Une catégorie Rally3 « alléchante »



Alors que les catégories Rally5 et Rally4 sont entrés officiellement en lice cette année avec notamment côté constructeur français la Peugeot 208 et la Renault Clio, qui se servent de leurs nouveaux modèles pour leurs coupes de marque, la nouvelle catégorie Rally3 sera à surveiller dans les mois à venir.

M-Sport encore les premiers à se lancer !

Pour évoquer cette nouvelle classe de voitures, nous avons demandé l’avis avisé de Cédric Mazenq, notre ingénieur habituel.

Pourquoi cette catégorie a vu le jour ?

« Tout d’abord pour reposer le contexte, elle répond à la nouvelle politique de la FIA qui veut proposer une réglementation pyramidale, avec à la base les voitures les plus accessibles (Rally 5) et au sommet la catégorie reine, le WRC (Rally 1). Cette volonté, qui répond à une vrai vision d’ensemble, est une refonte complète des catégories basée sur une logique qui fait déjà légion depuis longtemps en circuit, avec la F1 comme vitrine et étendard de toutes les disciplines sur piste.

Dans cette optique de progression « linéaire » au fil des catégories, il a fallu se poser la question des différents steps à franchir pour les pilotes et les teams entre chaque catégorie, afin que chaque nouvel échelon soit accessible, et réponde à une progression équivalente et identique.  C’est donc à partir de cette volonté, et en constatant le gouffre entre les nouvelles voitures répondant à la catégorie Rally4 et la catégorie Rally2 (les anciennes R5) que la FIA s’est penché sur le problème, afin de trouver une alternative crédible tant au niveau performance, technique que financier.

Les anciennes R3 n’ayant convaincu que peu de constructeurs, et ayant au final un coût d’exploitation jugé trop élevé par les acteurs du modèle économique qu’est le rallye (les préparateurs loueurs en particulier), il était nécessaire de repenser cette catégorie intermédiaire. Surtout en sachant que d’un point de vue performance et pilotage, les nouvelles Rally4 n’allait rien avoir à envier aux anciennes R3, pour un coût d’exploitation bien mieux maitrisé. Les premiers résultats des nouvelles reines de la catégorie (208 rally4 en tête) confirment cette tendance.
Il fallait donc concevoir un règlement permettant de créer un intermédiaire crédible entre une Rally4 2 roues motrices d’environ 210 cv, et une Rally2 (ex R5), 4 roues motrices de près de 300 cv. C’est de cette ambition qu’est né le règlement Rally3. »

Quels sont les points clés de cette voiture ?

« Ce règlement a été pensé de façon intelligente, en prenant compte la réalité du marché et les ambitions de promotion des constructeurs. Dans l’idée de la FIA, on se retrouve avec deux groupes principaux. Tout d’abord les Rally5, Rally4 et donc Rally3, plutôt dévoués aux voitures de segment B, et ensuite les Rally2 et Rally1, plutôt basés sur des autos de segment C.

Une des idées menantes a donc été de rendre possible pour les constructeurs la déclinaison de la même auto de Rally5 à Rally3, par le principe de kit d’évolution successif. En mutualisant des éléments structurels comme la caisse, réservoir, ou même certains organes des trains roulant, la FIA donne une rampe de lancement idéale aux constructeurs pour développer une voiture de l’échelon supérieur en conservant la même base, considérant que 70% du travail est déjà fait avec la catégorie inférieure, les 30 derniers % étant les spécificités réglementaires liés à la catégorie en question. C’est malin et économique, et cela permet donc d’attirer les constructeurs, dans la même logique que les pilotes ou teams, à proposer des autos dans chaque catégorie FIA.

Techniquement, si on réduit le règlement à sa plus simple expression,  une Rally3 est une Rally4 avec une transmission arrière (donc 4 roues motrices), avec une enveloppe budgétaire de 100k€ et un coût d’exploitation identique. Voilà donc le cahier des charges. Alléchant… »

Quelle est la cible de cette catégorie ?

