L’oeil de l’ingénieur (Tour de Corse)



Dans cette première chronique « L’oeil de l’ingénieur », Cédric Mazenq vous décrypte le Tour de Corse, première épreuve 100% asphalte du championnat du monde 2019.

Le rallye Tour de Corse est le rallye Asphalte par excellence. C’est le rallye qui sert généralement de base de référence pour régler une voiture sur l’asphalte, étant donné la diversité des routes et des profils des ES qu’il emprunte. Les pilotes ou ingés ont coutume de dire « Si la voiture marche en Corse, elle marchera partout sur Asphalte ! » En cause la grande variété des profils, avec à la fois des ES lisses et roulantes type Catalogne (« Désert des Agriates » par exemple), mais également des ES beaucoup plus torturées et bosselées, comme on en retrouve sur certaines éditions du Monte Carlo par exemple.

LA TECHNIQUE

Le maître mot sur le Rallye de Corse en terme de réglages est la polyvalence. Du fait de la diversité, les pilotes essaient de régler la voiture pour être le plus en confiance, et pouvoir rouler libérés malgré les différences de profil. La balance de la voiture est généralement orientée vers un comportement neutre à légèrement survireur. En effet, la vitesse moyenne restant relativement basse du fait du profil extrêmement sinueux (le rallye des 10000 virages !),  la clé de la performance passe par la capacité à avoir une auto très directive, avec un train avant précis et constant. En Corse plus que partout ailleurs : Sous-virage interdit !

Il n’est pas rare que les pilotes adaptent hauteur de caisse, clics d’amortisseurs ou même raideur de barres antiroulis entre les ES, pour adapter les réglages d’une ES à l’autre.

Côté gommes, 28 pneus à choisir entre 28 HARD, 20 SOFT et même 8 FULL WET. Si c’est sec, même froid, pas de doute : le HARD est le plus perfo. Si la météo est incertaine, voire capricieuse (souvenez vous de l’édition 2015), alors le jeu de panachage va être cornélien : pas impossible de devoir mixer du HARD et du SOFT.

L’ERREUR À NE PAS FAIRE

Faire une faute lors de la 1ère matinée ! Avec une journée sans assistance, il faut à tout prix partir piano, pour ne pas s’éliminer d’entrée. L’erreur serait de partir couteaux entre les dents, et de ne pas rejoindre le parc en fin de journée. Facile à dire, moins à faire : souvenez vous de Sébastien Loeb lors de la dernière édition : ça arrive même aux meilleurs…

LE JUGE DE PAIX

L’ES de Castignaccia cette année. Depuis que les pilotes ne reçoivent plus de split times dans les voitures,  qui leur donnaient une info sur leur rythme par rapport à la concurrence, ils doivent être en mesure d’auto évaluer leur vitesse, ce qui se corse (sans jeu de mots….) dès que les ES sont très longues. Partir très (trop) fort, c’est l’assurance de détruire ses pneus avants, et d’être en souffrance sur la fin de l’ES…. et de ramasser une valise !  Partir trop « gentiment », et c’est également facile de rouler à 0.5s/km du bon rythme en pensant économiser ses gommes, et se retrouver avec une addition très salée de plus de 20s à l’arrivée…. Il va forcément y avoir de gros écarts au 1er passage : difficile de gagner le rallye là, mais on peut facilement le perdre….

L’ANECDOTE

En 2008, Sébastien OGIER arrive en Corse (dernière manche du calendrier JWRC) en tête du championnat, avec pour mission de simplement  finir pour être titré champion du monde. Afin de s’assurer de pouvoir pallier à toutes les éventualités en cas de problèmes mécaniques, nous avions stocké dans sa voiture la moitié des pièces du camion d’assistance de PH Sport…. transmissions, alternateur, etc…

Nous avions surnommé sa petite C2 S1600 le « camion boutique », en référence au camion présent à cette époque sur toutes les manches du JWRC pour fournir les concurrents Citroën en pièces de rechange !

Il décrochera ce weekend là son 1er titre de champion du monde JWRC, qui lui ouvrira les portes de la carrière que l’on connait…..





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  1. Guillaume dit :

    Est-ce qu’on peut lui poser une question à l’ingénieur? 😉
    On imagine bien comment les ingés pistes reçoivent les datas en temps réel des monoplaces sur circuit puisque elles ne s’éloignent jamais bien plus que de quelques kilomètres de la pitlane.

    Mais en rallye ? J’ai du mal à imaginer comment avoir un signal pour capter la télémétrie sur des distances pareilles.

  2. Komatsu dit :

    Désolé j’ai un petit problème je ne trouve pas la page pour les pronostics du tour de Corse si quelqu’un peut m’aider merci

  3. saxonic dit :

    bien de lire des infos qui ne sont pas remises en cause puisque le cv du monsieur mazenq en impose,
    allez tu peux te lâcher cedric , donne nous plein de détails, des petites anecdotes sympa comme le camion boutique , longue vie à l oeil de l ingénieur !
    sur la longueur de l article, mon avis est que les infos se succèdent très bien et que il y a beaucoup plus de contenu que de blabla donc ça se lit très vite et ça c’est bien aussi
    allez vivement la corse sur rs et bon rallye à tous toutes.

