Monte-Carlo 2004 : dans le brouillard des consignes



Comme à chaque début d’année, Jeff vous propose de revenir sur l’une des plus belles histoires du rallye Monte-Carlo. Cette fois, il consacre son récit au belge François Duval, auteur de performances marquantes sur les spéciales de cette épreuve.

Et avant de découvrir ce nouveau récit, nous en profitons pour vous annoncer que toutes les histoires de Jeff seront à découvrir dans un livre à paraître prochainement. Nous en reparlerons bien sûr à cette occasion !


Il y a 20 ans, le 72 ème Monte-Carlo consacrait officiellement Sébastien Loeb et Daniel Elena pour la seconde fois consécutive (troisième fois de façon …officieuse). Cependant, dans le sillage de l’Alsacien, le jeune Belge François Duval, au volant de la redoutable Ford Focus RS WRC 03, associé à son compatriote Stéphane Prévot, réussit une Performance majuscule et met en évidence son immense talent naturel.

Au départ de Monaco, les gens de chez Ford nourrissent de grandes ambitions pour cette nouvelle saison. Ils ont raison, ils possèdent la voiture et les pilotes pour briller ! La caravane du rallye quitte la Méditerranée et rejoint Gap où Malcom Wilson demande à Duval d’accumuler des kilomètres et de l’expérience. François accomplit une première étape honnête dans la glace et les pièges de Piegut – Urtis, sur les routes grasses et la neige fondue de Selonnet – Bréziers ou de Laborel – l’Aubergerie, puis sur le goudron humide de Rosans – l’Epine. Le natif de Chimay en Wallonie, Champion du Monde Junior 2001, 1 er des Super 1600 ici en 2002, 7 ème du Monte 2003 avec une Focus WRC, fils de René Duval, espoir de toute la Belgique et météorite du WRC, clôture la journée d’ouverture à la 5 ème place, à 1min de Loeb et à 42sec de son équipier Markko Märtin qui se retrouve second du classement provisoire. Consigne respectée.

Pour son premier rallye dans la combinaison de pilote d’usine en WRC, l’Italien Gigi Galli domine son équipier Gilles Panizzi au volant de sa Mitsubishi Lancer WRC 04, il n’est qu’à 2sec du scratch dans Selonnet, devant Loeb…avant de fauter et de perdre 1min à Piégut puis de se mettre dehors à Laborel. Mais quel talent ! Même son de cloche en Junior WRC, le débutant Suédois Per-Gunnar Andersson s’empare immédiatement de la tête de course, avec sa Suzuki Ignis « PG » vole et domine les Bernardi, Meeke, Chicherit… avant de se mettre dehors à Laborel. Mais quel talent (bis) ! C’est la révélation du rallye.

Le lendemain, à l’aube, sur les hauteurs de Nice le brouillard-givrant s’installe et dans le gros « morceau » de Lantosque – Col-de-Braus, 34,4km, une sournoise plaque de verglas éjecte la 206 WRC du néophyte et prometteur Nicolas Vouilloz (13 ème rallye seulement et alors 10 ème scratch entre Loix et Panizzi) dans le décor, entrainant un temps forfaitaire. Les équipages rescapés rejoignent Tourette du Château – Saint-Antonin, chrono inédit pour tous dans ce sens. Et conditions inédites pour beaucoup : brouillard épais, visibilité nulle, grip inexistant …25 bornes dantesques aux notes et au feeling, bref, le « juge de paix » du rallye ! Au volant de sa Citroën Xsara WRC et en slicks, Sébastien Loeb brille et claque un chrono ahurissant, repoussant Grönholm et Solberg à 28sec, Panizzi à 37sec, Sainz à 39sec, Märtin à 52sec… mais ne réussit le temps scratch que pour 0sec1 face à un sensationnel François Duval ! L’exploit est de taille. Ce « morceau de bravoure » échoue à Loeb, mais ce dernier se dit fort- impressionné par l’exploit de la pépite Belge. Copiloté par Stéphane Prévot, le p’tit Duval monte directement à la 3 ème place, 13sec6 derrière la 307 WRC du grand Marcus. En une spéciale une seule, il dépasse son équipier et devient un sérieux outsider… Chez les Juniors, l’Irlandais du Nord Kris Meeke, habitué du fog, ne manque ni de talent ni de courage, il impose sa Corsa S1600 à Saint- Antonin et finira la course en 3 ème position derrière Urmo Aava et le vainqueur Nicolas Bernardi.

