Nouvelle-Zélande 2010 : Ogier à 3 virages de l’exploit



Continuons notre rétrospective des meilleurs moments du WRC avec un retour sur le rallye de Nouvelle-Zélande 2010, épreuve où Sébastien Ogier, encore sans victoire en WRC, est passé tout proche de l’exploit.

Après une première saison 2009 d’apprentissage en C4 WRC, marquée par un premier podium (2e en Grèce) et une huitième place au championnat (derrière Matthew Wilson !!), le français alors âgé de 26 ans avait des ambitions bien plus élevées pour sa deuxième année dans la catégorie reine.

L’année suivante, le français démarre idéalement sa saison, grimpant notamment sur le podium au rallye du Mexique début mars. Avant le rallye de Nouvelle-Zélande qu’il va découvrir, le pilote du Citroën Junior Team occupe la cinquième place du championnat du monde derrière quatre candidats au titre : Sébastien Loeb, Jari-Matti Latvala, Mikko Hirvonen et Petter Solberg.

Au départ d’Auckland, le français fait clairement partie des prétendants au podium, même si son inexpérience de la Nouvelle-Zélande pourrait être un frein.

Vendredi matin, le pilote Citroën est déjà sur un gros rythme, signant deux scratchs dans la première boucle pour s’emparer de la tête après six spéciales. À cause d’un cinquième puis un sixième temps dans l’après-midi, Sébastien Ogier doit se contenter de la troisième place provisoire vendredi soir, conscient que le rallye ne fait que de démarrer. Devant lui, les écarts sont infimes avec Petter Solberg leader, 1s4 devant Jari-Matti Latvala et 3s9 sur le français. Quatrième, Dani Sordo est en embuscade alors que Sébastien Loeb est seulement 7e après avoir été ralenti suite à une touchette « heureuse » contre un pont. Avec une portière endommagée, le français n’a pas le choix de « bricoler » en spéciale pour réussir à fermer finalement sa porte, mais la perte de temps est très lourde (+1:24 sur le scratch). Au général, l’alsacien pointe à 1min19s au soir de la première étape.

Samedi, le leader et ouvreur Petter Solberg prend une raclée dans le premier chrono (15s1 en 20,82 km). Ce matin là, Sébastien Loeb est intouchable, mais derrière lui, Sébastien Ogier est clairement le meilleur et le français s’empare très rapidement de la tête, concluant la matinée avec 14s4 de marge sur Jari-Matti Latvala et plus de vingt secondes sur Dani Sordo et Petter Solberg.

Dans l’après-midi, les Citroën sont encore supérieures à la concurrence et Sébastien Loeb est irrésistible. En repoussant ses adversaires à une demi-seconde au kilomètre pendant trois spéciales, l’alsacien s’est totalement relancé pour la victoire, revenant à seulement 5s3 de Sébastien Ogier avant l’ultime journée. Pour Ford, l’addition est lourde avec Jari-Matti Latvala qui semble hors jeu pour la victoire à 33s2. Dani Sordo et Petter Solberg complètent le top 5 à bonne distance.

Dimanche, quatre spéciales sont encore au programme pour un total de 81,70 km chronométrés. Leader et donc ouvreur, Sébastien Ogier galère ce dimanche, d’abord à cause d’une touchette dans la première spéciale (8e temps), puis par des conditions délicates dans la deuxième (5e). Malgré cela, le jeune français occupe toujours la tête mais pour seulement 5s6 sur Jari-Matti Latvala, prêt à profiter de la méforme subite de son adversaire.

Mais avant ça, Sébastien Loeb avait fait le job dans la première en s’emparant de la tête, mais l’alsacien, revenu de nulle part après son erreur du premier jour, commet une nouvelle faute dans la suivante. Après avoir corrigé une note, l’alsacien se laisse embarquer dans un droite et termine dans les broussailles avec une C4 mécaniquement intacte. Mais la C4 WRC est restée bloquée pendant un long moment et il lâche alors 48s et tout espoir de victoire finale.

A l’entame du sprint final, les six premiers sont regroupés en seulement une demi-minute alors qu’il reste quarante kilomètres ! Dans « Te Hutawei », Sébastien Loeb est le plus rapide et revient à seulement neuf dixièmes de Petter Solberg troisième. Devant eux, Sébastien Ogier semble avoir fait le plus dur face à Jari-Matti Latvala, distant de 6s2 après avoir fait jeu égal avec le finlandais.

