Que sont-ils devenus ? #10- Frédéric Cappuccio



Avec une saison actuelle à l’arrêt, le moment est idéal pour s’intéresser à ceux qui vous ont émerveillé dans les années 2000, avec de jeunes pilotes aux dents longues mais aussi des pilotes aguerris, prêts à se dépouiller sur les routes des championnats de France asphalte et terre.

Encore plus qu’aujourd’hui, les formules de promotion étaient d’une densité folle avec des plateaux dépassant parfois la trentaine de concurrents au départ, tous prêts à se battre pour le moindre dixième. Parmi eux, certains ont atteint la gloire, avant de disparaître peu à peu des radars des rallyes et du public.

Ancien pilote officiel Peugeot et vainqueur du Volant Peugeot en 2004, Frédéric Cappuccio est le dixième pilote à répondre à notre invitation pour cette rubrique : « Que sont-ils devenus » ? 

Faits marquants en carrière

2013-2015Podiums en Coupe de France avec une Porsche 996 et 997 GT3
2005Pilote officiel Peugeot en Championnat de France Asphalte (Peugeot 206 RC N3)
2004Vainqueur Volant Peugeot (Peugeot 206 XS)
2000Début en rallye

Quelle est ton activité aujourd’hui ?

« Depuis quasiment toujours, je travaille dans le garage moto familiale à Saint-Tropez, et je suis dirigeant depuis quelques années. On bosse exclusivement avec les marques Honda et Kawazaki. On a beaucoup de travail pendant l’été évidemment et moins l’hiver.

J’ai deux enfants, un fils de 12 ans et une fille de 5 ans. Je suis pris quasiment tous les week-ends avec mon fils qui roule en karting depuis l’âge de 6 ans. »

A quel moment as-tu compris que tes rêves de carrière pro étaient terminés ?

« En 2005, j’étais officiel et dans les années précédentes, tout allait très bien avec un énorme budget. Mais tout s’est arrêté pour PSA en fin d’année avec la fermeture de Vélizy et l’absence de programme en WRC. Il y avait Bouffier et Bernardi chez Peugeot, et mon rôle était de vendre la 206 RC N3. Il y avait un marché à rattraper face à la Renault Clio. J’avais une voiture de fonction et des conditions au top.

Au moment du Var, Jean-Pierre Nicolas nous a annoncé que c’était donc la fin du programme PSA. C’était une catastrophe. Plus personne n’allait bosser en rallye désormais. Je n’étais pas tombé au bon moment.

Après le rallye, j’ai eu droit à trois jours fantastiques avec des essais sur la Peugeot 307 WRC et du développement en destination des clients. J’ai roulé du matin au soir en parcourant bien plus de kilomètres que sur un week-end de rallye.

A la fin de cette saison, je n’avais pas de sous pour reprendre la compétition, j’avais toujours roulé grâce aux primes auparavant. J’avais besoin d’un budget de 600 000€ pour rouler en ERC avec Peugeot, c’était impossible.

Ensuite, j’ai fait des rallyes de droite à gauche. J’avais toujours la passion dans ma tête. Quelque soit la voiture, peu importe, même une petite Saxo par exemple ou mon ancienne 206 du Volant, j’étais partant.

Pour la petite histoire, j’ai commencé le rallye par hasard. A l’époque, je réparais des jets-skis, dont celui de François Delecour. Il m’a proposé de venir à ses essais et de monter dans la Peugeot 306 Maxi. J’ai eu un déclic à partir de ce moment là. J’ai beaucoup appris grâce à lui et Daniel Grataloup. »

As-tu un programme en tête maintenant ?

« Je suis en train de remonter une Ford Escort MK2 groupe 4 pour rouler en VHC. Ce sont des voitures avec de belles mécaniques, avec un pilotage sans assistance et pur. Avec la crise actuelle, je ne suis pas sûr de pouvoir rouler en fin d’année, il y a beaucoup de boulot sur la voiture, notamment pour la rendre fiable. L’objectif sera de faire 2-3 rallyes dans la saison avec l’ambition de faire le Tour de Corse historique un jour. »

Quel a été le meilleur moment de ta carrière ?

« Dans le volant 206, il fallait sans cesse repousser ses limites. Il fallait parfois entrer dans un état second pour sortir une attaque de dingue. J’ai notamment eu des sensations de fous sur terre et aux Cardabelles. Il n’y a jamais de hasard en formule de promotion, et c’est ce que j’aime.

La saison où j’étais officiel était également super forcément. J’avais une seule chose à penser cette année là : rouler. »

Quelle a été la voiture préférée dans ta carrière ?

« La Porsche 997 GT3. C’est une belle voiture, une vraie voiture de course et j’en suis amoureux. C’est un combat permanent avec la voiture. A l’image d’une KC ou une S1600, il faut tout le temps être engagé au volant, sinon cette voiture te mange. J’ai toujours le rêve de rouler avec une GT+.

