Le rallye en long, en large…et surtout en travers ! (Eric Thuel-Chassaigne 2/2)



Au lendemain de la première partie de l’interview d’Eric Thuel-Chassaigne, voici la seconde avec notamment un moment charnière dans la carrière d’Eric avec l’arrivée d’une fameuse BMW 318 Compact grise en 2001.

Nouveau départ en 2001 avec une BMW 318I Compact F214. C’est avec elle que tu vas acquérir, au cours de huit saisons, un palmarès et une réputation magnifiques. C’est ta plus belle période ?

“Après avoir connu les tractions, les 4 roues, place à la propulsion ! Réellement une très belle époque avec les premières victoires scratchs. Quand on a essayé la voiture, au bout de 2km seulement, j’ai alors dit à mon épouse (copilote) que c’était un véritable jouet et que ça devrait le faire….”

Lors de cette ère-propulsion, j’ai vu du très grand Thuel sur deux épreuves : la Finale 2001 à Amiens sur un terrain pourri, rapide, glissant…et les Vins-Mâçon 2005. Tu peux revenir sur ces deux exploits ?

“Merci pour les éloges… C’est vrai qu’Amiens restera un super souvenir où on remporte le premier groupe F2000 lors d’une Finale. On s’est régalé tout le week-end sur des routes détrempées et grasses à souhait. Les spectateurs sont venus en nombre nous remercier pour les passages, ça fait plaisir… Une très belle relation s’est nouée, lors de cette Finale, avec Hugues Delage et d’autres personnes. Mâçon 2005 : une bourre de folie contre les 306 maxi de Christophe Vaison et Michel Bonfils. On claque cinq temps scratch le samedi et on repart le second jour avec 18s d’avance. Dans l’ES 2 du dimanche, on s’est appuyé un peu trop fort sur un poteau avec une roue arrière, on a terminé la spéciale mais impossible de poursuivre le rallye. Désolé mais je vais encore parler de cette 318 Compact : en 2006, on vend la BMW pour acheter notre maison. Hugues Delage souhaite vraiment qu’on continue et nous propose de rouler avec sa Compact « Kit 40 000 ». Et on ne demande pas à un aveugle s’il a envie de voir … Après quelques victoires scratchs, c’est en 2007 que Guy Dutreuil entre en scène. Il fait monter une voiture chez Hugues et me propose de rouler avec ! Je vais ainsi rouler jusqu’en 2013 et même offrir la première victoire scratch de la grande carrière rallystique de Guy, qui était alors mon copilote lors de notre succès au rallye de la Coutellerie 2009 !”

En 2010 et 2011, tu fais quelques apparitions en Clio R3, Mercedes C180 et même sur le Monte-Carlo 2011 avec une DS3 R3. Qu’est ce que représente ce Monte-Carlo pour toi ?

“Le frère de Guy, René Dutreuil, me propose d’essayer la Clio R3 de SAINTÉLOC. Au Rallye de la Coutellerie, on termine 2ème scratch derrière la Saxo Kit-Car de Stéphane Brun. Pendant ce temps là, Hugues Delage prépare la Mercedes qu’on teste à deux reprises avec de belles sensations malgré le poids de la bête… C’est alors que René me propose de tenir « le manche » pour le Monte Carlo 2011 ! Je ne pensais jamais pouvoir faire un rallye comme ça tant le budget est conséquent ! Mais quand tu as juste besoin de t’installer derrière le volant, alors là…RV pris pour les essais de la DS3 dans le Vercors, je récupère au passage Denis Giraudet qui lui fait le rallye avec le fils Tambay (Adrien) dans la même structure que nous, Le rallye en long, en large…et surtout en travers !. Tout au long du trajet, Denis me confie ses anecdotes vécues sur le Monte-Carlo, j’en garde un super souvenir ! Avec René, nous effectuons des reconnaissances laborieuses et très sommaires avec simplement une prise de note dans certaines spéciales ( !) par manque de temps. Nous finissons ce monument à la 35ème place sur le port de Monaco (juste devant Jérémi Ancian et Stéphane Lefebvre…) malgré une grosse chaleur et 10 minutes perdues (posés) dans la première spéciale légendaire du Moulinon-Antraigues…(Ce que nous dit pas Eric, c’est qu’il a claqué le 20ème temps scratch dans Cimetière-de-Vassieux, de nuit et dans des conditions difficiles, devant des Ancian, Campana, Poutot…).”

Ensuite, il y a eu quelques apparitions avec la 318 puis trois années de disette avant ton retour en 2021, 30 ans après tes débuts. Avec la Porsche 997 de Guy Dutreuil, tu montes sur le podium du dernier Monts-Dôme. De la GT Turbo à la GT3, tout un symbole ! De quoi te donner des idées, du style Finale à Ambert « at home » en 2023 ?