Sur le versant nord du Col-de-Bleine, le givre et la neige fondante remplacent le brouillard. Dès Sigale, Séb attaque à sa main, il exécute une ascension parfaite pour s’imposer au sommet. Au volant de la seconde Citroën, Carlos Sainz arrache une roue tandis que Grönholm tire tout droit et que Märtin se fait peur. Seul Duval rivalise avec le Français, mais il perd une quinzaine de seconde dans une épingle, pour échouer à… 15sec1du scratch. François se hisse désormais à la 2 ème place du classement général, à 1min15 de Sébastien. Dans ces conditions, personne ne semble en mesure de suivre le rythme des deux funambules. D’ailleurs, tous les autres pilotes sont abasourdis par les chronos de ces improvisateurs-nés qui possèdent manifestement un petit plus : le sixième sens !

Lors du second passage dans le Bleine, le brouillard est encore plus épais, le verglas gagne le tarmac au fil des minutes, le goudron ressemble de plus en plus à du cristal et le diamant Loeb scelle définitivement sa victoire alors que Duval assure sa seconde place provisoire. Ce dernier rentre 2 ème à Monaco 1min28 derrière le leader. Le pilote Ford Balte, lui, se retrouve 3 ème à 1min41. Reste une journée.

Lors de la dernière boucle du rallye, chez Ford on pense au Championnat et les consignes tombent : Duval doit laisser passer Märtin. François ralentit… mais pas suffisamment malgré les injonctions de Prévot ! Le pilote Belge finit pas tirer le frein à main dans la dernière épingle du rallye, il cale et y laisse une poignée de secondes. Ouf, le coup passa près… mais l’Estonien termine bien second. Du « grand » Duval ! Le Wallon échoue à la 3 ème place. Il s’agit là de son seul podium sur un Monte-Carlo. François possède un talent-pur extraordinaire, une capacité d’adaptation et un sens de l’improvisation diaboliques, un « car- control » ahurissant. Duval est un génie du pilotage, son adresse est un don « du ciel »… mais face à Loeb, le talent seul ne suffit pas.

En 2005, équipier de Sébastien chez Citroën, François part à bloc lors du 73 ème Monte-Carlo : 2 ème à Pierlas derrière Loeb, Osec8 devant ce dernier à Toudon mais 2 ème derrière Grönholm, 2 ème dans le Col-de-Braus mais à 12sec de Séb en 32km au premier passage, puis à 10sec lors du second run… Dure réalité. Le lendemain, aux aurores, même spéciale (!) mais dans l’autre sens, Duval attaque mais ne fait pas mieux que 2 ème à 5sec1 de son ennemi préféré. Après 5 chronos, « Dudu » est second du classement général, 37sec8 derrière Loeb. Tous les autres sont loin, déjà. Et les consignes de « l’armée rouge » s’abattent, déjà: il faut figer les positions pour rentrer 1 er et 2 ème  ! François « fait la gueule » car il a une obsession : battre Sébastien Loeb ! Dans Toudon – Saint-Antonin, alors que le premier « split » le donne en avance sur l’Alsacien, le Belge disjoncte et n’écoute plus les notes de Stéphane, dépité, il ignore les pièges et attaque comme un dingue, sur un gros-frein pour un gauche en 4° bosselé, la Xsara quitte le sol et percute un poteau ! L’arceau est touché, Prévot aussi, l’orgueil de Duval probablement et c’est ici le début de la fin pour le prodige d’outre- Quiévrain. Un grand gâchis. Cet authentique surdoué ne découvrira jamais le pot-aux-roses pour battre l’équipage Loeb – Elena sur les routes du Monte- Carlo !

Lors du Monte-Carlo 2006, avec une Skoda Fabia et secondé par Patrick Pivato, Duval claque le MT à Valberg, il peut légitiment viser un podium… avant de sortir à Utelle. On reverra « ce diable de Wallon » sur le Monte-Carlo une dernière fois en 2008, au volant d’une Focus RS WRC 07 et avec Eddy Chevaillier dans le baquet de droite. François s’impose dans 4 ES mais loupe le podium pour 1sec1 face à la Subaru de Chris Atkinson. L’histoire (Belge !) est terminée. François préfère définitivement la glisse, le pilotage-pur et son garage de Cul- des-Sarts que les reconnaissances, les réglages, la télémétrie, les ingénieurs, les contraintes du professionnalisme… et les consignes. Et c’est peut-être aussi pour ça qu’on aimait François Duval, le pilote qui ignorait les consignes et le brouillard…




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Afond
Afond
1 mois il y a

Vous avez vue le nombre de constructeurs en 2004 sans côté les pilotes, oui c’ été mieux avant

Balthasar
Balthasar
1 mois il y a

Je suis témoin de la mauvaise sortie de route avec la Citroën au monte-carlo, pour ce virage à gauche il avait demandé à Sébastien comment tu passes le gauche, et il lui a répondu :à fond, ce qu’il a fait, et en étant sur place, j’ai constaté que Sébastien descendait 3 rapports ,conclusion, ne jamais aller dans une équipe française si vous n’êtes pas français.