X.Panseri : « Un peu une loterie » (Dakar)



Troisième du Dakar 2015 aux côtés de K.Holowczyz pour sa première participation, Xavier Panseri dispute l’épreuve pour la troisième fois cette année, toujours au sein de l’équipe « Mini X-Raid ».

A « mi-parcours », le copilote jurassien occupe la 12e place du classement général avec son nouveau pilote, le jeune qatari Mohamed Abu Issa. En cette journée de repos, Xavier est revenu longuement avec nous sur cette première semaine de course, marquée par une navigation délicate et des conditions météo difficiles.

Changement de réglementation pour la navigation

« C’est bien compliqué avec la nouvelle réglementation, c’est ce que l’ASO recherchait pour remettre en valeur le travail des copilotes. Sauf que par moment, j’ai l’impression qu’ils jouent un peu avec nous. Le truc c’est de savoir si tu trompes d’un quart d’heure ou seulement de deux minutes en suivant un autre équipage qui s’est planté avant toi.

Sur les changements qu’ils ont fait, il n’y a pas un grand intérêt. Après, ils réussissent pour l’instant leurs paris car le classement change tous les jours, donc médiatiquement c’est intéressant, sportivement un peu moins.

Pour faire simple, cette année, ils ont ajouté des WPC (Way Point Contrôle) avec comme seules informations, sa position kilométrique et son ordre de passage par rapport aux autres Way Points. Celui ne se valide que dans un rayon de 300 mètres et n’apparaît pas sur le GPS. Si tu es sur la bonne piste, pas de soucis tu valides, mais si tu n’es pas dans ce rayon là, tu peux tourner une bonne heure pour le trouver.

Si on loupe ce WPC (une dizaine en moyenne par étape), on prend une heure de pénalité, soit la pénalité la plus lourde (20-30 minutes pour les autres). Cette innovation est peut-être une bonne idée mais il faudrait tout de même quelques informations supplémentaires sur le road-book.

Sur l’étape d’avant-hier, il y avait un vrai piège. Même les équipages les plus aguerris ont perdu plus de 15 minutes, je pense notamment à Stéphane Peterhansel et Jean-Paul Cottret qui ont du sortir les cartes car ils étaient perdus.

Le règlement est fait comme ça et on doit s’y adapter, je me suis entêté sur un truc sur l’étape d’avant-hier et c’est de ma faute. On a mis plus de 50 minutes pour trouver un WPC. C’est un peu la loterie au final. Les organisateurs voulaient un Dakar difficile et ils l’ont fait. »

Pas de communication ou presque

« Les organisateurs ne veulent pas de smartphones dans les spéciales pour que nous ne chargions pas les cartes dessus. Là dessus c’est compréhensible, mais nous avions demandé s’il était possible d’avoir accès aux téléphones en liaison, fermés dans le compartiment moteur pour les chronos, avec à la limite un plomb au départ de la spéciale ou quelque chose comme ça. Avant, nous pouvions bien communiquer sur les longues liaisons de 4 à 5 heures, maintenant c’est impossible.

Quand je rentre au bivouac, je n’ai pas le temps d’écrire un message et communiquer sur les réseaux sociaux. Quand tout va bien, je termine ma journée à minuit/heure après le boulot du soir. Je vais essayer de poster un petit truc aujourd’hui, pour dire que je suis encore vivant on va dire… »

Le parcours

« Côté spéciales, le parcours est magnifique, c’est très varié avec de la montagne, du hors-piste, de la dune, des rios…C’est vraiment très beau et on prend un grand plaisir à rouler là-dedan mais il reste ce petit point de frustration au niveau de la navigation.

Malheureusement là, on sait qu’à cette période de l’année il pleut beaucoup en Bolivie, et on en a fait les frais hier. Cette spéciale devait être la plus longue rallye et promettait d’être magnifique. Je ne sais pas encore comment on va rouler demain avec ces inondations alors qu’il pleut encore. L’étape pourrait être raccourcie car tous les endroits qui sont censés être des rivières risquent d’être infranchissables. Reste de beaux secteurs montagneux plus typés WRC qui ne devraient pas poser de problèmes.

L’étape marathon à venir, c’est toujours un peu compliquée. Nous n’avons pas le droit à l’erreur et il faut rouler intelligemment. Reste à voir de quoi elle sera composée avec ces conditions météo, on aura des nouvelles dans l’après-midi.

Sur cette deuxième semaine, toutes les étapes sont un peu plus difficiles qu’en première semaine, avec plus de kilomètres en spéciale mais également en liaison. Je crois que nous avons fait 1600 kilomètres de spéciale et il en reste plus de 2000… » 

Les performances

« Je suis super content, nous sommes dans notre plan de marche. L’objectif était de terminer autour des 10 premiers. Grâce aussi aux erreurs des autres et notamment Toyota, nous avons peu à peu grimpé dans le classement. Nous étions à la 10e place avant mon erreur qui nous coûte 50 minutes, on a reculé un peu mais on va essayer de se maintenir autour de cette position.