Contrairement à ce que les gens pensent, la Porsche est vachement agile dans le serré et la technique, et c’est là où je faisais des différences. Mais il faut des sous pour faire rouler une telle voiture et il a fallu la vendre.

Mais pas trop de regrets, car quand je parviens à bien maîtriser une voiture, j’ai ensuite envie de changer, c’est comme ça.. »

Quel copilote t’as le plus marqué ? 

« Je n’ai eu que des super copilotes et je n’ai eu que de bons moments. J’ai tout gagné avec Gilbert Dini, donc je le cite évidemment. Nous étions très complémentaires au niveau du mental et du comportement. Si Gilbert avait tendance à élever le ton, j’étais toujours plus raisonné et calme. On a eu beaucoup d’échanges pendant de nombreuses années, et nous en avons encore. Avec Damien Testor, cela s’est toujours très bien passé également. »

Si tu devais refaire un rallye aujourd’hui ? Ce serait lequel et avec quelle voiture ? (Budget illimité)

« Je prendrais une Subaru Impreza en groupe A, ça reste une voiture mythique, celle de Monsieur Colin McRae. Et pour rouler en Finlande. J’y suis allé une fois en spectateur et cette épreuve me fait rêver. »

Que penses-tu globalement du rallye français aujourd’hui, du championnat asphalte avec les R5 mais aussi des formules de promotion ?

« En formule de promotion, les voitures sont très chères. Les constructeurs courent après les portefeuilles plutôt qu’à rechercher des jeunes gamins talentueux. C’est une faute partagée entre les constructeurs et la FFSA. Je n’aurais jamais pu rouler dans de telles conditions à mon époque, sans pouvoir me financer avec les primes. Avec la nouvelle Peugeot 208 à 80 000 €, c’est impensable. Il faudrait une voiture à 25 000 €, maximale à 30 000 €. Une caisse très simple sans artifice avec un moteur autour des 160/170 cv. Je trouve vraiment que c’est une catastrophe maintenant.

On avait tout en place, et la filière est complètement détruite. Qui sont les prochains Loeb et Ogier ??? Il n’y a pas grand monde.

Le rallye est le plus beau sport du monde, le plus ultime qu’il puisse y avoir, et c’est dommage de voir que des jeunes pilotes rapide ne peuvent pas y accéder comme avant.

Du côté des R5, ce sont sur des super caisses, mais je ne sais pas comment ils arrivent à les faire rouler. Les autos sont fabuleuses et le règlement est top, cela ressemble à une formule de promotion. »

Enfin, as-tu des conseils à donner à un petit jeune qui débute en rallye ?

« Il faut qu’il soit extrêmement motivé et impliqué. Il faut penser à ça du matin au soir et mettre tout bout à bout. »

As-tu des regrets sur ta carrière en rallye ?

« En début de carrière, j’ai eu des contacts avec Jean-Pierre Champeau pour rouler sur une Mégane Maxi…mais Alexandre Bengué m’a été préféré. Avant ça, j’avais pu rouler avec une Renault Clio N3 alors que j’avais très peu d’expérience. J’avais énormément d’accroche avec Jean-Pierre.

Un jour il m’a appelé pour me demander si j’étais prêt à m’engager en championnat du monde et tout quitter. Je lui ai répondu « Il faut que je réfléchisse », j’avais mon métier et je travaillais dans l’entreprise avec mes parents, j’avais 21 ans. J’ai peut-être fait une erreur à ce moment là. »




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albe
Invité
albe

Encore un super talent mais qui a eu sa chance, lui. Jean-Pierre Champeau ne se trompait pas et je comprends ses regrets mais aussi son hésitation avant le grand saut. Piloter une 997 comme il le faisait, faut un sacré coup de volant c’est certain! « Le niveau baisse »….tu en es sûr Jean ? La catégorie R5, très couteuse, c’est une réalité, a pourtant colonisé les plateaux et permet à pas mal de jeunes talents de s’exprimer. C’est sûr, il est loin le temps où l’on pouvait se battre pour le podium de groupe voire du scratch avec une… Lire la suite »

Jean Dridéal
Invité
Jean Dridéal

Oui le constat est simple. Les voitures sont devenues trop chères, la monnaie est préférée au talent, et le niveau baisse.
Continuons d’apprécier les performances d’Ogier (et Loeb, dans une moindre mesure vu sa situation), car lorsque le gapencais va raccrocher, ça va être long… très long.

306kc
Invité
306kc

Ouais, sauf que y’a pas que la France dans le WRC. Donc il va juste falloir l’accepter messieurs.
Quand au fonctionnement du rallye français, de ses formules de promotions et de ses filières de détections c’est une autre histoire je vous l’accord.

Christian Dumas
Invité
Christian Dumas

Commentaires très intéressants et pertinents concernant sa carrière et analyse très fine du rallye français, de la ffsa et des pseudo voitures de promotion.