X.Panseri : “On a fait une course intelligente” (Dakar 2024)



Premier français à l’arrivée en catégorie autos en décrohant la deuxième place finale aux côtés du belge Guillaume De Mevius, le Français Xavier Panseri a fêté sa dixième participation au Dakar avec son plus beau résultat sur cette épreuve.

À l’issue de la plus légendaire épreuve de rallye-raid, le Doubien est revenu longuement avec nous sur cette édition très exigeante, et finalement terminée avec cette performance remarquable pour sa première collaboration avec ce pilote.

Neuf ans après ton premier podium, tu as le bonheur de le retrouver en 2024. Quel effet ça fait ? 

“À mon premier Dakar, j’étais sur le podium à la 3e place, et 10 éditions plus tard, je viens de gagner une place pour mon deuxième podium. J’espère qu’il ne faudra pas attendre 10 années de plus pour monter sur la plus haute marche.

 

Nous sommes assez surpris de terminer deuxièmes. L’objectif de départ était plutôt de s’approcher du top 5, voire y rentrer. Mais il y a tellement de paramètres à prendre en compte sur un Dakar. Arriver 2e, c’était vraiment la version optimiste.

On a fait une course intelligente. On gagne la première étape sans être très vite en termes de vitesse pure, mais sans crever, contrairement aux autres. Nous n’avons eu aucune double crevaison, et peut-être 3 ou 4 au total de la course, dont deux fois sur la bande de roulement.”

Avez-vous eu des problèmes mécaniques sur la Toyota ?

“Lors de la troisième étape, on déchape une roue après un saut et on s’arrête pour changer la route. Quelques kilomètres plus loin, on a un gros bruit mécanique et on se retrouve en deux roues motrices. Il a fallu changer la transmission arrière. Nous n’avons pas été très efficaces et on perd au total 29 minutes. La prochaine fois, ça ira plus vite pour réparer grâce à cette expérience. Sinon, aucun autre problème mécanique, hormis un bruit énorme dans le différentiel pendant une étape sur 200 km, mais ça a tenu.

Cette Hilux a encore une fois été la plus solide des Ultimate. La Toyota reste la référence, c’est sûr. On peut le voir au classement général avec six Toyota dans le top 10 final et avec des pilotes de niveau très différents. C’est la meilleure voiture, la plus fiable et la plus efficace. Et je me demande d’ailleurs si Nasser (Al-Attiyah) n’est pas en train d’essayer de revenir avec cette auto.

C’est quand même magique de rouler avec une telle auto, c’est exceptionnel. On peut être admiratifs de voir la performance de Sainz. Après 4h/5h de pilotage, Guillaume a bien senti qu’il avait une baisse physique. Et à 61 ans, Carlos gagne, c’est un exemple à suivre !

Ton nouveau pilote, Guillaume De Mevius, a un joli passé en rallye traditionnel. Est-ce que cela se ressent ?

“On voit vite qu’il a bon “car control” et qu’il maîtrise la conduite. Après, ce sont deux disciplines très différentes. Tu peux être bon en cross-country, sans être très bon en rallye, et l’inverse. On a pu le voir avec Al-Attiyah. Guillaume a un gros point fort, c’est son écoute. Il emmagasine tout de suite ce que tu peux lui dire. C’est un gros confort dans la voiture.

Pour moi, la petite difficulté a été de naviguer en français pour la première fois sur un Dakar. Comme le road-book est en anglais, il a fallu s’adapter car ce n’était pas vraiment simple d’utiliser sa langue maternelle. Mais au final, cela permet d’expliquer plus facilement différents détails du terrain.”

Comment s’est passée ton arrivée dans ce baquet de la Toyota ?

“Fin octobre, je n’avais encore rien. Mon pilote habituel, l’Argentin Fernando Alvarez, m’a prévenu que ce serait trop compliqué vis à vis de la situation financière compliquée de son pays. J’avais d’autres solutions derrière, mais elles ne m’intéressaient pas vraiment. C’était juste pour finir le rallye, sans objectif de résultat. Avec Fernando, on jouait le podium en T3. Donc je n’avais pas prévu d’aller sur le Dakar cette année.

C’est grâce à François Cazalet, ancien copilote de De Mevius, que j’ai pu obtenir ce volant. De son côté, il a fait le choix de copiloter un jeune sud-africain de 18 ans avec un contrat de 2-3 ans, et en plus soutenu par l’équipe officielle Toyota en Afrique du Sud en étant le fils du patron. C’est un super pote à moi, et je me suis finalement retrouvé à rouler avec De Mevius.

Pour moi, revenir en T1 était vraiment un challenge. Je voulais montrer que j’étais encore là après des années en SSV et des expériences mitigées en T1. Mais dans ma carrière, j’ai été habitué à rebondir avec Bryan Bouffier. D’année en année, on pouvait changer de catégorie en acceptant de redescendre d’un cran. Tout le monde n’a pas fait ce choix dans leur carrière.”

Et maintenant quelle est la suite ?

