Eric Camilli, un futur grand !




Rencontre avec Eric Camilli, espoir du rallye français et actuel second de la 208 Rally Cup derrière Stéphane Lefebvre.

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Carte d’identité

Eric Camilli
26 ans (Né le 6/09/1987 à Nice)
Région : PACA (Réside à Nice)
Copilote : Pierre-Marien Leonardi
Saison 2014 : 208 Rally Cup (actuel 2e)
Bac +5 Expertise Comptable – Une année sabbatique pour se consacrer au rallye
Début en rallye : 2008

Avant de parler de ta carrière, parle-nous des raisons pour lesquelles tu roules en rallye ?
Je suis fan de rallye depuis que je suis tout gamin. C’est mon père qui m’a transmis le virus même s’il n’a jamais roulé en rallye, je suis le premier de la famille en avoir fait. En fait, j’ai commencé par la karting à l’âge de 5 ans jusqu’à 7 ans, puis j’ai arrêté car ma mère préférait que je travaille à l’école. Je suis revenu au karting de 15 à 17 ans avec des beaux résultats (3e du championnat du monde).

Sans budget, j’ai vu mes copains partir en Formule Renault mais je préférais rouler en rallye. La notion d’aventure est plus intéressante. J’ai eu pas mal d’idoles, je retiens surtout Carlos Sainz, par sa régularité et son mental. En spectateur, j’ai assisté aux gros rallyes du Sud avec le Var, Antibes, Tour de Corse et le Monte-Carlo bien sûr. J’ai été bercé par les reportages d’Auto-Moto avec Christian Vella.Camilli-Cevennes-2013

On peut le dire, tes débuts en rallye sont difficiles. Tu démarres directement dans le Volant Peugeot en 2008 où l’on retrouve des espoirs du rallye français comme Germain Bonnefis ou Guillaume Canivenq. Raconte-nous un peu.

On a fait un premier rallye au Plan de la Tour où l’on a signé un huitième temps scratch sur la 206 de Coupe, on termine dans le top 20. Avec l’aide de Marc Dalmasso, on part ensuite au Limousin dans le cadre du Volant Peugeot, on a enchaîné les problèmes avec une dernière sortie au Var dans la première spéciale. J’avais un copilote âgé de 16 ans, on roulait sans distance entre les virages, c’était vraiment le début.

Après un épisode raté en Suzuki (2009), ton nom disparaît du milieu du rallye jusqu’à la finale Rallye Jeunes 2012.

En Suzuki, j’avais tellement peur de sortir de la route, que je suis me posé en contre-bas dans la deuxième spéciale à 30 km/h au Mont-Blanc. Je suis reparti dans les études et chaque année, j’ai essayé de faire des sélections, Rougier Suzuki et Subaru (2009) où j’ai perdu face à Pierre-Alexandre Perrin après avoir touché un cône en finale.

Camilli-Cevennes-2013-2Durant cette période, c’était assez difficile pour moi d’aller en spectateur aux rallyes. A 25 ans, mon père m’a poussé pour retenter la finale Rallye Jeunes pour une dernière fois. C’était ma dernière chance de courir en rallye et d’envisager une carrière. Après cette finale remportée, j’ai consacré mon temps au rallye et j’ai beaucoup travaillé pour être plus sérieux dans chaque domaine.

En 2013, tu intègres le Team Rallye Jeunes FFSA avec un programme de six manches du championnat de France en DS3 R1 et deux en DS3 R3. Après une première moitié de saison d’apprentissage, tu remportes deux succès (Limousin et Mont-Blanc) avant de crever l’écran en R3 aux Cévennes et surtout au Var.

En R1, les gens te regardent un peu de côté, car les gens se disent que le niveau n’est pas très élevé. Le Var, c’est incroyable, on crève et on perd plus d’une minute. Sans ça, peut-être qu’on aurait gagné face à Cédric Robert. C’était la référence, je me rappelle de lui en 106 Maxi, c’était la folie. C’était assez inespéré de me voir devant lui en début de rallye. Il est venu me voir à l’arrivée et m’a dit qu’il espérait que je monte un programme pour l’année d’après. Je lui ai dit que je roulais aussi vite car j’avais les mêmes chaussures que lui.

Après ce Var, ça m’a donné un élan supérieur. Après le Mont-Blanc, ça avait déjà commencé mais rien de comparable. J’ai rencontré plusieurs personnes sur la côte qui se sont intéressés à moi. Nous avons construit une petite équipe autour de moi.

