Balles neuves pour 2021



Manufacturier record du WRC, Michelin possède une histoire fabuleuse en championnat du monde des rallyes, mais cette association pourrait s’arrêter en fin de saison prochaine.

En lançant un appel d’offres en début d’année pour la période 2021-2024, la FIA a ainsi rebattu les cartes, ce qui ouvre une nouvelle ère pour les pneumatiques du WRC. Jusqu’à mi-septembre, chaque marque intéressée va peaufiner ses propositions, et parmi elle, Michelin, sauf énorme surprise. Dès lors, il était logique pour nous d’évoquer ce sujet bouillant avec Arnaud Rémy, manager des activités Rallye chez Michelin.

Avant de rentrer dans les détails de ce bouleversement, Arnaud résume rapidement l’état actuel des choses. : « Notre contrat actuel avec le promoteur WRC arrive à échéance en fin d’année, donc nous sommes aujourd’hui en discussions pour savoir ce que l’on fait ensuite. Cela concerne l’affichage de Michelin en tant que sponsor titre du championnat.

D’un point de vue technique et fournisseur de pneus, c’est un contrat annuel avec la FIA, donc chaque manufacturier se manifeste pour la saison à venir. C’est annuel depuis plusieurs années maintenant. Cela a toujours été annuel et maintenant arrive un appel d’offres sur quatre ans. Tant qu’il n’y a pas de manufacturier unique, tout le monde peut venir et proposer ses produits. Il y avait une date limite, je crois le 8 janvier, mais c’est très tard, en général, tu te manifestes auprès de la FIA avant, il y a des frais dossiers à régler par exemple et une liste de pneus à désigner. Aujourd’hui, on a pas l’envie d’arrêter, donc pour l’instant, on est partant. Il faut que cet appel d’offres se décide avant 2020. »

Après cette introduction, on rentre dans le concret avec des sujets majeurs et détaillés, abordés avec Arnaud, notre guide pneumatique. On vous souhaite une bonne lecture, le menu est copieux.

2021-2024, période charnière pour les pneumatiques

La saison prochaine, Michelin ne prévoit pas de « déposer quelque chose de particulier ». Mais pour 2021 par contre, le chantier s’annonce énorme pour le manufacturier clermontois.

« La FIA a décidé de faire un appel d’offres, mais cela ne voudra pas forcément dire qu’il y aura un manufacturier unique. C’est celui qui a gagné l’appel d’offres qui va choisir. Il peut autoriser d’autres marques à venir, comme dans n’importe quel sport mécanique. On l’a déjà fait en circuit de notre côté.

L’appel d’offres concerne toutes les quatre roues motrices. Tous les documents de la FIA sont en ligne et on a pu regarder les détails de la proposition pour être candidat à l’appel d’offres. Je ne peux pas rentrer dans les détails, mais ce que je peux dire, c’est que l’appel d’offres est très ouvert à accepter de nouveaux projets et concepts, contrairement à d’autres disciplines, comme en F1 avec quelque chose de très fermé. Et le fait que ce soit ouvert comme ça, nous plaît bien. »

Pour cet appel d’offres, les manufacturiers peuvent ainsi laisser court à leur créativité : « Si un manufacturier veut proposer une nouvelle taille de pneus, il peut. En nombre de pneus aussi, ou même venir qu’avec un seul pneu comme à une époque. A l’inverse, si on veut venir avec 10 pneus différents, on peut aussi le proposer. Bien sûr, ce sera pas forcément acté par la FIA qui est responsable de la réglementation. On peut tout imaginer, comme un pneu qui puisse faire toutes les surfaces. »

Chez Michelin, cet appel d’offres représente un enjeu énorme et tout le groupe est impliqué, jusqu’au plus haut sommet de l’échelle.

« Ce niveau de visibilité et d’importance, se fait forcément avec un coup de tampon en haut. Cela part du WRC, puis dans le pôle Motorsport. On monte alors un projet et c’est discuté ensuite dans les niveaux au-dessus avec plein de critères comme le budget bien sûr. Il y a plein de critères autres que la technique qui rentre en compte. »

En terme financier et de développement, cette nouvelle donne va évidemment changer des choses chez Michelin : « Si on part sur plusieurs saisons, cela veut dire qu’il y aura normalement le développement de nouveaux pneus avec les voitures de 2022 et une équipe de développement prête. »

Vers des pneus plus gros ?