“Je suis déjà assuré de participer à la coupe du monde de Baja avec mon pilote argentin. Avec Guillaume, le deal était seulement sur le Dakar. Avec ce résultat au Dakar et son coefficient deux, on peut viser le championnat et je suis bien sûr prêt à accompagner Guillaume sur l’année. Il y a une belle opportunité de jouer le titre puisque Loeb ne sera pas là et les Audi non plus. Il reste peut-être Ekström qui va essayer de rouler avec une autre équipe, mais aussi Serradori, Moraes, Al-Attiyah bien sûr, Al-Rajhi ou encore Quintero. Pour l’instant, l’idée est d’aller sur la prochaine manche à Abu Dhabi.

Pour ce Dakar, nous n’avions aucune aide de Toyota. Un petit peu de Red Bull et toute l’équipe d’Overdrive s’occupait de la mécanique. Le partenariat avec Chicherit était seulement concentré sur la communication pour avoir une force médiatique plus importante.”

Est-ce que ce Dakar était le plus difficile depuis son arrivée en Arabie Saoudite ?

“2023 était très compliquée avec la pluie et le froid. Cette année, la météo était au top et les conditions de course aussi du coup. Mais on passé plus d’heures dans la voiture (3h au final de plus, j’avais l’impression que c’était beaucoup plus), et les horaires de réveil étaient bien matinales.

Je trouve que c’était plus difficile qu’en Amérique du Sud aussi. J’ai bien aimé l’étape 48h chrono. C’était vraiment intéressant et cela apporte quelque chose de nouveau. Des pilotes amateurs étaient mélangés avec des Sainz ou Loeb, c’était super. Le concept est top. Par contre, il faudra peut-être revoir le parcours, car là, il n’y avait que des dunes. C’est très physique pour les pilotes et les voitures, mais ce n’était pas très intéressant pour les copilotes, hormis pour ceux qui ouvrent bien sûr.

Ce serait bien de refaire un 48h mais avec plus de variétés et de navigation. En ce qui concerne les classements, quasiment tout le monde a pu y avoir accès. Dans le premier bivouac où ils étaient six avec notamment Nasser et Mathieu, ils n’ont eu aucune info puisque tous les téléphones étaient scellés. Les amateurs pouvaient par contre consulter le classement s’il y avait du réseau et donc le communiquer aux officiels.”

Suis-tu encore un peu le monde du WRC ?

“Non pas vraiment, je regarde d’un oeil, mais de plus en plus éloigné. Depuis l’an passé, je suis représentant des baja à la FIA. Je me concentre là-dessus. Ce que je peux voir, c’est que personne ne peut louer une Rally1, et c’est un problème évidemment.”

Est-ce que tu crois aux énergies nouvelles en sport mécanique et notamment en rallye-raid ?

“Dans le rallye-raid, c’est pour l’instant une mascarade. Avec son slogan “l’avenir est une attitude”, Audi me fait rire. À côté de cette voiture, tu ne peux rien entendre, ça fait un bruit d’enfer alors qu’elle tourne à 6000/7000 tours. 

Il y avait la Mission 1000 cette année avec de l’électrique et de l’hydrogène. Ils avaient du mal à faire 70 km alors que les étapes étaient de 100 km. Certains devaient rouler à 35/40 km/h pour espérer tenir la distance.

On a pu voir aussi en Rallycross que la FIA a fait marche arrière. Un gars comme Guerlain (Chicherit) n’a plus envie d’investir là-dedans après le drame survenu en Rallycross alors que les voitures n’étaient même pas en charge. Par miracle, personne n’a été blessé. 

De mon côté, je pense que l’hydrogène est l’avenir, mais que c’est loin d’être au point.”

Est-ce que tu vas suivre davantage le Monte-Carlo avec la participation de Bryan Bouffier, ton fidèle pilote pendant de nombreuses années ?

“Si je suis cette édition, c’est pour lui oui. J’ai réfléchi pendant un long moment à participer avec Bryan. Mais quand je vois mon état encore aujourd’hui, ce n’était pas raisonnable. Le Dakar a vraiment été épuisant pour moi.

Il va pouvoir rouler sans pression, sans objectif de résultat. Objectivement, je pense qu’il ne pourrait pas batailler avec les meilleurs du WRC2. Mais je vais regarder ça de près.”





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marcusgilsonen
marcusgilsonen
1 mois il y a

dans les 6 premiers
2 espagnols,2 français,et 2 belges
COCORICO allez les belges un peut chauvin comme les auths
vive le monte ,bonne semaine à tous
Marcus

Lolo
Lolo
1 mois il y a

Très belle course de cet équipe qui en plus à l’air sympathique !!! On aurait dû effectivement en parler un peu plus tout comme Ekstrom qui sans ses problèmes aurait pu jouer la gagne ! Ekstrom qui à été titré dans plusieurs disciplines, DTM et Rallycross, contrairement à Loeb qui n’a toujours pas gagné d’autres titres ni le Dakar depuis son départ du WRC, et dont on a parlé pendant 2 semaines sans relâche !!!!

Dernière modification le 1 mois il y a par Lolo