Rallye d’Antibes 1991 : La Relève en marche !



Col de Bleine, la Couillole, le Turini, Lucéram, Col St Raphaël …ça ne vous rappelle rien ? Des noms, des routes, des hauts-lieux, qui évoquent quelques-unes des grandes pages du plus prestigieux rallye au monde…

Disputé en septembre, le tourniquet des Alpes-Maritimes emprunte aussi ces tronçons légendaires et représente un des moments forts de la saison. Après 420 Km contre le chrono, Bernard Béguin, au volant d’une Sierra Cosworth 4X4 et associé à Jean Marc Andrié, décroche un 6ème succès à Antibes ! Avec 29 points d’avance sur Yves Loubet au championnat, Béguin fait le break.

Sur le Port Vauban, au soir de cette 26ème édition, alors que pour le titre mondial, Juha Kankkunen vient de remporter une victoire décisive de l’autre côté du globe au pays des kangourous, Bernard Béguin et Jean Marc Andrié ont les yeux tourné vers la Baie des Anges et l’issue d’un championnat qui semble définitivement tourner en leur faveur.

Sport d’expérience par définition, le rallye consacre souvent les pilotes aguerris et même si « les vieux soldats ne meurent jamais », cet Antibes 91 a été submergé par un véritable flot de sang neuf. Et cette relève à un chef de file auvergnat : Bugalski. La preuve ? Entrevaux, 24 bornes, la Clio 16S de Philippe Bugalski-Denis Giraudet loupe le scratch… pour 4 sec ! Idem dans Chaudanne… Lors du 3ème passage dans le Bleine-Aiglun, Philippe se classe à nouveau second, puis récidive à la Couillole où il est ex-aequo avec Béguin !… Derrière Bug, c’est toute la jeunesse française qui est en marche.

ES 17 : Ascros-le Transformateur, 28 Km. Béguin signe le scratch avec 5 petites secondes de marge sur la Clio 16S de l’équipage Bugalski-Giraudet, complètement survolté. Fabien Doenlen et sa méchante 205 Rallye pointe pour sa part en 6ème position à 2sec2 au kil de la Sierra…La 309 GTI 16 GrN de Christian Gazaud se classe là 7ème, la M3 de Patrick Bernardini 8ème, Gilles et Hervé Panizzi 10ème … Le talent pointe ! Cette vague de jeunesse s’annonce exceptionnellement prometteuse. A l’heure où Richard Burns remporte la coupe 309 GB, où Marcus Grönholm domine le Gr.N en Finlande, qu’un nommé Colin McRae écrase le championnat britannique et alors que Tommi Makinen explose hors de ses frontières… une douzaine de « frenchies » affolent littéralement le chrono. Nos 5 héros d’Ascros sont accompagnés des Jordan, Vernet, Orsucci, Magaud, Polo, Poggi, Bourion, Marino…et tous ont les dents qui rayent le macadam de l’hexagone.
Les « Citroën-boys » Polo et Poggi ont été lâchés par leurs AX et la 309 de Magaud, pourtant 2ème dans le Bleine (!) rend les armes suite à une touchette. Le Corse Patrick Bernardini souffre au volant d’une M3 poussive mais rejoint tout de même le rocher d’Antibes au 4ème rang. Jean Ragnotti occupe cette place avant de rencontrer des problèmes de boîte. Mais avant cela, Jeannot semblait incapable de suivre le rythme de son équipier Bugalski… lequel se rapproche de plus en plus des « grosses ». Ce remake de David contre Goliath n’enchante que très modérément la Sierra de Béguin et la Delta HF de Loubet… Le challenge n’est pas pour déplaire à P’tit Bug et Denis, ni aux spectateurs qui attendent tous impatiemment les passages en furie des Clio DIAC. Le clou du spectacle !

Nul besoin de grosses autos, de transmissions intégrales ou de technologies, la recette du bonheur tient dans un subtil mélange de bruit, de glisse, d’attaque… et de bonhommes ! En rallyes, ce ne sont pas les autos qui font le spectacle, ce sont les pilotes. C’est entre le volant et le siège que ça se passe, le reste… A Antibes, P’tit Bug monte sur le podium derrière Yves Loubet qui semble complètement désabusé, impuissant, malgré 14 scratchs arrachés avec les tripes. Le pilote Corse donne tout, il a la rage au ventre, attaque et attaque encore…il ne lâche rien et rejoint chaque point stop en nage, complètement vidé…mais il n’y a rien à faire avec cette nouvelle limitation en pneus handicapant plus que tout autre la Lancia qui a bien du mal à préserver ses enveloppes sur les longues spéciales…et à rivaliser avec la Ford du vainqueur.
Fabien Doenlen a encore parfaitement exploité sa magnifique et terrible 205 Rallye GrA d’usine. Une petite auto d’une efficacité redoutable, un véritable karting pour la route qui finit une fois encore dans le Top 5 ! Nul besoin de 300cv…