  4. Xarena dit :

    Mazenq… Encore un gars de chez moi au top du sport auto! Quelle carrière, bravo!

    Je note un grand absent dans l’analyse notre ingé maison : l’appui aéro. OK la Corse n’est pas la Catalogne, mais il n’empêche lorsque les vitesses de passage sont au delà de 100km/h, le diffuseur doit commencer à générer quelques milliers de Newtons bien utiles pour poser la voiture sur des rails, et donc augmenter la vitesse en courbe. L’efficacité de la balance aéro, c’est-à-dire la capacité de la répartition à ne pas perturber le comportement mécanique de la voiture est devenu un facteur important sur les WRC de nouvelle génération, et c’est tant mieux. Du coup, les réglages en cours d’epreuve impactant la hauteur de causse et/ou l’assiette de l’auto doivent être d’autant plus maîtrisé, puisque ayant une conséquence directe sur l’aérodynamique.

  5. fabien dit :

    Sympa cette analyse technique. On avait déjà entendu parler de pas mal de ces infos mais là, réuni dans une chronique avant un rallye, c’est super intéressant à lire. Cette chronique peut devenir un incontournable de RS.

  6. roland59 dit :

    à Loeb,
    ingénieur, on l’est ou pas… Cédric Mazenq l’est… après le titre de l’article appelle un chat, un chat.
    maintenant, rappelons nous que ce sont sur les analyses de l’ingénieur sur les perfs des différentes gommes (il me semble même que c’était le Monsieur sus nommé… à vérifier) que Loeb fit le choix (bien conseillé) qui lui permirent sans doute de gagner le Catalogne 2018…
    alors rendons à César… etc…
    en tout cas, une très bonne idée de RS… bien joué..!!

  7. JULIEN DELATTRE dit :

    Excellente chronique, très plaisante à lire, très bonne idée à renouveler !

  8. Anthony dit :

    J’aime bien … Un bon article pour mieux voir la subtilité des réglages sur un tour de corse

  9. Fab dit :

    On pouvait s’attendre à quelque chose de plus approfondi et je peux comprendre que certains soient un peu déçus.
    Perso., vu mon niveau technique, ça me convient et je pense que c’était le bon choix pour RS car la majorité des intervenants ici ne trouveraient pas leur compte en étant noyé sous une foule de détails techniques peu compréhensibles.
    Maintenant, y a t’il moyen d’aller un peu plus loin techniquement tout en restant abordable? On verra en cours d’année. Là est tout l’art de la communication et de sa maîtrise.
    🙂

  10. RP14 dit :

    Il faut prendre ce que l’on nous donne, merci RS pour cette nouveauté. Après on se doute bien qu’il ne va pas nous révéler tous les secrets et les process dont il a eu connaissance quand il était chez Citroën.

  11. Loeb dit :

    Ingénieur fait un peu pompeu comme titre,mais l’article est sympat.

  12. Manta400 dit :

    Pour Seb 73:
    Apparemment si mr MAZENQ avait un quelquonque empêchement pour ses futures rubriques,
    Heureusement nous pourrons tous nous rapatrier à’l’oeil plus qu.avisé de Seb 73……
    Ne le prends pas mal mais parfois rigoler c’est déjà ça de pris……
    Bonne soirée .

  13. MANOLOFIESTA dit :

    J’aime bien l’article, cela donne une image de ce que les pilotes vont devoir affronter ce week end.
    Merci RS

  14. Marc dit :

    Pas assez technique a mon goût

  15. roland59 dit :

    « une auto très directive, un train avant précis et constant… plus que partout ailleurs, sous virage interdit. »
    il y avait du travail chez Hyundai… pourvu qu’il porte ses fruits…

  16. Valentin dit :

    Super merci.
    Encor plus de technique pour moi.
    1000 merci

  17. natlin dit :

    super chouette, bravo cedric!

  18. GBLB dit :

    RS top rubrique mais pas assez technique à mon goût ! J’aurai voulu savoir si en corse on roule avec les même antiroulli qu’en Allemagne, si les diffs sont taré comme en Espagne, si les compression et détente haute et basse vitesse sont réglé comme au monté Carl, étagement de boite, carto moteur??? Bref de la technique mais j’avoue, c’est déjà un grand pas en avant

  19. The_stig33 dit :

    Top top top les infos 🙂 ^^

  20. Pat dit :

    Super rubrique

  21. sebenfer dit :

    Top ! Mais c’est une habitude chez vous…

  22. Romain39 dit :

    Absolument génial tous ces petit détail techniques c’est top on apprend sa fait du bien

  23. Tom dit :

    Super article très intéressant,merci rs pour nous faire vivre notre passion a fond et la comprendre au mieux. Vivement jeudi et bonne chance a tous ✌️

  24. Beej dit :

    Très intéressant, et sympa la petite anecdote ! Merci !

  25. Jean Dridéal dit :

    Super article

  26. Niko 4000 dit :

    Œil de l’ingénieur validé ! Trop bien comme rubrique !

  27. olive dit :

    super rubrique,merci beaucoup