commences à entrevoir un bout de piste.

Habituellement en rallye-raid, quand tu pars autour de la 15e place, tu dois « simplement » suivre les traces des autres mais ici par moment, tu ne voyais rien ou les autres avant avaient jardiner et il y avait des traces de partout. Donc ça été un rallye super intéressant et très difficile en terme de navigation.

L’autre difficulté pour moi, a été de partir avec un pilote chinois qui ne parlait pas très bien anglais. Donc après 18 kilomètres dans la première spéciale, je me suis aperçu qu’il ne comprenait strictement rien à ce que je disais, donc il a fallu que je simplifie mon système de notes. D’ailleurs, à la fin de la spéciale, il m’a dit : « Xavier, je pense que tu es un très bon copilote et que tu me donnes les bonnes informations mais je ne comprends absolument rien. »

Au final, je lui indiquais seulement les dangers, qui sont répertoriés de 1 à 3. Dans notre catégorie T1 (Toyota, Mini, Peugeot), le danger 1 est quasiment inutile, le danger 2, il faut déjà bien ralentir alors que danger 3, il faut quasiment passer en première. En plus de cette information, il faut indiquer si c’est une crevasse, un trou ou encore un jump. Après le deuxième jour, je lui annonçais d’abord le danger et après les détails de ce danger. Forcément, on a perdu beaucoup de temps sur les premiers jours et après, j’ai trouvé d’autres façons de communiquer avec lui pour annoncer notamment les changements de direction ou des choses comme ça.

Silk-Way-Panseri-3

Lors de la quatrième spéciale qui était la plus longue mais aussi la plus boueuse, on avait l’objectif de rouler plus vite, mais on s’est aperçu que le lave-glace ne fonctionnait pas au bout d’un kilomètre. Donc on a du s’arrêter plus de 20 fois pour nettoyer le pare-brise, on a fait des dizaines de kilomètres sans rien voir, ni lui, ni moi. On perd 25-30 minutes à cause de ça.

Après, on a eu plusieurs soucis de courroie d’accessoire qui gère la pompe à eau, la direction assistée et l’alternateur. Après un premier changement de courroie, il a fallu attendre que la voiture refroidisse et finalement la courroie a recassé plusieurs fois dans le rallye (5 fois).

Dans l’avant-dernière spéciale, on est sixième au scratch au km 140 avant de casser cette courroie. Dans la dernière, on pointe au quatrième rang au km 160 derrière Loeb, Despres et Al-Rajhi et la courroie recasse encore. A la fin, ça roulait plutôt bien, mon pilote était content du travail réalisé et je pense que sans nos soucis, on terminait entre la sixième et la huitième place.

Dans une spéciale, on a été aidé par un de nos coéquipiers qui nous a donné une autre courroie pour remplacer celle qui avait déjà pétée. Finalement, cette dernière courroie casse encore. J’ai réussi à en bricoler une avec les élastiques des harnais en faisant un peu de couture mais finalement, ma solution n’a tenue que sur cinq kilomètres. A ce point là, on ne pouvait qu’attendre notre camion d’assistance, qui est arrivé vers 00h30. Entre temps, nous avons eu droit à un spectacle magnifique dans le désert de Gobi. Cela a commencé par une tempête de sable, puis une tempête de pluie, après coucher de soleil derrière les dunes avec une couleur inimaginable. Pour finir, la pleine lune qui se lève derrière les les dunes avec ciel bleu en pleine nuit ! J’étais dégouté car le rallye était mort pour nous, mais je me suis quand même dit que je vivais un moment exceptionnelOn avait même l’impression qu’on pouvait attraper les étoiles dans nos mains.

Une fois le camion arrivé, la galère a continué puisque l’équipe n’avait pas de courroie. Donc, le camion a commencé à nous tracter dans des dunes qui sont quasiment des montagnes là-bas. Le camion a manqué de partir en tonneaux à deux reprises et c’était très compliqué. Finalement, on a réussi à réparer et on a pu rejoindre l’arrivée. Nous sommes arrivés au bivouac à 4h30 du matin, j’ai récupéré le road-book du lendemain et travaillé dessus jusqu’à 6h30. Je me suis couché 15 minutes, pris mon petit déjeuner à 7h et reparti 15 minutes plus tard pour une journée de 600 kilomètres, sans m’être lavé ni enlevé ma combinaison. En somme, les joies du rallye-raid. 

Silk-Way-Panseri-2

C’est ce genre d’aventure qui te passionne pour le rallye-raid ?

Ca en fait partie, mais bien sûr, ce qui me plaît avant tout c’est de faire un bon résultat et la navigation. Après quand tu es dans une galère, ce qui est intéressant aussi c’est d’essayer par tout les moyens de s’en sortir. Comme mon histoire avec les élastiques du siège, je savais que ça n’allait pas tenir mais on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher, et dans ce cas-là, ça fait une belle histoire à raconter.

C’est un peu comme l’histoire du chewing-gum en Pologne. C’est tout ça qui me plaît, et je m’aperçois que notre corps est une vraie machine. Je n’ai jamais autant galéré qu’au Dakar cette année, mais en fait, tu ne laisses jamais tomber. Tu n’as qu’un seul objectif, c’est de terminer.

