Photographe WRC : le cow-boy de la photo



Sans images, le WRC serait orphelin de sa plus belle vitrine, et en championnat du monde des rallyes, les photographes sont des artistes hors du commun, exerçant sur un terrain de jeu presque infini dans des univers multiples.

Photo : Bastien Roux

Pour évoquer ce métier, nous avons fait appel à Bastien Baudin, photographe à plein du temps du WRC depuis près de dix ans et actuellement engagé par Hyundai sur toutes les épreuves du calendrier.

Cet interview fait suite à ceux réalisés avec un responsable de communication en août dernier, avec un mécanicien en mai dernier, de celui d’un ouvreur, et sera normalement suivi d’autres découvertes avec un vidéaste et un community manager notamment.

*Toutes les photos présentes dans cet article ont été réalisées par Bastien

En quelques mots, peux-tu te présenter ?

« Je m’appelle Bastien Baudin, j’ai 30 ans depuis cet été et je suis originaire de Charente-Maritime, j’habite près de Bordeaux.

Mon parcours de photographe est assez particulier et je crois que l’on va avoir l’occasion d’en parler longuement ici. J’ai toujours été bercé dans le domaine de la photo de rallye, c’est le métier de mon père et il faisait énormément de voyages entre Dakar, WRC et des grands prix de F1 quand j’étais tout gamin. J’ai entendu des centaines d’anecdotes et d’histoires sur les sports mécaniques. A 7-8 ans, Frédéric Billet, journaliste à Echappement, m’a offert mon premier appareil, un Pentax Spotmatic. C’était hyper galère au début car je n’ai jamais reçu vraiment de formation de mon père, qui m’avait tout de même fait une notice rapide avec des conseils. »

Comment s’est fait la suite de ta découverte du rallye ?

« En 1999, j’avais alors 10 ans, je suis allé en Finlande pour mon premier WRC, c’était la grande époque des photographes de rallye avec de gros contrats. J’avais un petit appareil avec moi. J’ai fait surtout des portraits, et donc en contre-plongée avec des pilotes bien plus grands que moi…

En 2002, je suis allé en Allemagne avec une toute une troupe de photographes. Je me suis retrouvé bien placé à la bosse de Gina et j’ai fait une photo de Loeb qui a été utilisée largement ensuite commercialement. C’était sa première victoire en WRC avec écrit Loeb en tout petit à l’époque. Ensuite, je faisais un rallye en moyenne par an pendant les vacances scolaires, et en particulier l’Allemagne. »

Quelles ont été tes études ensuite ?

« Après le lycée, j’ai fait une école d’art pendant trois ans à Bordeaux. D’abord avec une préparation générale la première année, plus deux années de spécialisation dans l’architecture d’intérieure. Lors de mes études, j’y ai appris la rigueur, et c’est très important dans mon métier actuel. J’avais dans l’idée d’être photographe de sport, mais pas forcément spécialisé rallye.

En 2009, j’ai fait un premier reportage important au Circuit des Remparts, et en même temps, j’ai réalisé quelques petits trucs de design, chaises ou tables, mais qui n’ont jamais été produits. »

A partir de quand as-tu commencé à avoir de grosses saisons en WRC ?

« En 2011, j’ai quasiment fait toute la saison à partir du Mexique avec Mads Ostberg et Evgeny Novikov. Les deux années après, j’ai bossé pour quatre agences différentes dont McKlein. De 2014 à 2016, j’ai travaillé pour DPPI avec principalement le championnat de France terre, mais aussi du circuit et le Silk Way. En 2017, c’était l’arrêt avec la DPPI, mais j’ai survécu en 2018 en bossant pour Hyundai, et même exclusivement pour eux cette année.

J’ai une mission première : envoyer le plus rapidement possible mes photos. Je me poste dans la première spéciale du jour, et je ne vais jamais à l’assistance, et sans être forcément logé près du parc, contrairement à la grande majorité des photographes. Mon but est d’envoyer la photo en live du terrain, elle doit être utilisable en pleine résolution. Mon cas est particulier car j’envoie les photos à mon père, présent à son bureau, qui corrige derrière les JPG bruts. 5 min après la prise de la photo, elle est utilisable par les services de chez Hyundai. Je suis également souvent envoyé à l’arrivée des Power Stage. »

Quels sont tes conseils pour un jeune rêvant de devenir photographe de rallye ?

« Déjà, il faut considérer qu’être photographe de sport ou photographe de rallye est bien différent. Ce qui est propre au rallye, c’est le côté photographe amateur qui devient pro, ce qui n’est pas possible dans une autre discipline. C’est très difficile de travailler en solo, il est plus normal de bosser pour une agence avec derrière du boulot pour la presse et le marketing. Cette « voie amateure » n’est pas forcément la bonne approche.

On peut bien évidemment faire des études dans la photo, il y a énormément de possibilités. Il y a des écoles pointues en 5 ans avec peu de places mais gratuites. Sinon, énormément d’écoles payantes. Il y a également des formations sur deux ans, voire sur une seule année avec des expériences de stages géniales.