« On a déjà dit à la FIA que nous serions intéressés pour augmenter la taille des pneus. On ne dit pas qu’on veut aller forcément vers ça, mais la question se pose. En F1, la question s’est posée et c’est normal qu’elle se pose aussi en WRC. J’ai toujours connu les 18 pouces de mon côté. On pourrait passer à 16 ou 17 sur la terre au lieu de 15. Faut discuter avec l’équipe de développement, voir si l’on sait faire, mais aussi si les équipes sont intéressées par ce changement de dimension. Ce sont clairement des questions qui sont soulevées avec la FIA. »

Michelin, pas encore officiellement candidat

« Si on répond à l’appel d’offres, ce qui aujourd’hui n’est pas acté, que ce soit bien clair. Si au-dessus de l’entreprise, on estime que le coût engendré par un engagement en WRC est trop important par rapport à la stratégie actuelle du groupe, on ne fera rien. Mais si on répond à l’appel d’offres, ce sera pour apporter de la technologie.

La date limite pour l’appel d’offres est fixée à mi-septembre, mais je ne peux pas dire encore beaucoup de choses (rires).

La concurrence pourrait être forte

« Il y a déjà ceux qui sont ici avec nous en WRC-2. On a évidemment Pirelli, MRF aussi que l’on a vu beaucoup l’année dernière, on sait qu’ils sont intéressés. Ils étaient en Finlande cette année pour observer, et sont là aussi pour rencontrer pas mal de gens. En Europe, MRF n’est pas connu mais en Asie du Sud-Ouest, c’est monstrueux. Ils ont également une gamme pour les pays nordiques. C’est un très gros groupe. Les indiens ont beaucoup de moyens, ils sont très puissances. Ils n’ont pas notre expérience, ni celle de Pirelli, donc ils sont peut-être un ton en-dessous en terme de performances mais ce sont des gens qui savent travailler. Ils testent un peu partout en R5 avec de nouvelles gammes de pneus, ils ne font pas ça pour rien.

Il y a également Hankook qui a déjà eu des voitures sur le parc. On les a jamais vu à haut niveau en rallye, mais beaucoup en championnat nationaux sur asphalte. Je pense qu’ils ne veulent pas trop s’exposer. Je pense que MRF est plus avancé mais Hankook a une plus grosse force de frappe. Ils sont en DTM, ils ont voulu la F1, donc ce sont quand même des gens qui ont probablement des ressources financières importantes et clairement de grosses compétences. Pour eux, il est très important d’avoir un championnat du monde. S’ils ont essayé d’avoir eu la F1, on trouverait ça normal qu’ils s’intéressent en WRC, sauf s’ils misent tout sur le circuit. Mais on a pas d’infos, mais selon moi, c’est un candidat sérieux. Mais tout est envisageable, je pense aussi à Cooper – Avon par exemple. »

La réglementation 2022

« C’est intéressant pour nous de voir l’arrivée des hybrides. Le groupe est vraiment friand de disciplines avec des technologies alternatives comme la Formula E et la Moto E. Nous étions en WEC aussi. On est partenaires de H24, le projet hydrogène au Mans. Le WRC est un peu le parent pauvre dans ce domaine, avec que du thermique. C’est l’avenir de l’automobile, c’est quelque chose que l’on soutient car il faut de toute façon trouver une alternative au pétrole.

Donc nous sommes intéressés, mais de là, à regarder chaque détail de la nouvelle réglementation, ça ne va pas jusque là. Il y a quand même un PowerBoost, donc c’est forcément quelque chose à voir, en fonction de la puissance et le couple. Mais nous ne restons « qu’un » fournisseur de pneumatiques donc on fera en fonction du développement réalisé par les équipes. On se doit d’avoir de la veille pour pouvoir réagir vite.