Camilli-touquet-2014En Rallye Jeunes, il y avait une bataille face à Laurent Laskowski, on voulait vraiment bien faire tout les deux. C’était assez difficile, mais très respectueux avec une bonne émulation entre nous.

En 2014, tu passes à la 208 Rally Cup. Quelle est ton ambition au début de saison ?

L’ambition était de viser le top 5 sur les manches asphalte et sur les manches terre, l’important était de découvrir. Prendre une année d’expérience et viser la victoire l’année d’après.

Et maintenant après avoir signé deux podiums (victoire au Limousin et 2e aux Causses pour une première sur terre) ?

Maintenant, l’objectif est clairement de gagner le Volant. Au Touquet, on a bien commencé, nous étions quatrièmes et puis nous avons eu un problème d’embrayage. On retiendra qu’on loupe un scratch pour quatre dixièmes, la saison démarrait bien.

Aux Causses, dès la première spéciale, le chrono est très bon. Le manque d’expérience m’a fait manquer de régularité. J’appréhendai pas mal les seconds passages car je me demandai comment m’améliorer et j’avais peur de trop en rajouter. Finalement, on s’améliore surtout sur les zones de freinage.

Pour la prise de notes, avec Pierre-Marien, nous sommes très précis. Avant de rouler sur terre, nous nous sommes habitués à prendre les notes avec la voiture de course lors des shakedowns asphalte. Les notes se sont avérées tout de suite très bonnes, et dès le deuxième passage, c’était bon, on améliorait plus ensuite.

Limousin-2014-2Au Limousin, c’est notre première victoire avec un adversaire de taille en face : Stéphane Lefebvre. Nous nous sommes livrés à une superbe bagarre, c’est vraiment un mec très humble et super rapide, une belle référence pour nous. C’est notre meilleur souvenir.

A Langres, j’aurai un adversaire très tenace avec Charles Martin, Stéphane Lefebvre étant absent. Je sais que Martin est très rapide sur terre, l’objectif principal sera de terminer sur le podium et de marquer de gros points. Il reste un rallye à faire sans-faute après l’abandon du Touquet.

En moins de deux ans, ta progression est assez déroutante. Comment l’explique-tu et qui t’as aidé dans cette ascension ? Tu as une relation assez particulière avec Nicolas Bernardi notamment.

Oui, on a une belle relation avec Nicolas Bernardi, il est très pro, ça a débuté avec Rallye Jeunes. Il a essayé de m’apporter chaque outil nécessaire à mon évolution. Il était aux petits soins avec moi. Il a enrichi mon expérience à chaque instant et toujours dans le bon sens.

C’est lui qui m’a bien aidé pour être à l’Antibes après ma victoire au Limousin. Dans la région, Franck Lions et Rémi Tosello m’ont également bien soutenu. Pour Franck, en dehors nous sommes amis dans la vie. Et dans le rallye, il a beaucoup d’idées pour me conseiller (pneus, réglages). A Langres, il sera présent dans mon équipe avec son père.

Antibes-2014Parle-nous un peu ton copilote, Pierre-Marien Leonardi ?

Nous nous considérons comme une seule personne, il y a une super synergie. Il y a une complicité fabuleuse, nous sommes toujours sur la même longueur d’onde. Grâce à lui, je suis plus serein. Il était pilote avant et il ressent assez les choses, on partage le job ensemble, on réfléchit tout à deux.

Comment vois-tu ton avenir en rallye ?

J’espère vraiment de tout coeur continuer en rallye et franchir des caps. Je ne dit pas que je vais être champion du monde des rallyes un jour. A chaque départ d’un rallye, je me dit que c’est déjà une grosse chance d’être là et j’essaye de profiter de chaque instant.

Je consacre 90% de mon temps à rechercher des sponsors, bien sûr j’ai aussi une préparation physique. Je remercie d’ailleurs les sponsors qui me soutiennent comme la ville de Nice et Oreca.

Cette année, l’objectif principal est la 208 Rally Cup. La voiture est au top et il y a un super niveau, il y a la mixité terre/asphalte. Quand j’étais gamin, la formule Peugeot était déjà la référence, c’est prestigieux.

Imaginons, tu as l’occasion de rouler avec la voiture de ton choix sur les routes du Monte-Carlo. Quel est ton choix ?

Sans hésiter, la Toyota Celica de Carlos Sainz au Monte-Carlo 1992.

