#10- Un rallye pas comme les autres (Carnets de Victor)



Pour ces nouveaux carnets, Victor nous emmène au Barum Rally, lieu de la dernière manche du championnat d’Europe des rallyes où il était présent avec Florian Bernardi.

Au terme d’une semaine pleine de découverte et dans une atmosphère bouillante, le duo Bernardi/Bellotto a décroché la sixième place finale en ERC3, conservant ainsi ses chances de titre.

Plongez au coeur de cette semaine de course avec un Victor toujours aussi passionné et motivé !

Jour 1 & 2

Cela faisait 10 ans que je n’avais pas remis les pieds en Tchéquie. A l’époque, j’étais encore étudiant en école d’ingénieur et j’ai eu l’opportunité d’intégrer durant 3 mois le département technique de Škoda Motorsport. Un rêve ! Une formidable expérience dans un pays que je découvrais et qui ne m’a pas laissé indifférent. Par curiosité, vous auriez pu feuilleter le blog que j’avais fait à ce moment là mais il est aujourd’hui hors ligne …

Nous sommes arrivés lundi soir à Vienne avant de remonter sur Zlin le lendemain en passant par la Slovaquie, puis les essais officiels. L’occasion de dire bonjour aux amis et de prendre la température sur ces routes atypiques. Vérifications administratives l’après midi, récupération de l’appartement et courses avant le début des reconnaissances hier.

On peut dire que le parcours ne déroge pas à sa réputation: spéciales très techniques mais surtout très rapides, un grip très changeant, beaucoup de vertical, de la forêt, des routes secondaires dans un état de décomposition avancée, des boucles dans le parking d’une entreprise à l’abandon et surtout beaucoup d’enfants dans les villages qui réclament autographes et cartes postales. Je voulais cocher ce rallye au moins une fois dans ma carrière et ce n’est pas pour rien.

L’ambiance tranche d’ailleurs radicalement avec le dernier rallye de Rome qui se déroule dans l’indifférence totale. Ici la moindre publicités fait référence au rallye, le parc d’assistance était déjà bien rempli alors que les équipes se mettaient juste en place. A peine arrivés à l’assistance que j’enchaine avec la mise au propre des notes pour être tranquille de ce côté là. Comme nous devons attendre 23h35 pour reconnaitre la super spéciale de Zlin ce soir, cela laisse le temps de finir les caméras, les notes et éviter l’accumulation de manque de sommeil.

Demain, début de la mise en bouche à 8h précise pour les Free Practice et la Qualification avant la cérémonie de départ et la super spéciale de Zlin qui est unique au monde: 9,51km en 3 tours dans les rues de la ville, des flashs en continue, un monde et une ambiance de concert ou de match de foot et déjà la possibilité de faire des écarts. Les 3 prochains jours promettent d’être intenses !

Jour 3

6h15. Ici débute les journées avec une amplitude horaire à la « Monte Carl’ « : lever tôt / coucher tard et rebelote. Mais cette journée est surtout importante car c’est notre seule et unique occasion de régler l’auto à ces routes si atypiques. Arrivés au parc d’assistance, on valide la stratégie et on ne tarde pas à partir pour être dans les premiers au départ.

8h23. Premier run et première sensations. La base est bonne mais demande à être affinée surtout pour le rapide. On se dépêche alors de rentrer à l’assistance pour debriefer et trouver ces ajustement qui peuvent faire toute la différence. De retour au départ, une longue file d’attente nous rappelle Rome et le passage limite avant la fermeture. Finalement, pas de soucis et on améliore d’1s/km pleine pour se rapprocher des meilleurs 2 roues motrices. De bonne augure.

10h16. Après une assistance à l’ancienne organisée en bord de route à cause du trafic très dense aux abords du parc, on part cette fois pour la Qualification avec encore des changements, en espérant qu’ils nous permettent encore d’améliorer. Et c’est le cas. Sans en faire plus, en étant même plus détendu, on gagne encore une seconde qui nous place en 7ème position mais à 1,9s du scratch ! Autant dire un mouchoir de poche.