« Actuellement, pas mal de pilotes se perdent en route après avoir fait le tour en R3, mais sans avoir les moyens de rouler en R5 (Rally2 aujourd’hui). L’apprentissage de la 4RM est quelque chose d’un peu particulier et cette catégorie va offrir une autre alternative, qui répond vraiment à un besoin. Ce qui est novateur, c’est que c’est une catégorie qui ne va en remplacer aucune existante, mais bien proposer quelque chose de nouveau. Débarquer d’une formule de promo et sauter dans une R5 n’est pas donné à tous, que ce soit d’un point de vue pilotage, mais aussi et surtout d’un point de vue financier. Et négliger l’aspect économique est une hérésie dans le contexte actuel.

Avec cette nouvelle réglementation, l’objectif est donc double : homogénéiser les performances et les budgets. Et cette Rally3 est clairement le chaînon manquant.

Pour les nostalgiques, la FIA a remis au gout du jour la recette Citroën des années 2000, appliquée au modèle Saxo : une groupe N pour commencer, puis une  Saxo Challenge mini groupe A qui donnera jour au grès des évolutions à la Kit-Car puis à la S1600, et enfin la Saxo T4 (une des 1ère voitures 4×4 sur une base de traction AV voies étroites), qui était déjà très comparable dans sa philosophie à ce que vont être les futures Rally3. »

Quand sont attendues ces voitures ?

 » Il faudra probablement attendre mi 2021 pour voir les premières voitures homologuées. La Ford Fiesta Rally3 a déjà fait ses premiers tours de roues. D’autres constructeurs ont déjà ce projet dans leurs prévisionnels, mais le Covid est passé par là. Espérons que nous aillons 4 à 5 véhicules compétitifs, ce qui promettrait un beau succès à la catégorie.
Il est probable qu’à terme, la FIA est le souhait de promouvoir cette catégorie comme la base du championnat Junior en championnat du monde des rallyes. Ce serait la première marche en mondial et dès la base en quatre roues motrices. »

Et pour les ingénieurs, est-ce que le travail va être intéressant ?

« Les phénomènes dynamiques sont différents d’une 4RM à 2RM. Le fait de monter un pont à l’AR permet aussi d’avoir des roues AR indépendantes, ce qui est rarement voire jamais l’option retenue sur les Rally5 ni même les Rally4 (qui conservent bien souvent pour des raisons économiques les « poutres » des autos de série). La voiture sera donc plus complexe, il y aura un panel de réglages plus large. Ce sera intéressant pour les teams privés compétitifs, car plus on monte en technicité, plus les bons teams qui savent faire appel à des ingénieurs qualifiés et expérimentés pourront faire la différence. »

Pourra-t-on voir ces voitures en France ?

« Je l’espère ! Sur le championnat Terre par exemple, je pense que ça peut faire des scratchs face à des R5 plutôt pilotées par des gentlemen drivers. Les performances de ces nouvelles autos vont en surprendre plus d’un, au même titre que les actuelles Rally5 et Rally4, qui sont déjà assez bluffantes quand on prend en compte les coûts d’achat des voitures et leur coût d’exploitation. Sur l’asphalte, il est possible qu’elle soit un peu anonymes face aux Rally2 qui garnissent les plateaux, mais bien conduites par des jeunes aux dents longues, il est prêt à parier qu’elles pourront jouer les troubles fêtes très haut dans les classements. »




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Olivier
Olivier
24 jours il y a

Pfuuuuuuu pourquoi s’obstiner avec des autos 4 roues motrices ??
Traction avant ou propulsion le spectacle serait aussi fort, le pilotage encore plus mis en valeur et les couts moindres. Certes les perfs un peu moins, mais est vraiment important ?

Kaizer Sauzée
Kaizer Sauzée
25 jours il y a

Et que vont devenir les autres catégories, notamment le F 2000 ???