Enfin, revenons un peu sur ta dernière performance lors du rallye d’Antibes.

Antibes-2014-2 Pour le coup, on ne s’y attendait pas du tout. C’est la première fois qu’on roulait avec une telle voiture, j’avais fait 30 kilomètres d’essais. J’ai tout de suite eu un bon feeling avec l’auto, j’ai un peu retrouvé le pilotage de la 208. Le passage aux quatre roues motrices, je l’ai ressenti assez rapidement, et c’était assez marrant. J’ai vraiment découvert ça dans le rallye, dans la première spéciale, j’étais moyennement à l’aise, je pensai avoir signé un mauvais temps. Dans la deuxième spéciale, j’ai trouvé mon chrono extraordinaire, pourtant j’ai perdu du temps sur la fin à cause de problèmes mécaniques. Je suis à 5s du temps de Bryan Bouffier dans le Col de Bleine, qui est pour moi la référence du championnat de France sur asphalte. C’est le type efficace et rapide partout.

Ensuite sur la liaison, on sentait que ce n’était pas bon et nous avons du renoncer après la troisième spéciale.

Samedi, nous sommes repartis pour signer un cinquième temps (tête-à-queue) puis quatrième, on a senti qu’il y avait des problèmes moteur sur la voiture.

Niveau pilotage, j’ai essayé d’enrouler dans les épingles du Col de Braus comme on voit en WRC en vidéo, mais je me suis loupé. On a rattrapé des voitures, ce n’était pas l’idéal pour faire des temps mais nous avons pris du plaisir et de l’expérience.





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  1. gaëtan dit :

    Ce n’est pas du tout la même chose qu’Arzeno qui n’avançait pas sur la terre (contrairement à Camilli qui pour son premier rallye sur terre fait 2ème du volant) au point de se faire mettre des valises par Consani, Gilbert et même Chardonnet.

    Et puis, par rapport à Robert, Arzeno avait une meilleure connaissance de la DS3 et avait déjà plusieurs saisons dans les jambes en R3 (avec la clio et la DS) contrairement à Camilli dont c’était l’année passée la première vraie saison quand il a battu Robert (et ce n’était jamais que son deuxième rallye avec une R3). De plus, Camilli devançait Robert avec de tels écarts (les écarts étaient beaucoup plus serrés entre Arzeno et Robert) que cela en était impressionnant dans un rallye que Robert connaît par coeur et où il est particulièrement à l’aise.

  2. Perrault dit :

    Oui mais Arzeno avait gagné pas mal de chose avant et avait battu Robert plusieurs fois en DS3 R3. Cependant je suis d’accord il a beaucoup à prouver encore en 2RM.

  3. natlin dit :

    je suis d’accord avec vous, il a une tres bonne vitesse de pointe, il est polyvalent, battre lefevre qui est peut etre le meilleur 2 rm en europe, faut le faire,et surtout le var contre robert ca c’est vraiment enorme, sa perf avant sortie a l’antibes etait prometteuse, mais il faut qu’il continue en 2 rm, et pas se divertir, arzeno a fait un peu tout en 2012 et il est a pied, donc prudence, mais il a le niveau pour gagner le volant 208, allez entre erik je le soutiens!

  4. alvareda dit :

    Excellent reportage, merci de nous faire (re)découvrir de très bons pilotes !

  5. gaëtan dit :

    Merci beaucoup à Rallyesport pour cette super interview qui retrace sa très courte carrière qui n’est, parions-le, qu’à ses débuts !

    Merci Jeff Boulet pour ce message. Ca fait plaisir : il y a effectivement lui et les autres. Il a un talent dingue (il a tout de même dans ses déjà nombreux faits d’armes réussi à dominer Lefebvre et Robert!) sans se prendre la tête…La balle est désormais dans le camp la FFSA (et de Séb Ogier aussi) pour décider de l’aider pour de bon.

    PS : Pour le titre d’Espoir Echappement, je crois qu’il n’est plus éligible car il a dépassé le seuil fatidique des 25 ans, mais bon espérons qu’Echappement révise cette limite d’âge qui ne tient vraiment pas à grand-chose dans son cas.

  6. Jeff Boulet dit :

    Il y a lui et les autres ( même si Lefebvre et Laskowski sont trés forts). Peut être même le futur Ogier! Simple, sympa, doué, trés doué et rapide, excessivement rapide…Clairement un futur grand !!

  7. quoique... dit :

    et maintenant y’a plus qu’a…bonne chasse aux sponsors…