11h30. Retour à l’assistance pour une pause repas que l’on attendait ! Débute alors une après midi un peu étrange entre cérémonie de départ et une longue pause avant la super spéciale de ce soir. Tout ça en totale autonomie, sans parc fermé, sans itinéraire spécifique. Des voitures sont garées aux 4 coins de la ville. Nous, nous rentrons à l’appartement pendant que l’équipe prépare notre chère Renault Clio R3T.

16h00. Nos voituriers de luxe déposeng le bolide à notre porte puis nous prenons le relais pour nous digérer dans le centre ville de Zlin. Il y a un monde hallucinant dans un rayon d’1km ! On n’arrête pas de signer des cartes postales, des bouts de papiers, des t-shirts et prendre des photos, comme les vrais ! Un collectionneur local qui a plus de 10 000 cartes (oui oui !) nous a sorti une carte de 2014 échangée avec un espagnol ! Des dingues ! Non vraiment cet engouement fait plaisir à voir et nous met petit à petit dans la bonne dynamique pour attaquer ce morceau de bravoure.

16h55. Nous quittons le podium pour retourner dans notre tanière. Au programme, caméras, caméras, repas express et cette fameuse spéciale de Zlin que tout le monde connait. C’est un peu la référence de la super spéciale entre l’ambiance, la longueur inhabituelle et l’organisation.

20h10. Je termine l’écriture de ce carnet avant d’avaler un bon plat de pâte du sportif avant de renfiler nos habits de lumière pour le départ de ce Barum Czech Rally Zlin. A demain pour découvrir nos ressentis !

Jour 4 & 5

Dobrý večer !
Nous voilà rentré de ce Barum Czech Rally Zlin qui aura été éprouvant à plusieurs niveaux. Petit retour en arrière:

1- SS1 Zlin (Vendredi soir)
Alors que nous révisions nos gammes à l’appartement, la pluie faisait son apparition à l’extérieur. Elle s’arrêtait, puis reprenait et le départ approchait. Quels pneus mettre ? On a dû modifier 5 fois de stratégie puis finalement la route a séché mais pas partout. Après un ajustement de rampe autour de chez nous, on se dirige dans Zlin avec la voiture de course, sans itinéraire spécifique, encore une fois en autonomie. Il est 22h53 et nous allons débuter par une spéciale de 9,51km de nuit en ville sans savoir où de l’eau aurait pu rester. Bonne chance !

Le premier tour se négocie plutôt bien, pas de mauvaises surprises mais plutôt une bonne avec une ambiance de fou, des flashs qui crépitent en permanence, des fumigènes. Au moment de débuter le second tour, première chaleur: lorsque Florian freine pour la chicane, on part immédiatement en tête à queue et comme à Rome, on vient se caler face aux pneus. Comme à Rome, la voiture prend son temps pour redémarrer alors que Torn vient de s’élancer. On repart en trombe et on finit par le distancer mais on reste tous les 2 très dubitatifs sur la raison de ce tête à queue. On en termine avec déjà une bonne claque au niveau du classement alors que l’on était dans le coup. Notre plus gros soucis sont les plats sur les pneus qui les mettent déjà hors service. Après analyse, on vient choper des petits flaques pile au niveau du freinage à l’arrière droit et c’est le drame. Couché 01h00 du matin pour attendre l’heure de sortie, la nuit sera courte.

1- Etape 1 (Samedi)

7h00. Le dernier réveil « normal » avant le mini marathon qui nous attend. On revoit le plan pneus et on part à pieds pour le parc. On y retrouve la troupe du Junior et bien sûr le clan français, comme aux Canaries.

12h19. On vient de terminer le premier passage dans Semetin, incroyable ! Les 4 premiers kilomètres sont démentiels avec tous ces sauts, le goudron défoncé, la descente dans la forêt en fond de 6. On est clairement dans un autre univers et on peine à trouver le déclic pour se lâcher. Pour ne rien arranger, je vois sur la liaison qu’on écope de 10s de pénalités pour départ anticipé, la poisse. Retour sur Zlin avant les deux prochains chronos plus favorables à la Clio.