Pour nous, c’est super intéressant de voir de nouveaux modèles de voitures (notamment avec les chassis tubulaires). Cela permettrait de voir des modèles de voiture qui sont plus en adéquation avec la stratégie du groupe Michelin. Notre coeur de cible n’est pas le segment B actuel, on vise plus des voitures un peu plus grosses. On a par exemple sorti le Pilot Sport SUV. On peut imaginer un Kona chez Hyundai par exemple. Ce sera plus simple pour nous de communiquer avec des modèles de voiture équivalents au tourisme. C’est difficile de communiquer avec une Fiesta par exemple. »

Le promoteur est impliqué dans ce choix ?

« Non, la FIA gère l’appel d’offres. Dans l’idée, le manufacturier qui remporte l’appel d’offres serait bien vu d’être un partenaire aussi financier du promoteur. Il y a des droits pour être partenaire du WRC. Ce sont deux choses différentes avec la technique et le choix du manufacturier. Mais dans l’idéal, il faut que le sponsor et le manufacturier soient les mêmes. En ERC, le sponsor est Pirelli mais les pneus qui gagnent actuellement sont en Michelin, ce n’est pas une situation idéale normalement. »

Mousse anti-crevaison

« Il y a beaucoup de discussions sur les derniers mois à propos de ça, Tommi Mäkinen avait remis ça au goût du jour en voulant des informations, il en avait vraiment envie. Mais je pense, qu’aujourd’hui, ce n’est pas d’actualité et de toute façon interdit par le règlement. C’est très lourd comme organisation. Ce n’est pas forcément vers ça que l’on a envie d’aller. Ce n’est pas une technologie utilisée pour les voitures de commerce et pour nous, il est logique de faire un lien direct entre le WRC et la voiture de monsieur tout le monde. » 

Un pneu connecté

« On peut imaginer pouvoir récupérer les informations des pneus en temps réel, pour les pilotes, les équipes, les fans et les journalistes. Tout est possible, on pourrait avoir l’usure des pneus également. Dans le groupe, on travaille actuellement sur des systèmes analysant l’état de la route et l’adhérence. On se doute bien que si on arrive à apporter cela en WRC, ce sera des données très riches. Aujourd’hui, Michelin s’engage vraiment vers ce pneumatique connecté. »





Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. aldo dit :

    des pneus plus gros ?
    On va bientôt revenir aux roues de charrettes .

  2. pekadi dit :

    Je suis d’accord qu’il faut trouver des alternatives au pétrole.
    Mais de mon point de vue, avec l’électrique, on est, en tout cas du point de vue écologique, totalement à côté de la plaque. Ceux qui ne jurent que par l’électrique ne parlent que de l’absence d’émission de CO2 de la voiture quand elle évolue dans la circulation.
    Mais d’une part, on ne parle pas de la manière dont l’électricité est produite, et d’autre part, on évite de parler des nuisances liées à la batterie au niveau de sa production et du recyclage.
    La technologie liée à l’hydrogène me parait bien plus propre.
    Michelin parle des compétitions Formula E et Moto E … elles n’intéressent quasi personne !!!

  3. pekadi dit :

    On parle du segment SUV dans l’interview.
    Le jour où on fera des rallyes avec des SUV, on ne m y verra plus.
    Pour voir passer des tanks …
    Imaginez de voir passer ces « engins » dans des épingles dans les vignes comme le w-e passé …

  4. roland59 dit :

    il y va des gommes comme des motorisations… d’une manière ou d’une autre, il faudra bien suivre le mouvement…

  5. Sébastien dit :

    il faut atreter les conneries des pneux connecter des bombe anti crevaisons is sont qua retourner a l assistance et repartir sur la es vive le rallye

  6. Denis dit :

    Quel dossier !
    Les aspects règlementation, changeante, technique, sponsoring, financiers…
    Pourvu que Michelin ne produise pas des « chewing-gums » à durée limitée comme en F1 et oui, le pneu « connecté » peut apporter un vrai plus, dans la discipline comme pour l’usager plus tard, avec la RFID .
    Merci à Arnaud Rémy !