La première chose que j’ai appris à l’école, c’est : quoiqu’il arrive, ton client ne doit pas connaître tes problèmes et tu dois toujours arriver à un rendu nickel.

Après pour percer, pas le choix, il faut pratiquer en amateur, se rapprocher des agences, plus ou moins grosses, et multiplier les opportunités pour faire sa place. »

Quelle est ta meilleure expérience à ce jour ?

« Cela correspond aux trois semaines les plus dures de ma vie avec une période très chargée en 2 mois et un enchaînement rallye-raid/WRC. Le Silk Way était ma plus belle expérience, partir de Moscou pour arriver à Pékin en traversant le désert de Gobi avec tous les moyens de transports possibles, c’était fantastique.

J’ai chopé une intoxication alimentaire à Pékin, et je suis arrivé forcément diminué à Helsinki pour le rallye de Finlande. J’ai eu l’impression de courir du podium du Silk Way jusqu’à la Finlande pour être à l’heure pour une photo de groupe à Jyväskylä. Et puis le vendredi je crois, j’ai une idée, et à une vitesse de 1/8 sec, j’ai fait une plaque, comme on dit dans notre métier. C’est la photo dont je suis le plus fier dans ma carrière, surtout que j’étais hyper fatigué. »

Quelle est ta pire expérience à ce jour ?

« Déjà, il faut toujours anticiper une panne, avoir une voiture de secours en cas de problème. Vérifier son matos photo en permanence également et avoir une triple sauvegarde de son travail par exemple.

La pire de mes expériences est rigolote à la fois, c’est au Mexique que je l’ai vécue avec François Flamand. On avait une journée tranquille avant un joli endroit le soir, et pour une fois, on a pris le temps de se poser dans un restaurant. On cherchait un resto avec pas trop de passages car on avait peur de se faire piquer notre matos (ce qui est déjà arrivé au Mexique). Pour se garer, c’était assez spécial, mais en gros, j’ai utilisé le frein à main pour m’arrêter sur la place de parking disponible. Sauf qu’en revenant de manger, le pneu arrière-droit était crevé et je n’avais pas vu j’étais garé sur un clou…On commence à envisager de changer la roue mais je ne voulais pas partir en spéciale sans roue de secours. Et puis finalement, on aperçoit un garage Goodyear à 100 mètres. »

Qu’est-ce qu’un photographe redoute le plus ?

« Je redoute un peu le mauvais temps, mais je sais que ça fait partie du jeu et il permet parfois d’avoir de belles lumières, cela fait partie de la chance aussi. Ce que je redoute plus, c’est l’impossibilité de bosser à cause de pannes, comme crever deux pneus d’affilée (c’est arrivé à un collègue au Pays de Galles).

Le manque d’inspiration, ça existe, mais c’est très particulier. Quand tu galères à trouver un angle, parfois c’est chiant d’être copié alors tu peux chercher autre chose. C’est de toute façon drôle de voir à quel point on peut changer nos plans entre les reconnaissances et le jour du rallye. J’arrive souvent en premier car je pars de bonne heure…enfin en 2e plutôt derrière Jaanus Ree (photographe Red Bull). Sur un rallye, j’ai un stress de folie avant même le départ de l’épreuve. Mais j’arrive à mettre de côté le stress, j’arrive à m’en servir pour que tout soit sous contrôle avant le départ. »

Quels sont les outils que tu utilises en permanence ?

« Si on résume au téléphone déjà, il y a la météo, l’indicateur de soleil, un test de vitesse (pour l’envoi des photos), MAPS.ME (à 80% du temps) et une application de géolocalisation avec mon appareil photo. Sinon je traite majoritairement sur Lightroom et parfois Photoshop si j’ai plus de temps. » 

Quel est enfin le meilleur rallye à tes yeux ?

« L’Argentine sans hésiter. Pour son pays, son ambiance, son atmosphère et les gens. Si le rallye pouvait être une religion, ce serait là-bas, C’est La Mecque du rallye. »





Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Gabi33 dit :

    Merci et bravo RS de mettre au grand jour ces métiers de l’ombre sur les rallyes en particulier celui de photographe. Une spécialité qui ne me laisse pas insensible la pratiquant moi même.

  2. Dom dit :

    Tel père tel fils, comme pour les pilotes.
    Qui est le meilleur?
    Juste une question de point de vue…
    Pour moi, (photographe de rallye aussi), de l’époque où les photos se dévelloppaient, s’attendaient fébrilement, nous n’étions argentiquement pas nombreux, un vrai savoir, un vrai métier pour certains.
    François Baudin, merci à toi pour ces si belles images imprimées dans nos revues préférées et dans nos mémoires.
    Et bonne route à la relève

  3. Beej dit :

    Toujours super vos articles autour du Rallye. Merci !

  4. Kevin dit :

    Merci pour ce reportage ! Je suis un photographe de 18 ans et je me reconnais totalement dans certains passages ! Ça donne de l’espoir de lire tour ça ! Après… comment approcher les agences c’est ça la problème

  5. lucio dit :

    Très beau reportage ! Merci de mettre à l’honneur un des acteurs primordiale de notre passion !