14h12. Au départ de l’ES4, la spéciales est arrêtée puis annulée suite à la sortie d’un concurrent. On récupère l’itinéraire alternatif pour se rendre à l’ES5, typé Limousin. Le départ est hyper piégeux avec des cordes bien grasses et quelques jolis pièges. Dès le premier kilomètre, le GPS affiche SOS avec un fort bip. On ralenti alors pour chercher l’équipage mais après 1 km, rien, alors on repart en mode spéciale. Florian arrive à se lâcher d’avantage dans la deuxième partie ce qui nous permet de réaliser un 5ème temps prometteur. La liaison est primordiale pour débriefer ave l’équipe et tenter d’adapter la Clio à ce terrain si spécifique. En fait le système à garder en mémoire l’accident de l’ES4 et à affiché le SOS sur certaines autos. Heureusement l’organisation a bien réagit et nous a crédité de 3s.

16h28. Et ce n’est que la fin de la première boucle, on attendait cette pause repas avec impatience ! On mange à une vitesse moyenne aussi folle qu’en spéciale, à peine le temps de saluer les copains venus en spectateur Magda et Christophe, mon pilote de Clio S1600. Il y a un monde de dingue dans le parc d’assistance, bien plus qu’en WRC. Déjà l’heure de repartir et espérant avoir trouvé le petit truc.

18h56. Fin de Semetin 2. On améliore significativement nos chronos, pas d’erreurs mais on reste à distance du scratch. Le niveau est juste fou car tout le monde est à bloc sur des ES ultra piégeuses et les écarts sont très faibles. Sur la longue liaison qui nous ramène à Zlin, je ne sais quoi dire à Florian pour le rebooster. Lui qui d’habitude est si expressif et blagueur, il est silencieux et cogite beaucoup pour essayer de comprendre. Je crois simplement que le Barum Rally ne se dompte pas si facilement. Au moins les notes sont bonnes et la nuit pourrait changer la donne.

21h32. Déjà 14h que nous sommes debout et nous en terminons avec les 2 spéciales de nuit qui nous ont bien réussi. Deux temps scratchs qui tombent au meilleur moment, avant d’aller se coucher, et qui redonne du baume au coeur et le sourire à tout le monde. Sur un profil plus roulant et avec un bon grip, on arrive à exploiter les performances de la Clio qui peut être redoutable. De nuit, on est encore dans une autre dimension mais pour ma part, je me sentais nettement plus à l’aise car je ressentais enfin les mouvements de l’auto. Depuis le début on est ballotté, délesté dans tous les sens et j’avais un mal fou à me repérer, étant donné que je ne vois quasiment rien de la route. Comme quoi, il ne faut des fois pas grand chose pour que cela paye.

00h22. Après 17h d’une très longue journée, on rentre enfin et il ne faut pas être un medium pour comprendre notre souhait ultime. La journée reste positive car nous sommes remontés de la 16ème à la 6ème place au général avec deus scratchs à la clé. Demain, de très gros morceaux nous attendent.

2- Etape 1 (Samedi)

5h45. Faux départ
6h15. Deuxième tentative de réveil. Cette fois il faut se résoudre à abdiquer. On refait un passage dans chaque spéciale tout en déjeunant, si on y arrive et en débarrassant l’appartement. Cette fois, notre taxi nous dépose devant le parc et on sent que tout le monde aurait bien dormi quelques heures de plus. La météo tient pour le moment mais ici c’est compliqué de prévoir car il peut faire gris en permanence sans une goutte de pluie.

