Var 1999 : Philippe Bugalski, la « rallyrage »



En cette fin de saison, Jeff nous a concocté une chronique axée sur le rallye du Var 1999, et plus précisément sur la victoire de Philippe Bugalski.

“Le 4 mai 1988, j’en suis à mes premiers balbutiements en rallye et je suis venu en Corse en spectateur. Dans la première spéciale, je vois arriver une R21 à la limite, en dérive des 4 roues avec au volant un pilote blond. Je me dis que ce Finlandais conduit comme un malade…”… dixit Gilles Panizzi. Le pilote blond n’est pas Finlandais. Il a des origines Polonaises et vit à Busset dans l’Allier où Pierrot, son père, tient un petit garage. Ce jeune Auvergnat, c’est Philippe Bugalski, alias p’tit Bug. Sa gentillesse dans la vie n’a d’égale que sa rage face au chrono.

Chroniqueur, rallyman amateur et journaliste de grand talent, l’Auvergnat Gérard Bridier décide de créer son magazine au début des années 90. Dans son édito de rédacteur en chef du premier Rallyes Magazine, daté de février 1993, il avoue avoir contracté la « rallyrage… une maladie de rallyes et de virages, les uns n’allant pas sans les autres ». Après avoir lu ce prologue de celui qui est pour moi un maître, un mentor, j’ai enfin pu mettre un nom sur les symptômes dont je « souffrais »… pourvu qu’aucun médecin maléfique ne trouve le vaccin pour y remédier ! Le rallye n’a d’importance que par les rencontres qu’on peut y faire. Le grand Gérard avec sa plume et le petit Philippe volant en main ont marqué ma vie de façon indélébile. Bridier a tourné la page rallye et je rêve de le retrouver un jour, au détour d’un virage. Quant à Bug, je dois dire que lors de sa disparition brutale, j’ai eu le sentiment de perdre un proche.

Philippe a effectué ses débuts à la course de côte de Sancerre 1982 avec une Golf GTI GrN. Il se fait immédiatement remarquer et passe un peu plus tard à la R5 Turbo qui lui permet de décrocher une première victoire, avec sa compagne Béatrice dans le baquet de droite, lors du Livradois Forez 85. Il devient alors « Espoir de l’année Echappement ». Compter ici son parcours serait trop long, mais un exploit parmi d’autres me semble significatif. En 1987, le jeune espoir signe son premier contrat professionnel pour piloter une R5GT GrN préparée par Renault Chartres. Secondé par le regretté Jean Marc Andrié, l’Auvergnat débute sa saison au Rallye des Garrigues où il signe un incroyable 3ème temps absolu dans la 14ème spéciale d’Alzon. Il monte sur le podium scratch final en devançant Christian Gazaud et François Delecour. Une entrée fracassante… et ce n’est que le début de l’histoire !
12 saisons plus tard, le 45ème rallye du Var clôture le championnat. Les routes du massif des Maures, insidieusement truffées de plaques de verglas au petit matin, accueillent 134 partants. Mais dans le Var, visiblement, les routes glissantes effraient moins que dans les Vosges où la finale de Gérardmer venait d’être annulée. Le principe de précaution est une maladie en vogue, une sorte de mort lente et la déception fut bien plus importante que la couche de neige. Après cet épisode peu glorieux qui sentait le pétard mouillé, quelques artificiers de service étaient prêts à mettre le feu aux poudres pour tirer le dernier feu d’artifice du millénaire.

Bugalski a écrasé le championnat au volant de sa Xsara Kit Car. Le pilote officiel Citroën a déjà conquis un second sacre national mais surtout, Philippe a remporté la Catalogne et la Corse cette année devant tout le gratin mondial.

Philippe Bugalski en 1986

C’est pourtant la Mégane de Serge Jordan qui déclenche les hostilités dans Plan de la Tour alors que Cyril Henny maquille sa 306 Maxi contre un pont et y laisse 3min. L’attraction de cet ultime Var du siècle est le duel annoncé entre Sébastien Loeb, au volant d’une Saxo Kit – Car semi – officielle et la 106 Maxi de Cédric Robert. Parti comme un avion, Cédric s’envole et casse son jouet dés la première spéciale. Dommage. Sébastien est d’abord surpris par le comportement de sa belle puis… par le chrono de la Saxo Trophée de Jeff Bérenguer qui vole. L’Alsacien rectifie le tir dans Puget où il est à seulement 1sec au kil de Bug…avant que le moteur de la petite Citroën rende l’âme. Doublement dommage. Dans le Babaou fatal à Loeb, Bérenguer venge son pote et claque un extraordinaire 4ème temps tandis que Jordan s’offre un nouveau scratch pour se retrouver à seulement 5sec7 de la Xsara en fin de première journée, la Mégane de Rousselot suit à 45sec4.