Une des perf’ du rallye est la 6ème place décrochée par Bernard Marino au volant de sa R5GT. C’est la révélation du rallye ! Il est vrai que Christine Driano et J.Hug Hazard étaient absents sur cette 7ème manche mais à 24 ans, Bernard confirme son talent et s’impose en Gr.N à domicile… et devant Gilles Panizzi SVP ! Aaah une bonne soufflette…En fait, seule la Sierra de Gouniot parvient à suivre le rythme de la petite GT mais un joint de culasse défaillant envoie la Ford allonger la longue liste des abandons. Toujours en Gr.N, en classe 2 cette fois-ci, belles démonstrations d’adresses de trois pilotes de 205 Rallye : Albertini, Thubert et Bartolini. Antoine, le premier nommé, se montre réellement dominateur malgré les banderilles plantées par Thubert. Ce dernier, malheureusement, reçoit une pénalité tandis que la monture d’Albertini abdique… faisant le bonheur du vainqueur, Richard Bartolini. Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin ! Une lutte fratricide, La lutte, celle que tout le monde attendait, a enfin eu lieu en Volant 309 entre deux experts du talon-pointe, deux attaquants hors-pair, deux fondus de descentes, deux merveilleux soudards: Christian Gazaud et Gilles Panizzi. Christian lorgne vers ce volant d’usine tellement espéré et a besoin de gros points ici. Gilles, à domicile, s’élance avec un seul objectif : la victoire. Après une très violente sortie au Forez, les frangins Panizzi ont même songé à arrêter…Pas de mise en jambe ni de round d’observation, le combat des chefs débute sur un rythme affolant, la 309 bleue du Lotois part le plus vite mais c’est bien le pilote de Menton aux yeux de chats qui clôture en tête la première étape nocturne…pour 7sec. Tout est à faire ! Et ça va voler…

Le lendemain, Gazaud se fâche tout rouge dans le Bleine et le Col St Raphaël et reprend 40sec aux frères Panizzi handicapés par un répartiteur de frein. Mais Christian veut gagner à la régulière, dans les spéciales, pas sur tapis vert ! En valeureux combattant, il donne un répartiteur à Gilles et se sont les membres de l’assistance du pilote du sud-ouest qui effectuent le remplacement de la pièce. Chapeau ! Le combat de coqs reprend à coups de secondes, laissant les autres concurrents du Volant à des années lumière… Les deux 309 volent littéralement au dessus de ces morceaux d’anthologie… sans réussir à se départager au chrono. Dans les ES 17 et 18, Gazaud est à bloc, c’est la défonce totale, il reprend un peu d’air puis Panizzi fait jeu égal à Biot. Avant la dernière étape, la tendance est toujours en faveur de la 309 bleue alors qu’il reste encore Lantosque, le Col de la Madone, le Turini…C’est là que la lionne de Gilles rencontre un problème de différentiel alors que Christian claque un extraordinaire 8ème temps absolu… pour rien ! Enfin, pour l’honneur, car la Madone punit injustement Christian qui perd 2min à cause d’une boite bloquée… Après 3 jours de folie, Gilles Panizzi décroche la victoire et la 8ème place scratch. Le pilote du Lot, finalement second et 10ème scratch, marque de gros points et… les esprits. Comme d’habitude ! Il prend aussi une belle option pour un des deux Volants officiels. Sur les 30 spéciales, Gazaud a réussi 19MT du Volant Peugeot contre 11 à Panizzi… Gazaud a pris 3 fois la tête, Panizzi 3 fois aussi… Inoubliable !

Le chrono a finalement capitulé à départager nos deux stakhanovistes de l’attaque, la réussite et la fatalité vont s’en charger. Les chemins de la destinée de Christian et Gilles ont ensuite pris des directions opposées. L’un a tourné  la « page rallye » pour retrouver sa biscuiterie, son sud-ouest natal, pour une vie loin des feux de la rampe… La chance a sourit au second qui va devenir une véritable référence sur asphalte et qu’on ne va pas tarder à surnommer, aux quatre coins de la planète, « Tarmac-Master »…




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Buz
Buz
4 mois il y a

J ai des photos de cette édition au départ de la colle St Michel. Que de souvenirs. Merci

MARSEILLE
MARSEILLE
4 mois il y a

Gilles THUBERT un gars super sympa , des supers temps, avec une 205 rallye de série, il roulait la plupart du temps avec des pneus pourris, il se rendait sur les rallyes avec la voiture de course, il changeait les roues au dernier moment, l’amateur dans l’âme, l’Antibes c’était son jardin, et en plus il n’était pas avare du frein à main