Seul problème, le fabuleux chrono de « Whaanga Coast » va clôturer cette épreuve et il avait posé énormément de problèmes au gapençais en matinée. Mais le jeune Sébastien a bien appris la leçon. Sur les 29,67 km de cette spéciale, le français est dans le tempo parfait, au coude à coude avec Jari-Matti Latvala aux intermédiaires. Mais à trois virages de l’arrivée, la C4 du gapençais tape un talus et part en toupie : « Oh putain« . Moteur arrêté, le pilote Citroën cale au redémarrage et comprend qu’il vient probablement de dire adieu à sa première victoire en WRC.

Encore sous le choc de cette erreur et proche des larmes, le français fait court devant les micros : « Je perds tout là c’est sûr. J’ai fait une erreur à trois virages de la fin. »

Derrière lui, Jari-Matti Latvala arrive avec un temps de 20:49.8, chrono suffisant pour s’imposer face au français, battu pour seulement 2s4. Terriblement déçu, le français est tout de même bien là pour féliciter rapidement Jari-Matti Latvala, le finlandais lui répondant un simple « Thanks Seb », avant de brandir les bras en l’air et d’exulter avec son copilote.

De son côté, Sébastien Loeb a parfaitement fait le boulot pour grimper sur le podium de ce rallye de Nouvelle-Zélande qui méritait bien de se coucher au lever du jour !

A tête reposée, Sébastien Ogier se projette déjà sur les prochaines épreuves et notamment le rallye du Portugal où ses ambitions seront très hautes : « Nous ne pouvons pas nous arrêter à cette déception : se battre pour la victoire en Nouvelle-Zélande jusqu’au dernier mètre pour notre première participation dépasse tous nos objectifs. C’est encore une fois très encourageant et j’ai hâte de matérialiser cette progression et les efforts de l’équipe par une première victoire. »

Best-of

Le « final »





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Boris
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Boris

Comme quoi, les prétendants à la victoire étaient aussi nombreux que maintenant (Solberg, Ogier, Latvala, Loeb et Hirvonen,…) les rallyes étaient aussi à la seconde.

À chaque période ces champions et les joutes Latvala-Loeb-Solberg-Ogier-Hirvonen & Citroën-Ford n’avaient pas à rougir des Tanak-Neuville-Evans-Ogier & Hyundai-Toyota actuelles…

De mon point de vue, la période VW (ils gagnaient presque tous les rallyes de la saison, parfois avec des triplés) cela manquait d’opposition du même niveau de performance pour être équilibré, ce qui a généré des saisons plus lisses.

Buz
Invité
Buz

Absolument Boris. A mon avis les années les plus moribondes en terme de luttes pour la victoire, avec la période VW, sont les années Lancia de 87, 88 et 89. Lancia était trop seul et nous assistions bien souvent à des luttes fratricides. Il fallait des pigistes de luxes, comme Auriol en Corse 88 ou Beguin en Corse 87, pour briser l hégémonie du constructeur Italien. Mais c est vrai que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.

Kaizer Sauzée
Invité
Kaizer Sauzée

La preuve, s’il en fallait encore une, que quand il y a de la bagarre à la seconde et qu’ils sont tous sur le fil du rasoir, il y a de nombreux rebondissements et çà fait de très beaux rallyes et des courses et titres gagnés avec panache.
En 2012 surtout, et jusqu’en 2016 on a été privés de ces bagarres d’anthologie juste pour faire plaisir à une diva qui refusait d’admettre que son temps était passé et qu’une nouvelle génération prenait le relais.

Bouchon
Invité
Bouchon

Merci Julien et Arnaud de nous faire revivre ces anecdotes, ces grandes empoignades à coups de secondes et de dixièmes souvent, et malheureusement ces personnes parties trop tôt. Continuez ainsi vous êtes parfaits. Il me tarde tous les jours de savoir quel article vous allez nous sortir du chapeau même si je ne commente pas souvent la passion est plus que jamais chevillé au corps. Je sais très bien que votre travail est compliqué, les amplitudes horaires, les voyages… puisque j’ai eu la chance de rencontrer Arnaud au col du turini l’année où Tanak est sur 3 cylindres. Je parle… Lire la suite »

riri73
Invité
riri73

Le plus fort, c’est qu’ils arrivent en même temps, pendant le rallye, à récupérer les infos, les mettre en ligne sur le site et répondre aux posts quand y’a besoin.

Bouchon
Invité
Bouchon

Comme dit le proverbe la critique est aisée mais l’art est difficile.
Et surtout faire le gendarme entre les anti un tel ou un tel….