Dans l’avant-dernière spéciale du Dakar 2016, je tombe dans les pommes, je perds connaissance et je suis déshydraté mais quand j’entends mon pilote et mon mécano qui vient d’arriver parler de médecin et d’hélicoptère, je ne peux pas m’empêcher de leur dire non et de remonter dans l’auto. Il restait 400 kilomètres de spéciale et là, j’ai dit à mon pilote, tu ne m’écoutes pas car je vais te dire des conneries, je vais juste te prévenir des limitations de vitesse avec les villages. J’ai fait 110 kilomètres comme ça avec la ventilation sur le visage pour essayer de reprendre mes esprits. A chaque fois que je buvais un peu d’eau, je revomissais tout de suite ce que je venais de prendre. On termine finalement l’étape à minuit et le médecin de notre équipe m’a mis une perfusion pour la nuit car j’étais complètement déshydraté. C’était le dernier jour, on avait galéré jusque là, je ne pouvais pas abandonner.

Autant mon premier Dakar m’avait paru facile finalement (3e avec Krzysztof Holowczyc), là je crois que j’ai payé pour l’année d’avant. Je pense que cela fait partie de l’apprentissage pour savoir comment appréhender ce genre de course. Ca ne s’aborde pas comme un sprint, il faut être plus intelligent que ça. C’est une discipline complètement à part du rallye traditionnel.

Du coup, le rallye de la Pologne, c’était de la « rigolade » pour toi non ?

C’était un petit week-end, c’est sûr, le rallye de Pologne, c’est 200 kilomètres en 2 jours donc un peu moins que la moitié d’une spéciale de rallye-raid. C’est complètement à part, c’est une discipline que j’adore toujours. Après 20 ans de rallye traditionnel, je voulais goûter au rallye-raid. Pour être honnête, cela fait 10 ans que je souhaite faire le Dakar mais entre les différentes participations au Monte-Carlo ou des refus car j’étais débutant, ça n’a pas pu se faire. C’était vraiment un rêve pour moi et en plus de terminer 3e pour une première participation, c’était exceptionnel.
Kajto-Bouffier-2016

En résumé, comment s’est passé ce rallye de Pologne avec Bryan ?

En un mot, je dirais que ça été frustrant. Frustrant car on a été dominé par Kajetanowicz pendant tout le week-end. On s’attendait à une grosse bagarre car il est très rapide, mais on espérait se battre avec lui. Le problème, c’est que nous avons défini un setup le mardi en essais qui plaisait bien à Bryan mais lors des qualifications jeudi matin, on a pris pas mal par Kajetanowicz.

Du coup, on a gambergé un peu avec Bryan et on est revenu sur le setup en changeant des petites choses. Pendant tout le rallye, je n’ai pas reconnu le pilote que j’avais à côté de moi, il n’arrivait pas à bien caler la voiture, c’était assez flou et en plus c’était un rallye très rapide sur des routes étroites avec un grip assez moyen. Bryan n’était pas libéré au volant et Kajetanowicz était exceptionnel ce week-end.

En plus, on fait un tête-à-queue qui nous coûte entre 10 et 15 secondes et le retard s’est accumulé. On roulait bien mais on avait pas un énorme rythme, il manquait quelque chose. Avant le dernier tour, Bryan a voulu remettre le setup des essais pour voir et au bout d’un kilomètre, je savais déjà que c’était bon. J’ai retrouvé un Bryan au volant dans ces grands jours et on termine sur trois scratchs sans prendre de risque. La fin de rallye n’a pas été si tranquille puisque l’on prend rapidement un chat dans le radiateur et on a été un peu distrait. 

La bêtise a été d’avoir un peu trop gamberger après les qualifications et d’avoir changé les réglages. En plus, comme c’est un rallye assez rapide, si tu lâches dans un virage, au bout de la ligne droite, tu as perdu énormément. Maintenant, il faudra trouver un petit moment pour prendre une revanche face à Kajto, on ne va pas se laisser faire. 

Même si on l’a souvent battu lors des années précédentes, on a jamais vraiment été à armes égales. Nous étions en S2000, lui roulait avec la Subaru et là c’était comparable, nous avec la DS en Michelin et lui avec la Fiesta en Pirelli. Je suis persuadé qu’avec le setup des tests, on aurait été beaucoup plus proche de Kajetanowicz car j’aurais eu à côté de moi, un Bryan au meilleur de sa forme. On ne peut pas gagner à chaque fois. Au départ de cette épreuve, c’était déjà notre neuvième participation avec quatre victoires à la clé. Les statistiques étaient plus bonnes et on aurait bien voulu les améliorer encore. Au départ, je croyais que le Rajd Rzeszowski était le rallye auquel j’avais participé le plus, mais finalement j’ai roulé autant au Limousin et au Var.

Ce week-end, je suis en vacances, donc je vais en profiter pour aller au rallye du Sel (rires). J’ai appris hier qu’il y avait ce rallye en revenant chez mes parents et je vais aller voir les potes. J’ai été licencié pendant 22 ans à l’ASA Jura, organisatrice de cette épreuve, et même si j’ai pris une licence en Pologne depuis deux ans pour un côté pratique plus qu’autre chose, je ne vais pas manquer l’occasion de revoir les bases de mon début en sport automobile.





Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Thomas dit :

    Apparemment Bryan Bouffier va terminer la saison sur la DS3 R5 de Citroën République tchèque(le contrat avec Miroslav Jakes se terminant prématurément)et on le verra au Barum Zlin en fin de mois :0))