“2012 et 2013, ce fut seulement quatre rallyes avec la Compact de Guy avec deux abandons et deux victoires puis le rachat d’une société qui m’a pris beaucoup de temps en 2015. Une petite pige à la Coutellerie sur une 318TI en 2017 pour montrer à un journaliste de TF1 (Ludovic Romanens) ce qu’on peut vivre de l’intérieur en rallye (!) puis re-arrêt jusqu’en 2021 où Guy Dutreuil, encore lui, me propose d’essayer une Porsche 997 ! Autant la nouvelle génération de voitures ne me fait pas rêver (enfin, il faut essayer avant de juger) autant une auto de 400 cv avec tout-derrière me tente assez… Dans le dernier tour du Monts-Dôme 2021, on réalise les 2ème temps derrière la C4 WRC de Jean Marie Cuoq mais devant Stéphane André et sa Skoda R5. Et on s’est régalé !

Pour ce qui est de la Finale à Ambert, je n’y pense pas car c’est encore loin. On verra déjà si on a le temps de faire quelques sorties en 2022… et puis j’aurai 53 ans !”

Avant d’être un sport mécanique, le rallye est un sport d’hommes et de femmes. En regardant dans le rétroviseur, quelles sont pour toi les personnes-clés et les copilotes les plus marquant(e)s de ton parcours ? Et si tu devait garder un seul souvenir, quel serait-il ?

“Avec 30 ans de licence et une centaine de rallye au compteur, il y a beaucoup de personnes qui m’ont marqué (elles sont mentionnées ci-dessus dans mes réponses). Impossible pourtant de toutes les citer de peur d’oublier quelqu’un ! Avant tout, il y a la famille proche qui réalise des concessions pour qu’on puisse s’amuser. D’ailleurs, je ne me vois pas aller faire un rallye juste avec mon copilote… L’intérêt pour moi est d’avoir une équipe afin de partager les bons moments !

Copilote le plus marquant : tous m’ont marqué par leur enthousiasme et leur capacité à annoncer les notes dans des moments parfois… compliqués ! Si je devais n’en citer qu’une ce serait mon épouse Marjorie, avec qui je peux partager les émotions et sensations d’un passage même après la course. Quant au souvenir le plus marquant, on garde en nous un truc de fou : la fin de la spéciale le Puley – Ste Hélène au National de Bourgogne Côte-Chalonnaise 2008 ! On y fait le scratch avec la 318 Compact devant la 206 WRC de Vaison et la Subaru WRC de Deferm. Là, on était vraiment à bloc, à 100 % de nos possibilités, et surement de la voiture aussi – sans prétentions – en dérive des 4 roues à fond de 6 ! A l’arrivée, on a éclaté de rire sans pouvoir se parler tellement le moment était intense…”

Un Tutu « grand Cru » face à des WRC, les spectateurs doivent se rappeler de ça aussi je suppose! Et toi, quels sont les pilotes qui t’ont particulièrement impressionné ?

“Loeb et Ogier et leurs copilotes respectifs bien sûr ! Ils sont vraiment sur une autre planète ! Après, j’ai décroché trop longtemps pour me souvenir d’un tel ou d’un autre mais cette année, sur le goudron, Nicolas Ciamin a évolué sur un gros rythme avec tous les types d’auto. S’il trouve un budget pour progresser sur terre, je miserai bien une pièce sur lui !”

Eric, avant de clôturer cette interview, peux-tu nous parler succinctement de tes autres passions ?

“Le boulot occupe la majorité de mon temps, mon épouse te le confirmera (lol) ! Mais je trouve quand même le temps de prendre l’air à la chasse aux lièvres accompagné de mes enfants.”

Pour finir, quelle-est ta vision actuelle sur la discipline, son avenir ?

“A vrai dire, je n’en sais trop rien ! Quand on voit que pour gagner un régional en 2021 il faut quoi… 10 000 euros ! En fait, je suis peut être loin de la vérité ? Jeff, il faudrait te renseigner là-dessus car je n’ai pas vraiment d’idée… Avec la R5 GT, huit rallyes en 1994 m’ont coûté environ 2500 euros !!! Bon, OK ce n’était qu’une R5 GT, OK c’était il y a 27 ans…mais quand même, bonjour l’inflation !

Plus sérieusement, quand on voit le coût d’achat et de fonctionnement des nouvelles 208 ou Clio, je n’arrive pas toujours à comprendre comment certains équipages peuvent faire pour se payer des engins comme ça.. Malgré tout, les plateaux sont fournis, je me dis que tout ne va peut être pas si mal ? Mais dans le futur, je ne me vois pas dans une Porsche électrique… sans bruit !

Merci encore à toi et à Rallye-Sport pour cette interview qui m’a permis de replonger dans tous mes lointains souvenirs…”




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Pierre-Yves Hugueny
Pierre-Yves Hugueny
7 mois il y a

Quel plaisir de revivre un sport qui m’a tant plu !
Le hasard a fait que je suis passé par le hameau natal d’Éric il y a peu
Les quelques rencontres avec des gens comme tutu étaient des vrais moments de bonheur, quel que soit le résultat du rallye, on était heureux…
Merci RS !

Dernière modification le 7 mois il y a par Pierre-Yves Hugueny
SPECTATOR
SPECTATOR
7 mois il y a

Super idée cette nouvelle rubrique, je ne connaissais pas en détail le parcours d’Eric, la base du rallye c’est les amateurs, c’est primordial de leur donner la parole. Bravos RS