On ne roule pas très vite mais on ne fait pas de bêtises. Je suis agréablement surpris par Mohamed, qui vient du quad et effectue quasiment son premier rallye en voiture. Il a vite appris le fonctionnement de la Mini. L’ambiance est superbe dans la voiture, on rigole pas mal, même en spéciale et cela détend l’atmosphère. Même lors de mon erreur d’avant-hier, il a essayé de m’aider et il est resté calme. »

L’altitude

« C’est compliqué comme on l’imaginait. Quand on est monté à 5000 mètres, mon pilote a eu très mal à la tête et la fin d’étape a été très compliquée. Je dirais qu’il a fait les 15 derniers kilomètres à la hargne, il pleurait, il n’avait plus de forces. Sa tête tapait de chaque côté du baquet et j’ai vraiment du le maintenir dans le rythme avec moi. C’était affreux, il a pris un peu d’oxygène sous la tente médicale et j’ai pris le volant pour la liaison afin de rejoindre l’arrivée.

C’est vrai que ça peut paraître extrême. Yazeed Al-Rajhi a perdu le Dakar comme ça en passant deux jours dans cet état. Cela peut être dangereux, mais c’est le rallye le plus difficile du monde, donc ça fait partie du « jeu ». Depuis que nous sommes à hauteur moyenne je dirais, « 3500-4000m », nous n’avons plus trop de soucis, le corps s’habitue. J’ai juste un peu de mal à dormir mais pas de soucis en spéciale. »

Un favori peut-être ?

« Il y a tellement de paramètres que c’est trop difficile de prévoir quelque chose sur ce Dakar. Après, des gars comme Cyril Despres et Stéphane Peterhansel partent avec une longueur d’avance grâce à leurs expériences, ils savent se montrer patients.

Même Mikko Hirvonen garde ses chances, les autres peuvent aussi perdre 45 minutes en une seule étape. Donc je n’ai pas de réel favori sur ce Dakar. »




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  1. Thomas dit :

    Marrant, pour répondre à « un favori ?? » il ne mentionne pas du tout Loeb 😉

    • Denis dit :

      Je pense qu’il sait qu’Elena est encore perfectible en navigation et cela fait toute la différence cette année.
      Cottret / Peterhansel et Castera / Despres sont un cran au-dessus à ce sujet.
      Guehennec / Dumas n’est pas mal non plus.
      Tous sur Peugeot 3008 DKR faut-il le rappeler ? Je ne vois pas comment la victoire pourrait leur échapper, même sans Sainz.

    • El Risson dit :

      tu as raison, je me suis dis pareil, peut etre qu’il se base sur l’experience,
      bien vu

  2. Philou dit :

    Merçi Xavier pour les news, des commentaires très pertinents.
    Ne lâche rien mais ça tu sais faire!!!
    Je vous souhaite le top 10
    Au mini…mum
    Merçi RS pour les infos et continuez vous aussi à être au top
    Meilleurs vœux à tout le monde!!!

  3. Denis dit :

    Ouvert même le dimanche !
    Merci Julien pour cette immersion depuis… La Paz ?
    Et Merci particulièrement à Xavier Panseri qui, en dépit de nuits courtes et d’une fatigue sûrement, nous « offre » cette vision de l’intérieur tout en expliquant la réalité.
    Ce que ne font pas les médias habituels.
    Navigation :
    Avec cette nouvelle réglementation et ces fameux WPC cela semble vraiment plus compliqué !
    Mais, comment font les concurrents ne disposant pas de « Mapman » ?
    L’orientation fait partie de la discipline mais, il ne faut pas pour autant que cela devienne une loterie…
    Lorsque je constate que même l’un des équipages les plus expérimentés se plante, cela m’interpelle sur le bien-fondé de cette nouvelle règle, apparue cette année.
    Communication :
    Les organisateurs ne veulent pas de smartphones dans les spéciales pour que nous ne chargions pas les cartes dessus.
    Mais alors, comment sont retranscrites les infos, les données extraites du road-book par ces « mapman » ?
    Rappelons que ces « mapman », récupèrent les road-book pour traitement, avant de les restituer aux copilotes.
    Cf. http://www.francetvsport.fr/videos/video-la-part-du-lion-a-la-rencontre-du-mapman-373381
    Parcours :
    Il est beau, c’est indéniable d’un point de vue « touriste ».
    Par contre, cela s’apparente pour le moment, plus à un tracé WRC monotrace qu’à du rallye-raid avec plusieurs options de tracé possible…
    Tout le monde se suit « à la queue-leu-leu ». D’où, nouvelles règles de navigation.
    Et si on revenait en arrière pour que le Dakar soit une course de rallye-raid plutôt qu’une loterie ?
    Performance :
    Joli parcours pour le moment pour cet équipage dont le pilote est novice en auto.
    Au Général, le duo a pointé à la 23éme place en 1ére étape puis, 18, 13, 10, et 12 en dépit d’une erreur sur l’étape où tout le monde a plus ou moins « jardiné ».
    Bravo !
    Je souhaite au duo de continuer ainsi, « intelligemment ». Bien des choses peuvent encore se passer et leur objectif d’entrer dans le TOP10 final est jouable.
    L’Altitude :
    Cela a eu son importance et a joué des tours à un très bon pilote comme Yazeed Al-Rajhi.
    C’est dommage, il faisait partie des outsiders avant de décider d’abandonner, puis de vouloir reprendre la course une fois les esprits retrouvés.
    Un favori ?
    Tout est encore possible mais il est vrai qu’un équipage expérimenté comme Peterhansel-Cottret à de bonnes chances de bien figurer : il sait rouler avec un pied sur le frein et l’autre sur l’accélérateur.
    Encore Merci à Xavier Panseri et, bonne continuation !

    Sportivement.