RAC 1998 : Le final le plus fou



Continuons notre rétrospective des meilleurs moments du WRC avec un retour sur le rallye de Grande-Bretagne 1998, épreuve où le titre mondial a changé de tête dans les derniers mètres de l’ultime spéciale de la saison.

En cette fin de saison 1998, deux hommes dominent nettement les débats : Tommi Mäkinen (Mitsubishi Lancer groupe A) et Carlos Sainz (Toyota Corolla WRC), tous les deux en quête d’un troisième titre de champion du monde. Sur cette fin de championnat, le finlandais est en forme resplendissante avec trois victoires consécutives et compte deux points d’avance sur son rival espagnol. Il est le logique favori pour le titre au départ de ce RAC ! Côté constructeurs, Toyota a cinq longueurs d’avance sur Mitsubishi mais tout reste ouvert (Sainz/Auriol face à Mäkinen/Burns).

La première étape de ce RAC 1998 a vraiment une drôle d’allure avec un nombre conséquent de spéciales (13) mais seulement 75 km chronométrés. Sur des spéciales en Angletterre, très éloignées de celles du Pays de Galles, tant en terme de distance mais surtout de profil, ce finale en apothéose connaît un premier tournant.

Après avoir avalé deux premiers passages sur le circuit de Silverstone (eh oui !), les concurrents s’attaquent au chrono de Millbrook (7,13 km), tracé dans un parc…sur asphalte. Avant le lancement des modernes et celui de Tommi Mäkinen, premier sur la route, un des véhicules historiques passé au préalable, répand énormément d’huile dans un long gauche balisé par des grosses piles de béton en sortie de virage. Au départ, personne ne prend la peine de prévenir le finlandais de ce danger immédiat.

Quelques minutes plus tard, le finlandais arrive pour négocier ce gauche mais ne peut contrôler sa Mitsubishi qui frappe avec violence une pile de béton de l’arrière-droit. Sur le choc, la suspension arrière-droite de sa Lancer est immédiatement détruite mais le finlandais ne veut pas s’arrêter là. Avec une Mitsubishi sur trois roues, Tommi repart pour le deuxième passage dans cette spéciale mais voit sa course arrêter par un motard de la police. De toute manière, son sort était déjà scellé. L’image était saisissante avec une Lancer sur trois pattes et des gerbes d’étincelles incessantes. A son volant, Tommi devait certainement bouillir en effectuant des acrobaties avec sa japonaise.

Alors que ce duel Makïnen/Sainz avait tous les ingrédients pour donner une fin épique à ce championnat 1998, de bêtes traces d’huile et un manque de clairvoyance des organisateurs et de la sécurité ont gâché notre plaisir. Grand bénéficiaire de cet abandon, Carlos Sainz a condamné par la suite cet événement stupide et évitable.

Deuxième du général après l’abandon de son rival, l’espagnol se retrouvait désormais dans un scénario totalement différent avec la seule obligation de marquer au moins trois points sur cette épreuve, l’équivalent d’un top 4 scratch.

Au terme de la première journée, Carlos Sainz est en parfaite position, collé à 3s4 de Colin McRae, leader au volant de sa Subaru. Le lendemain, l’espagnol est parfaitement placé dans le top 4 provisoire, en bagarre face au britannique, mais également face à Richard Burns (Mitsubishi) et Didier Auriol (Toyota). Dans l’ES20 en fin de deuxième journée, le pilote Toyota connaît une première alerte en ratant un carrefour. Calage, marche arrière, l’espagnol signe le 9e temps à quasiment une minute du scratch impressionnant réalisé par Richard Burns (une demi-seconde au kil de mieux que tout le monde). Sa place dans le top 4 n’est toutefois pas en danger, surtout après les abandons mécaniques de Colin McRae et Didier Auriol (casse d’embrayage après un passage de gué).

Le dernier jour, tout se présente bien pour le grand Carlos, quatrième du général avec plus de deux minutes d’avance sur son plus proche poursuivant. L’espagnol est alors à 27,09 km du bonheur avec un unique passage dans Margam et son célèbre château. Mais cet édifice, planté à quelques mètres de la piste va être le théâtre d’une drôle de scène, à jamais inscrite dans les mémoires de ce qui l’ont vécu.

A moins de 600 mètres de l’arrivée, Carlos Sainz arrive au volant de sa Toyota, prêt à décrocher un troisième titre mondial. Mais conte toute attente, la voiture japonaise arrive à trop faible allure pour que cela ne soit pas inquiétant. A l’intérieur de la voiture, Luis Moya s’agite alors qu’une flamme apparaît sous la Corolla ! Quinze secondes plus tard, Carlos stoppe sa Toyota toute fumante. Malgré l’action rapide de Luis avec extincteur en main, la Corolla n°5 ne va jamais redémarrer. 

Après une saison de 13 épreuves aux quatre coins de la planète, le titre de champion 1998 vient donc de se jouer à quelques mètres de l’arrivée. Abattu, Carlos Sainz reste pantois. Au contraire, Luis Moya lance des jurons à haute voix, puis jette de rage son casque contre la lunette arrière de la Corolla qui céda sur le coup. Une scène vue et revue des dizaines de fois par tous probablement.

Bien éloignée de l’humidité des forêts galloises, cette scène a lieu en plus devant une foule bruyante et des caméras TV parfaitement placées pour saisir l’événement. Face à une telle désillusion, les deux hommes auraient sans doute préféré être dans un endroit plus confiné…

Pour la quatrième fois de sa carrière, l’espagnol vient de louper le titre mondial en Grande-Bretagne mais cette défaite est bien la plus cruelle : « Il est trop difficile en ce moment de comprendre exactement ce qui s’est passé. Tout ce que je constate, c’est que je suis maudit ici où je passe à côté du bonheur pour la 4e fois de ma carrière. » a commenté le triste Carlos à l’assistance finale.

Patron du Toyota Team Europe, Ove Andersson était également dévasté : « Ce qui arrive à Carlos et Luis est effroyable. Toute notre équipe est effondrée. Avoir consenti tant d’effort durant toute la saison pour que ça se termine ainsi, c’est vraiment trop injuste. »

Et Tommi Mäkinen dans l’histoire ? Bien installé dans sa chambre d’hôtel en attendant de prendre l’avion pour rejoindre sa chère Finlande, le finlandais apprend avec stupéfaction cette nouvelle. D’un simple coup de téléphone et alors qu’il répond à un interview, le pilote Mitsubishi comprend qu’il vient d’être couronné pour la troisième fois de sa carrière en championnat du monde. Pour la firme aux trois diamants, le succès est total avec également l’obtention du titre de champion du monde constructeurs, acquis là aussi face à Toyota.

Et à ce jour, et plus de 21 ans après, ce dénouement reste le plus insensé de toute l »histoire du championnat du monde des rallyes

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Tonton26
Tonton26
5 mois il y a

LOURD DE CHEZ LOURD LE JMB17 !!!

jmb17
jmb17
5 mois il y a

Je viens de visionner « Autohebdo passe un coup de fil à un ami – Seb »
Je vous conseille de regarder. Sympa !