Catalogne 1995 : Une édition pas comme les autres



Continuons notre rétrospective des meilleurs moments du rallye international avec un retour sur le rallye de Catalogne 1995, épreuve où le WRC a connu son plus gros scandale de l’histoire, mais également une lutte intestine historique chez Subaru.

La Catalogne accueille l’avant-dernière manche du championnat 1995 avec Juha Kankkunen (Toyota) en leader du classement provisoire, 7 points devant Colin McRae (Subaru), 11 sur Didier Auriol (Toyota) et 12 sur Carlos Sainz.

Le 23 octobre 1995, Juha Kankkunen est dans une forme olympique, du jamais vu sur l’asphalte. Sa Toyota Celica GT-Four dévore le bitume catalan et le finlandais pointe en leader après l’ES4 avec neuf secondes de marge sur Sainz, 16 sur Auriol et 17 sur Schwarz.

Dans l’après-midi, Sainz offre une belle résistance à Kankkunen mais ce dernier fait une énorme différence dans la spéciale de La Roca, longue de 36,24 km. Si le scratch est pour son coéquipier Schwarz, Kankku est tout juste derrière, collant 14s à McRae et 16s à Sainz. Coéquipier du finlandais, Auriol est à plus vingt secondes !

Au soir de la première étape, le pilote de Laukaa possède 22s de marge sur Sainz, 38s sur Schwarz, 41s sur McRae, et 58s sur Auriol, décevant cinquième. Premier pilote Ford, Delecour pointe à plus d’une minute.

Le lendemain matin, Kankkunen reste bien le plus fort, signant cinq scratchs sur les six premières spéciales de la journée. Pour un pilote n’ayant jamais brillé sur l’asphalte auparavant, le finlandais est dans une sacrée forme. Le pilote Toyota n’avait même jamais mené de rallye sur cette surface pendant toute sa carriière ! Après la 15, le finlandais survole cette épreuve, 51s devant Sainz et 1m01s sur McRae. Quatrième, Auriol est déjà à plus d’une minute et demie de l’homme de tête.

Dans la 16, le rallye bascule une première fois. Dans un grand gauche et à haute vitesse, Kankkunen sort de la route, envoyant sa Celica en tonneaux. Et même s’il arrive à repartir grâce à l’aide de nombreux spectateurs, le rallye du finlandais s’achève là. 

Pour les Subaru, cette sortie est forcément une aubaine et le duo Sainz/McRae est en position de force au soir de cette étape. Les deux hommes sont alors séparés par huit secondes alors qu’Auriol est toujours trop loin pour se mêler à la lutte pour la victoire. Au soir de cette étape, David Richards, boss de chez Subaru, décide de geler les positions, bien conscient que le titre constructeurs est en train de leur revenir. Cette décision pourrait également servir afin de convaincre Sainz de rester chez Subaru, son départ chez Toyota étant attendu.

Le 25 octobre au matin, Colin McRae ne montre aucune intention de respecter les ordres de son patron. Auteur des deux premiers scratchs, le britannique s’empare même de la tête, 1s devant Sainz après la 20, déclarant qu’il n’avait aucune intention de se laisser faire, préférant repartir de la Catalogne avec 10 points d’avance au championnat plutôt qu’à égalité avec Sainz.

Dans la 21, le pilote Subaru en rajoute encore 3 face à l’espagnol, puis de nouveau 4 dans l’avant-dernière spéciale ! Avant l’ultime chrono, McRae possède 8s d’avance face à son coéquipier et rival pour le titre. Dans la 23, Subaru fait déplacer trois hommes en spéciale pour tenter de freiner l’ardeur du britannique. Placé en bord de route, ce trio a beau faire signe à Colin de ralentir, cela ne marche pas. A l’arrivée, il devance encore Sainz et termine cette dernière spéciale avec 9s de marge ! Sur la liaison suivante, le futur champion du monde 1995 va finalement s’incliner face aux demandes de son équipe, écopant volontairement d’une pénalité d’une minute.

Battu dans les chronos, Sainz remporte donc cette épreuve, 51s devant McRae et 1min58s sur la troisième Subaru de Liatti ! Quatrième, Delecour est le premier français avec plus de deux minutes de retard.

Mais où est donc Auriol ? Au cours de cette épreuve, les turbocompresseurs des Toyota Celica officielles du français et de Juha Kankkunen ont été saisis par les commissaires techniques. Après démontage complet et vérification, ils sont déclarés non conformes. En vertu du règlement du championnat du monde des rallyes, les deux pilotes ont été déclassés.

Lors du conseil mondial de la FIA organisé deux semaines plus tard, Max Mosley, président de la FIA, déclara alors : « Il s’agit du subterfuge le plus subtil et le plus sophistiqué qu’aient rencontré nos techniciens. Il était très difficile à déceler, c’est une tricherie caractérisée. » Après délibération, la FIA a tranché avec disqualification de l’écurie Toyota et annulation des résultats, retrait de tous les points obtenus en 1995, interdiction de disputer la dernière épreuve du championnat 1995 et surtout suspension de licence pour une durée d’un an !

Classement Final

Pos.EquipageVoitureChrono
1Sainz-MoyaSubaru Impreza 555 
2McRae-ColinSubaru Impreza 555+51
3Liatti-AlessandriniSubaru Impreza 555+1:58
4Delecour-FrançoisFord Escort Cosworth+2:40
5Aghini-FarnocchiaMitsubishi Lancer Evo III+2:54
6Trelles-Del BuonoToyota Celica GT-Four+5:56

 





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Valentin
Valentin
7 jours il y a

Et bizarrement Auriol a la ramasse alors que sont coéquipiers mauvais sur asphalte et devant … Avait-il eu droit a cette « évolution » ? Ou peut-être le fait de savoir qu’il trichait le perturber …
Bizarre tout ça !!!!

berlinette
berlinette
9 jours il y a

Kankunen qui atomisait tout le monde sur asphalte, en effet, ça devait faire jaser.
Espérons que Toy a bien retenu la leçon.

Valentin
Valentin
Reply to  berlinette
7 jours il y a

L’équipe Toyota d’aujourd’hui n’a rien a voir avec celle de l’époque, ce n’est, même, pas du tout la même équipe (Gazzo Racing)