10h57. Voilà, on a fait Pindula, pu**** !! Semetin était déjà un joli morceau mais là … Après une bonne spéciale de Majak qui nous permet de remonter sur Torn, on est bloqué au départ. Partir pour ces 18,64km là en pneus froids n’est pas des plus rassurant. La partie dans la forêt est une épreuve et on se fait d’ailleurs piéger sur un long droite pourri qui nous fait survirer avant d’échouer dans le fossé. On arrive à ressortir en perdant moins de 10s mais le grip est vraiment compliqué. Puis une fois sortie de là, décollage. C’est ultra ultra rapide, avec beaucoup de rythme et il en faut pour rester sur la route. Je vous avouerais que je n’ai pas voulu trop lever la tête …

11h55. Kašava. La plus longue ES du rallye et un départ à la limite du raisonnable. On plonge littéralement dans des descentes qui débouchent sur des ciels en aveugle sans repère. Un toboggan avalé à des vitesses folles qui vous prépare pour les traversées de villages bosselés reconnus à 60km/h quand on y passe à 150 et au delà … La marge est faible. A 5km de l’arrivée, le train arrière est très joueur et Florian comprend alors qu’on a crevé mais maintient le cap. A moins de 500m de l’arrivée et après avoir passé tout le rapide sur le fil, on se fait piéger sur le dernier gros freinage, tête à queue et encore de longues secondes à attendre que le moteur reparte. A l’arrivée l’addition est salée mais Torn aussi à crevé et on repasse finalement 5ème.

14h57. Les réglages tentés à l’assistance ne vont pas dans le bon sens dans la petite spéciale de Majak où on perd de précieuses secondes suite à une manoeuvre. Dans Pindula 2, on améliore de plus de 20s notre temps du matin mais Cais met tout le monde d’accord et repousse Llarena à plus de 5s ! On redescend 6ème avec les derniers 24,88km. Sur la liaison de nouveau un arrêt de course.

16h25. Bloqué au départ, on peut sentir l’extrême tension de Jybé / Benoit et Effren / Sara qui ne sont séparés que de 4s ! Le titre en ERC3 Junior se jouera donc sur ces derniers kilomètres. Tout gagner ou tout perdre. Pour nous, la situation est différente mais avec seulement 6 dixième de retard sur Torn, on vise clairement cette 5ème place. Parti sur un bon rythme (pas d’inters et idem pour mes collègues copilotes tellement il y a à dire), on est stoppé dans notre élan au kilomètre 18,5 par un Red Flag. On se met directement en mode liaison et on s’attend au pire. Suite à notre mésaventure d’hier, on a le réflexe avec Florian de vite remettre les rétros en place au cas où Rossel arriverait en mode course derrière nous. Je sors mon téléphone pour vérifier que la spéciale est bien en Red Flag et lorsque j’aperçois un commissaire brandissant son drapeau, on sait maintenant que ce n’est pas un bug. On arrivera sur les lieux de l’accident à 1,5km de l’arrivée sans en apprendre plus. Retour en convoi jusqu’au parc d’assistance et rallye terminé.

19h25. On termine donc à la 6ème place en ERC3 mais surtout dans le top 20 au général avec 35 R5 engagés ! Un résultat forcément en demi teinte car le podium aurait pu être jouable mais on a manqué de chance et fait trop de petites fautes qui à ces vitesses coûtent très chères. L’expérience acquise est par contre incroyable sur des routes pareilles et l’ambiance a été ahurissante pendant toute la semaine. Les tchèques sont vraiment fans jusqu’au bout des sandales/claquettes et le fond en ES était une preuve forte. Maintenant il va falloir fair elle point et envisager la dernière partie de saison puisqu’en repassant 5ème au championnat on est toujours largement en mesure de gagner le titre en fin de saison. A suivre.





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  1. Luccio dit :

    Je souhaite que tout le monde attache plus d’importance à ce championnat , que ce soit les médias et tous les autres, car il y a du niveau chez les concurrents et beaucoup de passion autour.

  2. roland59 dit :

    moi qui apprécie beaucoup l’ERC, je suis gâté…
    belle course et beau récit.. bravo..!!

  3. Thierry dit :

    Merci. C’est toujours un plaisir immense de lire ces chroniques.