Les juges de paix de Collobrières, du Babaou, de la Môle et de la Garde Freinet vont accoucher du lauréat d’un Volant 206 WRC 1999 très disputé. Nicolas Bernardi, Fabrice Morel et Olivier Marty rêvent tous les trois du baquet promis, celui d’une 206 WRC sur une ou deux manches mondiales. Nicolas craque le premier et range la 106S16 à côté de sa grande sœur Maxi garée par Cédric Robert. Olivier attaque et s’échappe, il doit gagner et… espérer. Espérer qu’un trouble fête s’intercale entre lui et Fabrice…Et trouble fête il y a, en la personne de Patrice Rouit ! Le Gapençais donne du fil à retordre à Morel qui sort le grand jeu et décroche finalement cette seconde place…et le Graal ! Pendant ce temps là, le lauréat Rallye – Jeune 1998, authentique débutant des Hautes – Pyrénées qui ne « vient de rien » effectue sa toute première saison de compétition au milieu des furieux du Volant. Ce jeune espoir de 24 ans subit une crevaison dans l’ES3 et perd prés de 4min. Mais ensuite, la prestation d’Alexandre Bengué ne fait place à aucuns doute : il est de la trempe des meilleurs. Le natif de Lourdes réalise miracle sur miracle : ES5, il devance la Saxo Kit Car d’Henry et inflige 11sec à Morel en 32km… le Babaou, il pose 0sec6 au kil à la deuxième 106 S16… à portée de fusil de Notre Dame des Anges, Alex assassine ses petits camarades du Volant au milieu des châtaigniers de l’interminable et fabuleuse descente de Collobrières. En 32 bornes, il laisse son second à…18sec ! Des écarts « à la Loeb ». Plan de la Tour, dimanche matin, le pilote de Cauterets se réveille du bon pied, le droit, 9ème temps scratch à 1sec en 16 km de Michel Boetti vainqueur en Trophée Saxo Kit Car et 11 sec plus vite que la deuxième 106 S16… ça pique ! Bengué est désormais 6ème du volant à 2min30 de Marty avant d’oublier de freiner… à la Garde Freinet. A revoir, tout comme Noel Tron ou Fabien Véricel qui ont talentueusement marqué 1999. Trois pépites à suivre lors du prochain millénaire.

A l’aube de la seconde étape, Jordan pose sa Mégane sur le verglas matinal de Collobrières, déroulant le tapis rouge à p’tit Bug. Le rapide et sympathique Suisse Cyril Henny (révélation du Monté Carlo 1996 au volant d’une Mazda 323 GrN) réussit le scratch dans Puget et rêve encore du titre de vice-champion. Mais Cyril échouera à la 4ème place, il lui manquera un minuscule point pour ravir cette place de dauphin à Eric Rousset, forfait dans le Var.

De retour à Sainte Maxime, Philippe Bugalski et Jean Paul Chiaroni décrochent leur 9ème victoire en 10 courses lors de ce millésime. Dans le Golfe de Saint Tropez, les Mégane Maxi de Rousselot et Galpin complètent le podium. Bérenguer pouvait viser un top 5 mais sa Saxo a abdiqué au départ de l’impitoyable Collobrières.
Emmanuel Guigou prend la tête du GrN le vendredi au volant de sa 106 Rallye (!) et finit excellent 17ème scratch. Le samedi, Stéphane Passade prend brillamment le relais de Manu avec sa Clio Williams avant d’abandonner et de finalement laissé Jacques Lions imposer sa Lancer.

Le dernier Var du 20ème siècle consacre un immense bonhomme. Il y a 20 ans, en ce dimanche 28 novembre 1999 sur le port de Sainte Maxime, le monde attend le passage à l’an 2000 et ce grand bug qui ne viendra jamais. Le p’tit Bug de l’an 99, lui, n’a pas fait illusion et a tout emporté. Lors de sa disparition, le 10 août 2012, le monde du rallye a perdu un de ses plus valeureux guerriers. Souvent, très souvent, je repense au Rouergue 1995 et à cette victoire d’anthologie avec Coco Chiaroni qui a eu le courage de s’asseoir dans ce baquet de droite orphelin de Thierry Renaud. A ce trop – plein d’émotions à l’arrivée, Bug en pleurs qui explose et martèle frénétiquement le volant de sa Clio Maxi. Aujourd’hui, reste le souvenir de ce petit blondinet bienveillant, souriant, humble, honnête, passionné…et de sa rage une fois casqué. Tu nous manques Bug…




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Balou73RS
Balou73RS
2 années il y a

Bel hommage, merci de nous rappeler à quel point le rallye était grand à cette époque !

Marcustheking
Marcustheking
2 années il y a

“Au dessus de cette merveille 2l atmo avec un marteau…”